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Ce que disent à la Tunisie les élections espagnoles

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Les élections espagnoles ont confirmé la tendance de fond en cours en Europe : Une contestation de plus en plus grande des structures vieillies et même obsolètes de la démocratie représentées par le système antique des grands partis de masse et une option de plus en plus franche en faveur des petits partis proches des préoccupations des gens.

De là à dire que la démocratie n'est plus partisane, mais associative, il n'y a qu'un pas que nombre d'observateurs et d'analystes se permettent désormais.

Le paysage politique espagnol suite aux législatives

C'est manifestement la fin du bipartisme qu'annoncent les résultats des dernières législatives espagnoles et un risque accru d'instabilité politique.

Certes, le parti conservateur gouvernant est arrivé en tête des suffrages, mais il n'obtient pas la majorité absolue et il lui faudra composer avec les nombreuses petites formations apparues, dont le parti libéral Ciudadanos qui a rogné sérieusement ses suffrages.

En face, le parti socialiste détrompe les présages en résistant bien, mais il ne peut contrer sa tendance à l'affaiblissement, contesté notamment et sérieusement par Podemos, cette préfiguration du parti de demain qui conforte ses positions même s'il ne rafle pas la mise annoncée.

On estime que ce sont ces Indignés qui sont les principaux vainqueurs du scrutin, puisque le parti est un nouveau venu en politique qui se positionne déjà en interlocuteur incontournable.

Autre enseignement de ces élections, la désaffection relative des citoyens puisque le taux de participation bien qu'assez élevé est inférieur à celui des précédentes législatives malgré l'enjeu qui a fait se passionner pas mal de quartiers populaires et certaines franges de la population.

Ainsi la jeune démocratie espagnole, à peine à l'âge adulte, est-elle confrontée déjà à une sérieuse crise, celle de la quarantaine chez les humains, avec la nécessité de devoir revoir des mécanismes manifestement obsolètes. En effet, aucune formation ne peut demain gouverner sans tractations, entente, compromis et concessions.

Leçons d'Espagne, prospectives pour la Tunisie

Le dynamisme pluriel de la société espagnole déjà observé au Portugal existe aussi chez nous en Tunisie où l'on continue malgré tout à vouloir y plaquer le système périmé des grands partis en vigueur en Occident.

La seule innovation est de pure forme, comme le fait l'ancien président Marzouki qui débaptise son nouveau parti en mouvance; mais l'esprit antique du grand parti d'antan demeure. Surtout, son centralisme excessif, sa langue de bois et sa déconnexion d'avec les réalités.

Il est dommage que de telles structures cacochymes viennent empêcher de travailler les seules formations en mesure de faire bouger les choses en Tunisie que sont les structures associatives au niveau local et régional.

C'est la vie associative qui doit être dotée de moyens, y compris la capacité de porter et de proposer des projets de loi ayant priorité sur ceux du gouvernement, car ce sont les associations qui sont au contact des réalités quotidiennes du peuple et qui savent imaginer les solutions aux problèmes concrets de tous les jours.

Seule une prise en compte dans la future loi électorale municipale et locale du rôle de la société civile en la dotant d'instruments efficaces revitalisera la gouvernabilité de la Tunisie qui est en panne à la veille de la célébration du cinquième anniversaire de sa révolution.

On ne doit pas se leurrer, en effet ! Ce ne sont plus les grands partis qui sauront apporter au pays le surplus de droits et de libertés; ce sont les associations de la société civile qui l'ont démontré lors de la rédaction de la Constitution.

Aujourd'hui, tandis que les partis se neutralisent pour un partage juteux du pouvoir ne servant que leurs intérêts et ceux de leurs partenaires du capitalisme mondial, il importe de permettre au peuple, à travers la société civile, d'avoir droit au chapitre en termes de capacité de gestion indépendante de ses localités, mais aussi d'initiative législative, afin de sortir de l'inertie mortifère actuelle.

Au lieu de lancer un nouveau parti, avec des slogans aussi creux que ceux de son illusion de parti que fut le CPR qui a été pourtant au pouvoir sans y réaliser rien de concret, l'ancien président de la République aurait dû se limiter à apporter sa compétence et son expérience aux associations pour leur donner plus de crédibilité, davantage de moyens, d'actions et surtout de confiance en leur capacité à faire bouger les choses.

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