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Cannabis: Le président de la République n'a pas tenu parole!

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BEJI CAID ESSEBSI
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C'est de courage que manquent les dirigeants actuels de la Tunisie; ce qui a pour conséquence d'encourager les moins bien intentionnés pour sauver le pays de la grave crise qui le secoue d'oser tout pour affaiblir encore plus l'État, ainsi qu'on le voit actuellement au sud de la Tunisie.

Car il s'agit moins de protestations populaires que de contestation idéologique et politique savamment exploitée par des acteurs qui veulent faire échouer la transition démocratique. Or, de tels troubles sont à la fois l'effet et la cause du manque de courage chez les gouvernants pour rétablir la confiance chez le peuple, sa jeunesse surtout.

Manque de courage politique

Le plus parfait exemple de l'incapacité du pouvoir à oser ce qui est de nature à interpeller les consciences et parler à l'inconscient populaire, c'est l'épineuse et symbolique question de la dépénalisation du cannabis qui revient devant les parlementaires.

Il est avéré, personne n'en doute plus, que la loi 52 sur les stupéfiants est une honteuse manifestation de la dictature qui s'en servait pour brimer la jeunesse et occulter ses propres turpitudes. Aussi, la première des obligations de l'État nouveau, se voulant celui de la dignité retrouvée du peuple, sa jeunesse surtout, aurait dû être l'abrogation pure et simple et au plus vite d'une telle scélérate loi, comme tant d'autres au demeurant.

Or, il n'en a rien été! Bien pis, le président de la République qui a promis de le faire durant sa campagne électorale ne l'a pas fait à ce jour.

Et bien qu'il se soit récemment engagé à ce qu'on n'emprisonne plus les jeunes consommateurs, on en est bien loin avec le projet actuel, y compris après l'amendement proposé lors du dernier Conseil national de sécurité et qui se limite à juste donner latitude au juge de ne pas emprisonner.

Ce qui revient à agir comme Ponce Pilate, se lavant les mains de cette question éminemment d'importance comme si l'on était irresponsable. On sait d'ailleurs que la démission du gouverneur romain n'a pas empêché la crucifixion du Christ.

Aussi, on continuera à emprisonner les jeunes consommateurs de cannabis et à détruire leur avenir. On voudrait en faire des révoltés conte la société, des munitions de demain pour une insurrection populaire, qu'on n'agirait assurément pas autrement! Se rend-on donc compte de la gravité de ce qu'on fait si légèrement?

Fabrique de munitions terroristes

On croit savoir que la résistance de certaines autorités lors du Conseil national de sécurité a été vive pour contrer l'intention présidentielle de ne plus arrêter les jeunes. il y allait, selon certaines d'entre elles, de l'autorité de l'État. Comme si la véritable autorité de l'État n'était pas plutôt dans la protection et la défense de sa jeunesse aujourd'hui brimée!

Car le projet de réforme de loi 52, même avec l'amendement discuté actuellement au parlement, reste une absolue abomination.

En effet, au prétexte de lutter contre la toxicomanie, on ne fera que continuer à créer les toxicomanes à la pelle. C'est effectivement dans la prison que l'on devient accro à la dogue et non par une consommation épisodique en toute liberté!

Or, c'est le type de consommation chez nos jeunes; et il a été prouvé par les plus grandes sommités scientifiques qu'un joint de temps en temps n'a jamais été néfaste pour la santé, et en tout cas moins nocif que la cigarette.

C'est ce qui a amené les experts de l'ONU à appeler à la totale dépénalisation du cannabis pour se concentrer sur son seul trafic. Alors, pourquoi s'entêter à brimer notre jeunesse déjà privée des plus basiques droits de citoyenneté, celui d'une saine vie, comme le droit au sexe, et celui de citoyen d'un État qui se respecte, comme la libre circulation.

Comment alors s'étonner que nos jeunes soient une proie facile aux terrorismes? Le terrorisme d'aujourd'hui, cette nébuleuse entretenue par des intérêts divers où se côtoient barbouzes criminels et États voyous, ne dure-t-il pas du fait qu'il est nourri par un terrorisme mental faisant de jeunes exploités et sans droits ces kamikazes qui, comme Samson, le héros de la Bible, s'offrent à la mort en la faisant subir à autrui jugé responsable de leur condition indigne? À méditer.

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