Eric Ehrmann

RECEVEZ LES INFOS DE Eric Ehrmann
 

Canal Hôtel Bagdad Août 2003: L'attaque qui a changé l'ONU

Publication: 04/08/2013 09h00

La fermeture des ambassades américaines au Maghreb et au Moyen-Orient ont porté un revers à l'esprit du "printemps arabe". Ces événements sont un rappel de la nature problématique de la diplomatie publique et du "soft power." Les extrémistes gagnent l'avantage avec des tactiques qui sont un mépris total pour les droits de l'homme. Dans le même temps l'argument rappelant que les Américains et leurs alliés ont fait la même chose n'est pas infondé.

Il y a dix ans, le 19 août, un terroriste a garé un camion chargé de 230 kg d'explosifs devant le bureau de l'envoyé spécial des Nations Unies à Bagdad, Sergio Viera de Mello. Le diplomate brésilien a été tué avec 22 membres de son équipe dans l'explosion qui a ravagé l'Hôtel Canal.

Pour commémorer l'attaque, les Nations Unies ont déclaré, en 2008, le 19 août Journée Humanitaire Mondiale.

Livres et documentaires ont relaté l'histoire sordide. Sergio, en utilisant son téléphone cellulaire au milieu des décombres, à appelé à l'aide. Mais le temps de réponse des équipes de secours, y compris les Américains, était lent et trop peu coordonné.

Un communiqué d'un groupe extrémiste dit que l'opération était un règlement de comptes et que Viera de Mello avait autorisé l'utilisation de la force contre des musulmans durant son mandat, à titre d'administrateur provisoire des Nations Unies au Timor oriental pour la période 1999-2002.

Après l'attentat de Bagdad, l'ONU a considérablement réduit sa présence en Irak. Mais la mission a été réanimée et restructurée de manière à soutenir les objectifs américains.

Aujourd'hui,l'ONU manque de personnalités dynamiques prêtes à prendre des risques pour améliorer la vie de ceux que Frantz Fanon a appelé les damnés de la terre.

Selon l'ONU, 43 millions de personnes détiennent le statut de réfugiés pour raison de guerre et/ou de conflits religieux et tribaux.

L'homme qui était connu simplement par son prénom, "Sergio", avait été préoccupé par la condition humaine toute sa vie.

Sergio a passé une grande partie de sa jeunesse en dehors du Brésil. Son père, un diplomate de haut rang au ministère des Affaires étrangères "Itamarati", avait été limogé sous le régime militaire. Sergio n'avait aucun amour perdu pour les Américains, lesquels avaient soutenu cette junte qui avait mis fin à la carrière de son père.

Il avait fait ses études à la Sorbonne, où il s'était politisé, et il avait participé au mouvement de Mai 68.

Après que Combat eut publié un de ses articles qui débatait des droits de l'homme, il a appris que la junte militaire dans son Brésil natal lui rendrait la vie inconfortable dès son retour.

En 1969, il a trouvé un emploi comme rédacteur au siège du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés à Genève.

En 1971, il faisait partie de l'équipe travaillant sur la crise des réfugiés au Bangladesh. C'était la première fois qu'une campagne multimédia internationale tentait d'attirer l'attention sur le sort des millions de personnes déplacées par le conflit. Le guitariste George Harrison a écrit la chanson "Bangladesh" pour l'occasion, et un concert-bénéfice a eu lieu à Madison Square Garden à New York.

Sergio s'est vu confier des missions complexes dans des zones dangereuses, notamment au Cambodge, au Kosovo, au Liban et au Rwanda.

Quand son ami Kofi Annan lui a demandé de prendre l'affectation temporaire en Irak, Sergio était alors Haut Commissaire des Nations Unies pour les Droits de l'Homme.

À l'apogée de sa carrière, son nom était mentionné comme futur Secrétaire général dans les couloirs de l'ONU, à New York et à Genève.

Le Secrétaire général Annan espérait que la présence de Sergio à Bagdad pourrait éviter le chaos et les combats entre factions, qui se sont malheureusement manifestés rapidement après sa mort.

Aujourd'hui, après 3,000 milliards de dollars de dépenses à essayer de démocratiser l'Irak, la situation est de retour au statu quo ante. Ironie du sort, le journal Foreign Policy a appelé le conflit la meilleure guerre gérée par le Pentagone.

Deux ans après que les Etats-Unis aient retiré leurs troupes d'Irak, le conflit fratricide entre chiites et sunnites a escaladé a grande vitesse. Le Premier ministre Nouri Al-Maliki a demandé à Washington des armes et des conseillers militaires et civils.

Le général des armées Martin Dempsey, principal conseiller militaire du président américain Barack Obama, a témoigné devant le Congrès en juin que la demande d'assistance de l'Irak est importante, l'escalade du conflit étant un effet collatéral de la guerre civile syrienne.

Maintenant, la situation politique qui a précédé l'attaque au Canal Hôtel est de retour.

Le Sénat américain a approuvé Samantha Power, le candidat du président Obama, comme ambassadeur aux Nations Unies. Un défenseur des droits humains de longue date, Power a été contrainte de démissionner durant la campagne présidentielle de Barack Obama de 2008 après avoir appelé son adversaire, Hillary Clinton, un "monstre". Elle a par la suite siégé au Conseil personnel de sécurité nationale d'Obama et a soutenu l'intervention militaire en Libye.

L'ambassadeur Power est l'auteur d'une importante biographie de Sergio Viera de Mello en anglais, "Chasing The Flame, One Man's Fight To Save The World." Elle a d'abord rencontré le diplomate alors qu'elle était journaliste couvrant le conflit du Kosovo en 1994.

Sergio était en faveur d'une solution diplomatique en Irak en 2003. Aujourd'hui, avec de nouvelles violences en Irak, est-ce que l'ambassadeur Power peut faire de même ou choisira-t-elle de rentrer dans les rangs et de devenir apologiste d'un nouvel engagement militaire?

Après huit mois de jihadisme en Tunisie, le "printemps arabe" est-il, lui aussi, devenu un autre échec de la diplomatie publique?

 
Suivre Al HuffPost