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Ce voile biblique qu'on prétend islamique! (Seconde partie)

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Nous avons démontré dans la première partie de ce diptyque le vrai statut du voile en islam. Nous le finissons en rappelant son statut dans la Bible; ce qui montre bien que le voile dans nos rues célèbre le judaïsme et/ou le christianisme et non point l'islam. Alors, de quelle religion relèvent nos voilées? Certainement pas de l'islam!

LIRE AUSSI: Ce voile biblique qu'on prétend islamique! (Première partie)

Le voile dans la tradition judéo-chrétienne

Il est question du voile dans la Bible, mais non plus en termes de comportement social, du strict prisme des rapports humains comme dans le Coran. La question y est d'un statut autrement plus élevé puisqu'elle concerne le rapport entre la femme et Dieu. C'est bien une affaire de dogme.

Ainsi, il est expressément ordonné aux femmes dans Le Nouveau Testament de se couvrir avec un voile lorsqu'elles prient.

Jugeons-en par l'extrait suivant de la Première épître aux Corinthiens où saint Paul, qui est considéré comme étant celui qui a le plus servi le dogme chrétien, traite de l'ordre dans L'Église:

11. 3 Je veux cependant que vous sachiez que Christ est le chef de tout homme, que l'homme est le chef de la femme, et que Dieu est le chef de Christ.

11. 4 Tout homme qui prie ou qui prophétise, la tête couverte, déshonore son chef.
11. 5 Toute femme, au contraire, qui prie ou qui prophétise, la tête non voilée, déshonore son chef, c'est comme si elle était rasée.
11. 6 Car si une femme n'est pas voilée, qu'elle se coupe aussi les cheveux. Or, s'il est honteux pour une femme d'avoir les cheveux coupés ou d'être rasée, qu'elle se voile.
11. 7 L'homme ne doit pas se couvrir la tête, puisqu'il est l'image et la gloire de Dieu, tandis que la femme est la gloire de l'homme.
11. 8 En effet, l'homme n'a pas été tiré de la femme, mais la femme a été tirée de l'homme;
11. 9 et l'homme n'a pas été créé à cause de la femme, mais la femme a été créée à cause de l'homme.
11. 10 C'est pourquoi la femme, à cause des anges, doit avoir sur la tête une marque de l'autorité dont elle dépend.
11. 11 Toutefois, dans le Seigneur, la femme n'est point sans l'homme, ni l'homme sans la femme.
11. 12 Car, de même que la femme a été tirée de l'homme, de même l'homme existe par la femme, et tout vient de Dieu.
11. 13 Jugez-en vous-mêmes, est-il convenable qu'une femme prie Dieu sans être voilée?
11. 14 La nature elle-même ne vous enseigne-t-elle pas que c'est une honte pour l'homme de porter de longs cheveux,
11. 15 mais que c'est une gloire pour la femme d'en porter, parce que la chevelure lui a été donnée comme voile ? (1)

Le voile chrétien est donc autrement plus religieux que le prétendu voile islamique; il est un aspect essentiel de la prière publique. Et c'est un voile recouvrant tout le visage. Il suffit de voir les nonnes, ces religieuses se consacrant à Dieu; elles sont toutes voilées. D'ailleurs, si on regarde les représentations de la vierge Marie, on la voit toujours avec son voile.

S'il est expressément ordonné dans la Bible aux femmes de se couvrir d'un voile pour prier, elles ont aussi l'obligation de le porter, plus particulièrement quand il s'agit des filles d'hommes libres. C'est que le port du voile est interdit aux esclaves et aux prostituées. Cette interdiction relative surtout aux prostituées était déjà présente dans des lois assyriennes attribuées à Teglath-Phalasar 1er (v. 1000 avant Jésus-Christ) dans le cadre de la tradition orientale.

Le port du voile ne se limite donc pas à l'église. Ainsi, il est recommandé de prier sans cesse dans le premier Livre des Thessaloniciens, (2) ce qui suppose pour la femme de porter le voile même si elle ne prie que chez elle.

Dans l'Ancien testament, le voile est aussi évoqué dans le Livre prophétique d'Isaie en ces termes :

47.2. Prends les meules, et mouds de la farine; Ote ton voile, relève les pans de ta robe, Découvre tes jambes, traverse les fleuves! (3)

Dans le Nouveau Testament, on retrouve dans la première épître de Timothée pratiquement les mêmes prescriptions quant à la vêture de la femme que nous avons dans la tradition non authentique rapportée du prophète insistant sur la pudeur et la discrétion chez la femme. On lit ainsi:

2.9. Je veux aussi que les femmes, vêtues d'une manière décente, avec pudeur et modestie, ne se parent ni de tresses, ni d'or, ni de perles, ni d'habits somptueux (4).

Il en va de même dans la première épître de saint Pierre en plus de la soumission au mari:

3.1. Femmes, soyez de mêmes soumises à vos maris, afin que si quelques-uns n'obéissent point à la parole, ils soient gagnés sans parole par la conduite de leurs femmes,

3.2 en voyant votre manière de vivre chaste et réservée.
3.3. Ayez, non cette parure extérieure qui consiste dans les cheveux tressés, les ornements d'or, ou les habits qu'on revêt,
3.4. mais la parure intérieure et cachée dans le coeur, la pureté incorruptible d'un esprit doux et paisible, qui est d'un grand prix devant Dieu.
3.5. Ainsi se paraient autrefois les saintes femmes qui espéraient en Dieu, soumises à leurs maris (5).

S'agissant du voile judaïque, comme déjà noté avec Isaie, la femme juive était aussi voilée. On lit ceci dans le Livre de la Genèse du Pentateuque:

24.65. Elle dit au serviteur: Qui est cet homme, qui vient dans les champs à notre rencontre? Et le serviteur répondit: C'est mon seigneur. Alors elle prit son voile, et se couvrit (6).

Dans le récit du mariage de Jacob avec la fille de Laban, ce livre nous apprend qu'il a contracté mariage sans avoir eu à voir le visage de sa femme qui était voilé selon la tradition sémitique. Aussi, Jacob n'a pu se rendre compte qu'il a épousé Léa et non Rachel qu'au lendemain de la nuit de noces, suite à la consommation du mariage, ainsi que l'imposait la tradition de l'époque (7).

On peut encore citer d'autres références de la littérature juive: 3 Maccabées 4.6 [livre apocryphe]; Mishna, Ketuboth, 72a-b. De fait, au premier siècle de l'ère commune, la coutume pour les femmes de se couvrir la tête en public était quasi-universelle; et non seulement dans le monde oriental ou la culture juive. On en trouve aussi trace dans la culture gréco-romaine (8).

Ce rappel étant fait, ne serait-il pas plus juste désormais de qualifier nos femmes voilées de religieuses chrétiennes plutôt que musulmanes, puisqu'elles honorent moins une prescription du Coran que de la Bible?

NOTES

(1) 1 Corinthiens 11, versets 3 à 15.

(2) 1 Thessaloniciens 5, verset 17 : 5.17 Priez sans cesse).
(3) Isaïe 47.2.
(4) 1. Thimothée 2.9
(5) 1 Pierre 3, versets 1 à 5
(6) Genèse 24.65.
(7) Voir le récit dans Genèse 29 versets 15 à 26.
(8) Cf., par exemple, Plutarque, Oeuvres morales, 3. 232c; 4. 267b et Apulée, L'Âne d'or, 11

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