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Ce courage qui manque pour lutter contre le vrai terrorisme

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STOP TERRORISM
Zoubeir Souissi / Reuters
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Il faut du courage que notre classe politique n'a pas pour lutter contre le vrai terrorisme et non le faux qui n'est que le résultat du premier.

Or, comme ce dernier est visible, surtout dans ses retombées dramatiques spectaculaires, on préfère en parler plutôt que du vrai. D'autant plus que ce dernier touche à des sujets sensibles qu'on fait tout pour les occulter le plus longtemps possible.

D'où le manque de courage dont souffre notre classe politique, mais dont il faut, au plus vite, faire montre pour lutter efficacement contre l'hydre terroriste.

Faux terrorisme

Ce dont on nous parle et ce qu'on voit lors des terribles drames récurrents n'est qu'un aspect minime du terrorisme; c'est juste sa face apparente, l'oeuvre d'exécutants au cerveau lavé et délavé; juste des munitions qu'utilisent des mains occultes.

Se focaliser sur ce terrorisme, c'est préférer l'apparence à la réalité, l'artefact à la cause. Car ce ne sont pas des désaxés, paumés et désespérés de vivre qui font le véritable terrorisme. Ce dernier a ses cerveaux qui ont le savoir et le pouvoir pour ne pas se mouiller.

En effet, dans la nébuleuse terroriste faite de tout, y compris d'intérêts en apparence idéologiquement opposés, il importe de brouiller les pistes et de faire réaliser le boulot par les damnées de la terre. Et ce sont ces jeunes qu'on brime assez par ailleurs pour les dégoûter de la vie, en faire la chair à se faire exploser que prisent les apprentis et maîtres sorciers qui font le vrai terrorisme.

Vrai terrorisme

Le vrai terrorisme est d'abord théorique et mental. Il est l'oeuvre des gourous et supposés émirs des candidats au martyre. Sans ces machiavéliques manipulateurs, aucun jeune même le plus attaché à sa religion ne se donnerait la mort ni ne la donnerait, car sa foi véritable interdit d'attenter à la vie d'autrui et à plus forte raison de se suicider.

On voit bien jusqu'à quel point va la violation de la foi au nom de laquelle on agit, et qui fait de la piété crime et du jihad, qui est d'abord un effort pour le meilleur et l'administration de l'exemple, du pur brigandage.

C'est ce qui a permis qu'il ameutent nos jeunes pour les embrigader pour des causes qui ne les concernent pas, à l'extérieur du pays, ou pour les tromper sur leur devoir religieux chez eux, simulant de leur donner le sens de la vie qui leur manque et qui les amène à la répudier pour mourir et renaître à une meilleure vie.

Ces vrais terroristes, même s'ils ne sont pas toujours en costume cravate, sont souvent sinon toujours des intouchables en termes non seulement d'immunité, mais de pouvoir et de privilèges. Or, si l'on ne peut les empêcher d'agir, il est toujours possible de contrecarrer leur oeuvre malfaisante en assurant le contre-prêche.

Courage de la vérité

Le contre-prêche, aussi bien politique que religieux, est celui de dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

En politique, devant être poléthique, cela suppose de cesser d'user de langue de bois et d'oser abolir les lois scélérates, toutes les lois datant de la colonisation et de la dictature qui pourrissent la vie des gens, et des jeunes en premier, les empêchant de vivre.

Doivent ainsi être abolis sans plus tarder tous les textes de loi, en commençant par les circulaires abusives, en matière de libertés et de droits à une vie privée émancipée, que cela touche à l'alcool, au sexe, au cannabis ou à la libre circulation.

Celle-ci doit être reconnue comme droit fondamental du citoyen et impliquer l'exigence de la transformation du visa actuel en visa biométrique de circulation garantissant le libre mouvement pour tous les Tunisiens sous visa délivrable pour un an au moins, gratuitement, et renouvelable par tacite reconduction. C'est la seule contrepartie valide pour la grosse concession faire à la souveraineté nationale par la permission du prélèvement des empreintes digitales par une puissance étrangère sur le territoire national.

En religion, cela doit impliquer de retirer le monopole actuel d'en parler aux supposés spécialistes de la religion, ces cheikhs et imams autoproclamés, car il n'existe pas d'intermédiaire entre Dieu et ses fidèles. Surtout qu'ils abusent de la religion, se limitant à se référer à l'effort d'exégèse de leurs prédécesseurs, ce qui a donné une jurisprudence qui, si elle a été bonne par le passé, ne l'est plus aujourd'hui. Pour l'attester, il suffit de rappeler que Daech, l'horreur absolue de l'Antéislam, s'y réfère.

C'est à faire d'urgence aussi et notamment en déclarant nulles et non avenues toutes les lois supposées respectueuses de la religion tandis qu'elles la violent, comme ces textes liberticides en matière de pudeur et de bonnes moeurs, du droit reconnu en islam à boire l'alcool en veillant juste à ne pas atteindre l'état d'ivresse ou du parfait droit au sexe, y compris homosexuel, que l'islam correctement interprété n'a jamais interdit.

C'est ainsi qu'on contribuera à lutter contre le véritable terrorisme, celui qui vicie les mentalités, y cultivant le refus d'autrui et la négation du vivre-ensemble démocratique.

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