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Ce voile que Carthage impose aux femmes diplomates

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Qui n'a pas été choqué de voir nos femmes diplomates, celles qui n'ont jamais porté le voile de leur vie, obligées de se voiler pour recevoir leurs lettres de créance?

C'est le protocole qui l'exige depuis l'époque de Ben Ali. Que le président provisoire ait maintenu cette aberration n'étonne point, étant connu pour ses secrètes pensées.

On l'explique par le fait que la diplomate est appelée à prêter serment sur le Coran. Ce qui est une vaine argutie, l'islam n'ayant jamais imposé le voile.

De fait, il n'y a pas de voile islamique! S'il y a un voile religieux, il serait biblique. Or, sauf à modifier la religion, il n'y a pas de nonne en islam!

Une constante anthropologique

Le prétendu voile relève d'une constante anthropologique qui n'a aucun caractère religieux. On en trouve ainsi trace dans la culture gréco-romaine (cf. Plutarque, Oeuvres morales, 3. 232c; 4. 267b et Apulée, L'Âne d'or, 11.10).

Le voile est de tradition en Orient, mais sans connotation religieuse. Il était une forme de pudeur, mais surtout la manifestation de la subordination de la femme au mari.

Sa nature a bien varié avec l'évolution des moeurs, mais il se résolvait dans ce dont parle le Coran: une partie du vêtement extérieur que l'on remonte sur la tête comme un capuchon.

Chez les Arabes, comme le rappelle Jawad Ali dans son histoire et Jahidh dans ses épitres, il n'y avait aucune séparation par un quelconque voile entre hommes et femmes.

De plus, le Coran ignore le terme de voile, qu'on l'appelle hijab, khimar ou encore burqua ou bourquô.

Le voile en islam

Dans le Coran, il est surtout question des épouses du prophète. Le verset 53 de le la sourate Al Ahzab est une exhortation au respect de l'intimité, s'adressant aux Bédouins dont l'habitude était de ne s'embarrasser d'aucun protocole en entrant chez le prophète.

Le voile dont il s'agit est une tenture et le commandement n'a aucun rapport avec le dogme religieux puisqu'il relève des rapports humains dans le cadre de la mission éducative du prophète.

La seconde occurrence est une nouvelle évocation des épouses du prophète, mais le propos se veut extensif, élargissant les recommandations divines de bonne conduite sociale. Le commandement divin a une finalité précise qui le conditionne presque : le voile est un signe distinctif destiné à éviter à la femme d'être offensée. Aussi, tout logiquement, s'il n'y a pas risque d'offense, il n'y a pas nécessité du voile, l'absence de la cause éliminant la prescription; c'est une loi bien connue chez les jurisconsultes.

Et le voile évoqué ici n'a rien à voir avec la dégénérescence de la vêture actuelle chez nombre de nos femmes intégristes, le propos divin voulant textuellement dire « rapporter sur soi une partie de sa mante », n'entendant nullement un masque sur le visage. Encore une fois, il s'agit de règles de courtoisie sociale, soumises au goût et à l'esprit du temps, non de prescriptions relevant de la foi.

Enfin, le Coran revient sur la question dans un verset de la sourate, Al-Nûr qui, de portée plus générale, est supposé fonder une prétendue prescription, alors qu'il est spcifique à l'époque. Les circonstances de sa révélation sont liées à Médine qui était une ville bigarrée ou se mélangeaient les femmes libres et les esclaves dont certaies étaient obligées par leurs maîtres à la prostitution. Or, la tradition qui était déjà de rigueur avant l'avènement de l'islam était que la femme libre se couvrait pour ne pas être confondue avec les esclaves. C'était un code de conduite permettant de leur éviter d'être assimilées aux premières et d'échapper au harcèlement des hommes. Aucune considération religieuse n'était en cause, juste une règle tacite de distinction sociale, le voile différenciant la femme libre de l'esclave.

Aussi, le voile en islam est juste traité en termes de comportement social, du strict prisme des rapports humains appelés à évoluer.

C'est ce que confirme la Sunna puisqu'il n'existe aucune prescription en matière de voile ni chez Boukhari ni chez Mouslem.

Le voile de la tradition judéo-chrétienne

Dans la Bible, le voile est synonyme d'un statut particulier, impliquant le rapport entre la femme et Dieu. C'est une affaire de dogme.

Ainsi, il est ordonné aux femmes dans Le Nouveau Testament de se couvrir avec un voile lorsqu'elles prient (1 Corinthiens 11, versets 5 à 15). Contrairement au prétendu voile islamique, le voile chrétien est donc véritablement religieux, car il est un aspect essentiel de la prière publique. Et c'est un voile recouvrant tout le visage. Il suffit de voir les nonnes se consacrant à Dieu. D'ailleurs, les représentations de la vierge Marie la présentent toujours avec un voile.

Outre la prière, l'obligation de porter le voile s'étend aux filles d'hommes libres, le port du voile étant interdit aux esclaves et aux prostituées. Cette interdiction relative aux prostituées était déjà présente dans des lois assyriennes attribuées à Teglath-Phalasar 1er (v. 1000 avant J.-C.) dans le cadre de la tradition orientale.

De plus, le port du voile ne se limite pas à l'église, puisqu'il est recommandé de prier sans cesse (1 Thessaloniciens 5. 17) ce qui suppose pour la femme de porter le voile même si elle prie chez elle.

Le voile est évoqué ailleurs (Esaie 47.2, 1.Timothée 2.9, Pierre 3.3) et on retrouve les mêmes prescriptions quant à la vêture de la femme qu'en islam en termes de pudeur et de discrétion.

S'agissant de la tradition judaïque, la femme y était aussi voilée (Genèse 24.65). Par ailleurs, dans le récit de ce livre du mariage de Jacob avec la fille de Laban (29.15-26), on apprend qu'il l'a fait sans avoir eu à voir le visage de sa femme qui était voilé selon la tradition sémitique.

D'autres références de la littérature juive (3 Maccabées 4.6 [livre apocryphe]; Mishna, Ketuboth, 72a-b) attestent qu'au premier siècle de l'ère commune, la coutume pour les femmes de se couvrir la tête en public était quasi-universelle.

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