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Combattre les terroristes, c'est contrer le terrorisme mental

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La Tunisie vient d'être de nouveau endeuillée par des frappes terroristes; elles ne seront hélas pas les dernières. Car si le terrorisme n'a pas encore réussi à prendre pied dans un pays attaché à ses libertés, il est bien implanté dans certaines têtes sur la scène politique.

On l'a vu avec la provocation hallucinante du congrès de ce parti au programme consistant à faire politiquement l'oeuvre terroriste. Comment accepter qu'un tel parti soit autorisé à agir à la division des Tunisiens quand on interdit une association comme Shams dont le but est de les unir dans le respect les uns des autres pour un vivre-ensemble paisible?

C'est un tel terrorisme mental qu'il faut combattre en premier. Comment? Certainement pas par l'interdiction, les agissements les plus répréhensibles étant moins nocifs en plein jour. Cela doit se faire en autorisant toutes les volontés agissant dans le sens inverse pour l'unité et la solidarité et surtout en renforçant les droits et les libertés privées et publiques, seule manière de combattre tout terrorisme.

L'État de droit au lieu de l'État de non-droit

Le terrorisme n'est pas le seul fait de jeunes égarés, tout aussi victimes de ceux qui les manipulent que leurs propres victimes. De telles munitions humaines existeront tant qu'elles préféreront mourir que vivre dans une société qu'ils rejettent et un État qu'ils ne reconnaissent pas. Or, s'ils estiment cela, c'est parce que les uns et les autres ne sont pas de droit(s), ne donnant pas à leur vie le mérite d'être vécue.

C'est le cas de notre Tunisie qui vit toujours sous l'arsenal juridique répressif de la dictature. Comment peut-on attendre du bien de jeunes qui sont persécutés quotidiennement pour un malheureux joint, un innocent bisou échangé en public ou un acte d'amour entre personnes de même sexe quand restent intouchables les vrais délinquants, ceux qui vivent du trafic de la drogue ou de contrebandes, outre ceux appelant à la haine, au meurtre?

Nous demeurerons en Tunisie un État de non-droit tant que les lois les plus scélérates de la dictature n'ont pas été abolies. C'est en cela que réside le véritable combat contre les terroristes, car il permettra d'arrêter le glissement des désespérés vers la terreur, retrouvant avec des droits et des libertés leur dignité spoliée et le goût d'une vie à cultiver, non à détruire.

C'est ce que confirme l'analyse sociologique prouvant que l'acte barbare est moins un acte de destruction que de construction, voulant une renaissance au meilleur par l'anéantissement du pire.

À nos responsables donc de faire en sorte que notre État de non-droit, le pire combattu par les terroristes, soit un État de droit pour une société de droits, préfigurant le meilleur quêté par l'acte terroriste, du moins par ceux qui en sont les munitions, ces jeunes désespérés, vendant leur vie au plus offrant dans un marché de dupes.

Une société de libertés et de droits

C'est avec une société de libertés et de droits qu'on ramènera au bercail ces égarés en reconnaissant leur droit à vivre, ayant le droit de circuler librement, d'agir dans leur vie privée et de vivre en toute liberté, surtout d'aimer son prochain, y compris de son propre sexe, au lieu de le haïr au point de le tuer quitte à se tuer avec lui. Il est bien des passions meurtrières; le terrorisme en est la plus cruelle.

Il est donc urgent pour les autorités tunisiennes d'arrêter de louvoyer en mettant fin à la politique hypocrite qu'elles mènent entendant ménager la chèvre et le chou. Celle qui consiste à ne pas gouverner, prendre les mesures qui s'imposent, étant les plus salutaires, pour ne pas mécontenter les alliés dogmatiques de l'intérieur et de l'extérieur.

Aujourd'hui, c'est l'impératif catégorique de la mise en oeuvre de la Constitution qui s'impose comme parade la plus adaptée aux menées terroristes. Ce sont ses dispositions phares de criminalisation de l'anathème et de la moindre discrimination entre les sexes et les moeurs privées qui doivent concentrer toute l'attention du gouvernement et de l'Assemblée des représentants du peuple.

Concrètement, cela voudra dire d'abord que les hautes autorités religieuses du pays rappellent le plus solennellement qu'il n'est nul jihad autorisé en islam autre que le jihad akbar, l'effort sur soi, le petit jihad étant périmé depuis la fondation de l'État islamique, l'islam se propageant désormais par l'exemple, non les armes.

Cela suppose aussi que le projet de loi récemment proposé aux autorités abolissant l'article 230 du Code pénal soit retenu et voté ainsi que la réforme de la loi sur le cannabis après y avoir spécifié la totale dépénalisation de la consommation. Cela veut dire enfin que la liberté totale du commerce soit enfin consacrée avec l'abrogation des mesures restrictives actuelles concernant la vente et la consommation d'alcool, nullement prohibées en islam.

Ce sont des mesures à haute teneur symbolique agissant sur le mental terroriste de ceux qui usent des lois répressives faussement d'inspiration islamique pour corseter la société, émasculer sa jeunesse et préparer le terrain à un rigorisme islamique de gouvernement.

L'islam tunisien est libertaire et même hédoniste; il respecte les libertés privées qu'il sacralise dans l'espace privatif. C'est d'ailleurs ainsi qu'est vécu l'islam populaire tous les jours malgré le milieu des contraintes.

Nos lois doivent se conformer aux moeurs plus que jamais libérées; les mesures ci-dessus ayant le mérite de s'adresser à l'inconscient, y faisant sauter les freins dogmatiques hérités des temps d'autoritarisme moral et dictatorial, libérant du coup un imaginaire populaire qui a souvent prouvé être créatif s'il a les moyens de se manifester sans entraves dogmatiques.

La Tunisie gagnera sa bataille contre le terrorisme avec une telle action sur ses fondations mentales nichées dans la tête de politiciens, de droite comme de gauche, pratiquant la langue de bois libérale tout en cultivant en catimini de rétrogrades intentions.

Car cela ne saurait plus marcher en notre époque postmoderne qui est une mise à bas des masques, où tout roi, faute de popularité, se retrouve mis à nu par des foules en hystérie en leur âge.

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