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17 mai: Pour l'abolition de l'homophobie, violation absolue des valeurs humaines!

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Le 17 mai est la journée mondiale de lutte contre l'homophobie. Tous les pays civilisés communient en cette journée autour de l'impérative nécessité de lutter contre la violation absolue de toutes les valeurs humaines que constitue l'homophobie. Alors, la Tunisie doit-elle demeurer en reste comme c'est le cas jusqu'ici?

Célébrer la journée mondiale contre l'homophobie

En effet, on ne peut plus user du cache-sexe de la morale pour continuer à dire que les traditions du pays et sa religion l'interdiraient.

Car il a été démontré en long et en large que l'islam n'a jamais été homophobe et que la société tunisienne a toujours accepté les rapports entre des gens de même sexe qui n'ont été interdit que par le colonisateur, l'article 230 étant une survivance de la morale coloniale.

De plus, la science a amplement démontré que ce type de sexe, pour être minoritaire, n'est ni une maladie ni une aberration dans la nature; un jugement récent rendu au Liban est venu même confirmer que l'homosexualité est conforme à la nature humaine.

Alors, les médias tunisiens et les responsables du pays vont-ils continuer à ignorer cette journée mondiale et faire comme si notre pays n'était pas concerné par la honte homophobe ? N'est-ce pas le moment d'abolir enfin l'homophobie en abrogeant le honteux article 230 du Code pénal ?

C'est qu'un tel article, outre d'être illégitime eu égard aux traditions de notre société et à sa religion, est également inconstitutionnel, et donc nul de nullité absolue, ne devant même plus être appliqué par les juges s'ils voulaient être vraiment justes, rendant une justice irréprochable.

N'est-il pas enfin temps d'arrêter de colporter le mythe avéré que la société tunisienne serait conservatrice et refuserait les rapports homosexuels qu'elle accepte et que nombre de gens pratiquent, mais en douce, afin de se prémunir du regard des autorités et des minorités violentes?

Ceux qui tiennent un tel faux discours sur un sexe parfaitement naturel ne connaissent rien à la vie réelle de leurs concitoyens pour lesquels le sexe est total, ne faisant aucune distinction entre homosexualité et hétérosexualité. Au vrai, le sexe arabe et maghrébin -- et particulièrement tunisien --, est plutôt une sensualité.

De fait, les adeptes de cette fausseté ne cherchent qu'à asseoir leur pouvoir politique et moral sur la jeunesse du pays qui leur échappe peu à peu. Or, en maintenant des lois injustes, comme cette moyenâgeuse honte homophobe, on pousse nos jeunes dans l'extrémisme. Il est clair, effectivement, que lorsqu'on est privé d'amour et du droit d'aimer -- l'amour homosensuel étant le symbole de l'amour contestataire, ce droit imprescriptible de la nature humaine --, on bascule irrémédiablement dans l'horreur de haïr et rejeter autrui. C'est alors Thanatos qui l'emporte sur Éros.

Soutenir le projet de loi homophobie-killer !

Il n'est que temps, à l'occasion de cette journée mondiale du 17 mai, d'arrêter de desservir l'État de droit en Tunisie et la cause humaniste. Outre les politiciens, les militants de la cause anti-homophobie doivent donc oser proposer et réclamer fermement l'abolition de l'article 230 du Code pénal au non non seulement du droit, mais aussi et surtout de la morale et de la religion.

C'est que nos militants doivent arrêter de développer leur stratégie actuelle qui est néfaste, car elle crispe tout le monde par son apparence occidentalocentriste.

À l'occasion de cette journée, on les voit ainsi s'appliquer à célébrer la journée, mais en restant entre soi et en ressassant des arguments laïcistes éculés qui n'ont aucune prise sur la réalité et qui, surtout, ne s'adressent ni au grand public ni aux médias pour avoir leur soutien indispensable.

Pourtant, ils ont tous les arguments nécessaires leur permettant de soutenir, sans possibilité de contestation de leurs adversaires, qu'en terre arabe, le sexe est total, qu'on n'y distingue pas entre homo et hétéro et que cette distinction inutile est obsolète, ayant été inventée par l'Occident qui a été homophobe, par le passé, au moment même où le monde arabe musulman chantait l'homoérotisme, l'islam n'ayant jamais été homophobe ainsi que cela a été dit et prouvé.

Voilà ce qu'il faut dire ce 17 mai par les militants anti-homophobie, outre de soutenir le seul projet en mesure d'abolir l'article 230, celui qui a été proposé aux autorités et fait l'objet du dernier appel en la matière..

Que les honnêtes parmi les militant-e-s se rebiffent donc et exigent que le projet de loi en mesure de faire disparaître la tare de l'homophobie soit soutenu et médiatiquement défendu pour entrer à l'ARP et y susciter au moins le débat !

Que les plus patriotes parmi les politiciens osent aussi enlever de notre législation cette injustice qui dessert la Tunisie et la maturité de son peuple !

Que les plus attachés à l'islam l'honorent en l'innocentant de ce que ses ennemis prétendent, transformant sa justice intrinsèque en injustice et son humanisme en inhumanité.

Que M. Ghannouchi, enfin, tienne parole en appuyant le projet soumis à ses députés et en leur demandant de le voter ainsi qu'il s'y est engagé !

Pour tout cela, osons, les uns les autres, être justes en exigeant abolir en cette journée mondiale l'homophobie en Tunisie car contraire au droit, à la morale et à la religion ! Soutenons donc le texte consensuel joint à l'appel précité et qui tuera l'homophobie, car il est ce qu'on appelle un homophobie-killer!

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