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Attention, l'homophobie tuera demain en Tunisie!

Publication: Mis à jour:
AHMED
facebook/ahmed ben amor
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On apprend la récidive du vice-président de l'association Shams, attentant à ses jours tout juste une semaine après avoir échappé à la mort lors de sa première tentative de suicide.

Il est aujourd'hui entre la vie et la mort, dans un état grave, de nouveau dans le coma, souffrant de plus d'un traumatisme crânien ayant nécessité une intubation.

La souffrance d'Ahmed est celle de toute la jeunesse

Or, échappant à la mort à sa première tentative, on a pourtant vu et senti le jeune Ahmed, tout juste 20 ans, reprendre l'envie de combattre de plus belle pour sa juste cause, l'abolition de l'homophobie.

C'est que cette tare sous tous les points de vue, y compris de la morale et de la religion, outre du droit national et international, est en passe de tuer.

En effet, si Ahmed Ben Amor a tenté de nouveau de mettre fin à ses jours, c'est que rien n'a changé et n'est près de changer en Tunisie. Ses amis et proches disent même qu'il souffre désormais de problèmes psychiques et de dépression nerveuse.

Ahmed est comme toute la jeunesse tunisienne qui est aussi dans le coma, bien que cela soit pour diverses façons, mais toutes ayant pour cause l'absence de droits et de libertés de disposer de sa vie comme elle l'entend, surtout de vivre librement une vie sexuelle essentielle pour l'équilibre de la personnalité humaine.

Éviter d'être responsables de mort d'innocents

Ahmed, selon ses amis et intimes, mais aussi la jeunesse tunisienne aujourd'hui, est mal dans sa peau, se sentant non seulement mal-aimé, mais brimé, étant rejeté par sa famille et sa société, menacé même de mort pour son combat humaniste.

Une telle pression sociale et familiale à laquelle n'a pu résister Ahmed Ben Amor fera fatalement des dégâts encore plus graves demain si elle n'est pas contrariée de suite.

Elle sera assurément cause de mort. Ainsi l'homophobie tuera en Tunisie si on ne l'abolit pas de suite. Nos responsables politiques sont-ils prêts à assumer une telle responsabilité?

Or, ils sont déjà injustes en étant responsables du harcèlement d'innocents moins bien traités que des terroristes. Peut-on envisager de se montrer clément avec des gens ayant du sang sur les mains et refuser leurs droits à qui, au pis, n'a que du sperme sur les siennes?

Le projet qui sauvera notre jeunesse

Ahmed Ben Amor, comme tous les jeunes Tunisiens, qu'ils soient gays ou non -- car l'homosensuel (mon terme mon homosexuel) est l'emblème du différent absolu -- a besoin d'amour, seul sentiment capable de contrarier son désir actuel de la mort.

Or, l'amour pour la cause anti-homophobie est stérile aujourd'hui. Et c'est certes le cas du fait de l'indifférence à cette cause manifestée par les autorités et l'opposition farouche des intégristes, religieux comme profanes.

Mais cela a aussi, hélas, pour cause que les militants de la société civile ne parlent pas de l'abolition de l'homophobie de manière juste et efficace, en mesure de faire bouger les choses. C'est en osant rappeler que l'islam n'est pas homophobe et en proposant le projet de loi qui peut permettre cela qu'ils seront efficaces et pas autrement.

Il urge donc de féconder le militantisme pour cette cause humaniste avec une réelle motivation pour laquelle Ahmed, mais aussi tout humaniste, s'investira avec ceux qui l'aiment et sont sincères à vouloir l'abolition de l'homophobie.

Que Shams, l'association dont il est vice-président, ose enfin répondre à ce nouvel appel de détresse de son vice-président en usant de la seule arme en mesure d'abolir l'homophobie, le projet de loi qu'elle connaît et que je rappelle ci-après.

Qu'elle le fasse pour son vice-président afin de lui donner une raison de vivre dans le combat qui suivra pour imposer ce projet de loi envers et contre tous. C'est ce qui lui redonnera goût à la vie si jamais il échappe déjà la mort qui le guette aujourd'hui!

Et c'est cela qui empêchera l'homophobie de tuer demain. De plus, la levée de cette chape de plomb de notre droit autorisera d'autres réussites pour les droits et les libertés citoyennes inaliénables, comme le libre sexe entre majeurs, le droit de boire de l'alcool sans tracasseries ou de fumer ce joint qui est bien moins nocif que la cigarette.

C'est bien le moment d'oser tant qu'il est encore temps !

PROJET DE LOI

Abolition de l'homophobie en Tunisie

Attendu que l'homophobie est contraire aux droits de l'Homme et au vivre-ensemble paisible, à la base de la démocratie,

Attendu que l'orientation sexuelle relève de la vie privée que respectent et l'État de droit tunisien et l'islam,

Attendu que l'article 230 du Code pénal viole la religion musulmane qui n'est pas homophobe étant respectueuse de la vie privée de ses fidèles qu'elle protège ;

L'ARP décide :

Article unique

La vie privée étant respectée et protégée en Tunisie, l'article 230 est aboli.

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