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Ce trésor caché de Tunisie qu'on dilapide

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Janvier ne déroge pas à la règle, il est encore le mois où le peuple se rappelle au souvenir de ses dirigeants. Le voici qui se rebelle contre une classe politique inerte. Jusqu'à quand va-t-elle cultiver son inertie aussi coupable que grosse de périls?

En guise de rappel de ce que fut, au fond le 14 janvier, ce coup du peuple tunisien, première manifestation de ce qu'on a pu appeler révolution 2.0 ou postmoderne, saluons nos jeunes qui, au risque d'être manipulés, manifestent leur soif de liberté et de dignité. C'est une faim de droits qui signe la fin de l'ordre ancien que nos élites, déconnectées des réalités, veulent pourtant maintenir coûte que coûte en s'accrochant à l'ordre juridique obsolète toujours en vigueur.

Que cela aide à sortir de la triste mentalité de dénigrement de soi et de relativisation de ce qui s'est passé et se passe en notre pays, car la négativité travaille et influe sur l'atmosphère mentale, arrivant même à détourner le cours de l'histoire du meilleur au pire. En effet, rien de bon ne peut advenir si on ne le souhaite pas assez; le volontarisme est toujours nécessaire, quitte à être du pessimisme raisonné!

Il s'agit ici de braquer de nouveau le projecteur sur un réel trésor de la Tunisie qu'on dilapide à force de mésentente entre les gouvernants et les gouvernés et de manque de confiance. Un trésor caché auquel la majorité de nos concitoyens ne font pas assez attention, mais qui est bien évident aux yeux des profiteurs du pays de tous bords: politiciens véreux et partenaires étrangers, les nouveaux impérialistes surtout.

Une spiritualité soufie

Ce trésor est d'abord dans la spiritualité de grand format qui est la marque éminente de la majorité du peuple. C'est ce qu'on croit bien à tort être une religiosité, car elle n'est nullement cultuelle, étant culturelle, marquant un attachement certain à ce qu'il y a de meilleur dans notre patrimoine et nos traditions: une religion tolérante et humaniste, libertaire même.

C'est cela l'islam tunisien que nos islamistes, entichés de l'antéislam wahhabite, cherchent à dilapider, en jouant machiavéliquement afin de finir par imposer au pays leur lecture dévergondée de l'islam qui n'est qu'une violation de son essence même.

C'est cette part essentielle du trésor tunisien qu'il appartient à tout vrai patriote de veiller à préserver contre les menées de tels faux musulmans, cinquième colonne de l'intégrisme salafi, cet islam judéo-chrétien.

Tout autant qu'à nos élites modernistes et laïcistes, il importe à nos partenaires occidentaux d'y faire attention, car leurs intérêts ne seront préservés en Tunisie que par un islam paisible, donc soufi, seul islam authentique, l'islam du peuple.

Une sensibilité sensuelle

Comme il ne faut pas se leurrer sur la nature de la spiritualité populaire du point de vue religieux, il est essentiel aussi d'être conscient que le caractère tunisien est à forte charge de sensibilité, une sensualité hédoniste; c'est la marque majeure de la libido en Tunisie en son sens d'énergie vitale.

Le Tunisien aime vivre; ne dit-on pas de lui qu'il est bon vivant (عياش)? Dans cette passion de vivre, il est libertaire dans l'âme, entretenant un esprit de contradiction susceptible de l'amener, dans la pure tradition arabe, jusqu'à soutenir envers et contre tout et tous ce qu'il croit, y compris contre la logique. C'est bien à cela que réfère l'adage faisant gazelles des volatiles (معيز ولو طاروا)!

Un tel amour de la vie, ce vif désir de croquer à pleines dents la vie fait la Volonté de vivre tunisienne superbement chantée par son génial poète, constituant l'essentiel de la tunisianité.

Une jeunesse mûre

Ces deux caractéristiques sont portées à leur incandescence par le troisième élément de la trinité de l'exception tunisienne qui est sa jeunesse. Déjà, Bourguiba parlait de l'élément humain tunisien comme étant la fierté du pays.

Et c'est bien cette jeunesse mûre qui revendique son droit de vivre avec dignité jusques et y compris en préférant aller mourir sur les champs des batailles perdues, au fond des mers ou en s'immolant par le feu.

C'est qu'elle préfère perdre la vie à gagner un honneur que ne lui reconnaissent pas ses autorités avec leurs lois scélérates héritées d'un temps pourtant honni et répudié. Car de telles lois, que tous les gouvernements depuis la révolution ont préservées, ne font que chercher à émasculer nos jeunes, en faire des enfants à demeure.

C'est cette jeunesse que les intégristes aujourd'hui, affublés d'atours trompeurs, veulent contrôler et manipuler par un lavage méticuleux du cerveau. Aussi refusent-ils que les lois brimant les jeunes soient abolies afin de profiter de leur désespérance, l'instrumentalisant à leurs visées machiavéliques.

Un précieux trésor à valoriser

Un tel trésor inestimable fait que la Tunisie est ce qu'elle est: une terre de conquête pour des impérialistes venant d'horizons divers. Ils viennent, bien sûr, d'un Orient dogmatiquement religieux, violant les préceptes du seul islam authentique, l'islam soufi. Ils viennent aussi d'un Occident aussi dogmatique, mais profane, cédant à son matérialisme à outrance,célébrant la loi de Mamon.

En Tunisie, comme ailleurs, ils sont alliés et en veulent à son trésor caché. L'un veut faire de notre pays un souk pour une religion trahie, un pur obscurantisme; l'autre entend l'ériger en marché où tout se vend et s'achète, surtout l'âme. Nos religieux intégristes n'ont-ils pas déjà vendu la leur au capitalisme de marché?

C'est qu'il ne s'agit, pour les deux, que de marchands du temple d'un même dieu à double face, Dieu et Mamon, réunis pour voler ses richesses matérielles et immatérielles à la Tunisie. Pour cela, ils usent de toutes les armes, y compris et surtout de la haine et de l'exclusion.

Aussi, la meilleure parade pour les contrer reste-t-elle l'arme fatale de l'amour. Que tous les patriotes entonnent donc l'hymne de cet amour incarné par le patriote suprême que fut Farhat Hached n'hésitant pas à déclamer ainsi sa passion: que je t'aime, ô peuple!

Les événements en cours dans le pays ne rendent que plus cruel le manque de confiance entre les élites et les masses et ce besoin de politique amoureuse de la part des premières pour que les secondes ne soient pas manipulées comme on le voit par les profiteurs de toutes obédiences qui en veulent au trésor caché de Tunisie.

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