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3 semaines dans un centre d'accueil de réfugiés à Munich

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Qui n'a pas entendu parler de millions de réfugiés forcés de quitter leur pays pour des raisons de sécurité l'été dernier?

Ne perdons pas de vue qu'il s'agit bien de personnes, de femmes, d'enfants et d'hommes, et non pas de simples chiffres ou de statistiques. Il faut garder à l'esprit qu'il s'agit ici de réfugiés et non pas d' "immigrés", une distinction essentielle pour comprendre les enjeux.

Un réfugié est une personne qui a été contrainte de quitter son pays d'origine pour des raisons religieuses, ethniques, politiques, sécuritaires ou raciales, et qui ne bénéficie pas du même statut que les populations locales du pays dans lequel il réside. Un réfugié n'est donc pas à confondre avec un immigré, qui, quant à lui, est une personne venant d'un pays autre que le sien, dans l'unique but d'y trouver une situation économique meilleure, ou bien pour des raisons familiales ou personnelles.

Entre les déclarations officielles de la chancelière allemande Merkel, du Président Hollande et d'autres chefs d'États sur la position prise par leur pays par rapport à cette vague migratoire, les frontières qui n'ont cessé de s'ouvrir et d'être fermées et les informations nombreuses et parfois contradictoires des médias, il est souvent difficile de rester au point sur cette situation qui affecte autant de pays et de personnes.

Ce qui est certain, c'est que l'Europe connaît en ce moment sa plus grande vague migratoire depuis la Seconde Guerre Mondiale, excédant un million de réfugiés. Mais que sont donc venus faire tous ces réfugiés arrivés l'été dernier sur le territoire européen?

J'ai eu la chance de travailler et de rencontrer certains d'entre-eux cet été lors de mon stage dans un centre d'accueil de réfugiés à Munich.

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"Lok Arrival", l'organisme pour lequel je travaillais, propose des activités aux jeunes réfugiés arrivés en Allemagne et qui sont en attente de l'approbation de leurs demandes d'asile. Qu'il s'agisse de sorties en ville, de cours d'allemand intensifs, d'activités sportives et créatives, "Lok arrival" s'est donné pour mission d'occuper le temps des réfugiés qui ne sont pas encore autorisés à travailler et cela tant qu'ils n'ont pas obtenu leur statut de réfugié, un processus qui peut durer de trois mois à plusieurs années.

La "Bayernkaserne", où siège en ce moment "Lok Arrival", est le plus grand centre d'accueil de réfugiés de Munich pouvant accueillir jusqu'à 1200 personnes.

Cette base américaine désaffectée, qui s'étend sur plusieurs kilomètres, est composée d'immeubles avec des chambres pour 8 personnes et des salles de bains communes sur chaque étage, offre trois repas par jour accessibles dans deux cantines différentes, ainsi qu'un accès à un médecin sur place, des cours de récréation pour les enfants et la fameuse "Halle 23" gérée par "Lok Arrival" où les jeunes peuvent emprunter des vélos, skateboards, rollers, jeux de sociétés, ballons de foot, et participer aux activités proposées comme les cours de Taebo, de cuisine, de théâtre et de Breakdance.

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En arrivant dans ce centre d'accueil, les réfugiés reçoivent des nouveaux habits (qui sont des dons de la population allemande) et peuvent se faire couper les cheveux, deux services offerts tous les trois mois.

Cette ancienne base militaire a servi de maison pour beaucoup de réfugiés arrivés en masse l'été dernier au "Hauptbahnhof" (gare) de Munich, soit plus de 300 personnes par jour sur une période d'au moins quatre mois.

Malgré les efforts du gouvernement allemand pour accélérer le processus de traitement des dossiers des demandeurs d'asile, que l'on peut voir par la simplification de certaines procédures administratives, le pays reste débordé.

On estime à environ 1.1 million le nombre de réfugiés arrivés en Allemagne au cours des derniers 12 mois, dont 440.000 sont en cours d'obtention de leur statut, et dont 300.000 l'ont déjà obtenu, ce qui voudrait dire que plus d'un demi million n'ont toujours pas passés la première interview.

Malgré cette expérience difficile les réfugiés de la Bayernkaserne sont positifs, optimistes et volontaires. Les enfants retrouvent une enfance "normale" dans un camp où se mêlent Afghans, Somaliens, Nigérians, Syriens, Sénégalais, Pakistanais et d'autres nationalités, un mélange impressionnant de cultures, de religions et de langues différentes.

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Ces jeunes apprennent l'allemand bien plus rapidement que les adultes et en peu de temps, la plupart y étant que depuis deux ou trois mois seulement. La communication entre les petits dans le contexte du jeu se fait dans un mélange de mots allemands, arabes, anglais, farsis et turcs notamment, comme cette petite ougandaise qui apprend l'arabe en même temps que l'allemand grâce à ses nouveaux amis syriens qui eux apprennent à leur tour un peu d'anglais.

On m'a souvent demandé si ce n'était pas trop "dur" moralement et psychologiquement de travailler de façon si proche avec des réfugiés ayant des vécus si difficiles, mais les sourires et les rires de ces enfants de la Bayernkaserne ne m'ont jamais évoqué cela et ont été une leçon de vie irremplaçable.

Ces jeunes parlent de leurs voyages comme si c'était quelque chose de quelconque, une histoire qu'ils ne souhaitent simplement pas perdre leur temps à raconter alors qu'ils pourraient être entrain de jouer au foot avec leurs nouveaux amis d'Allemagne.

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Ils ont inconsciemment fait le choix de laisser tout cela derrière eux et de se tourner vers l'avenir.

Leur curiosité, dont témoignent leurs questions incessantes sur la vie en Allemagne, est bien la preuve de cette volonté et de leur motivation à apprendre la langue allemande et de s'intégrer dans la société. Ces réfugiés sont tout simplement heureux d'être enfin arrivés au bout de leur voyage, un luxe que malheureusement peu d'entre eux ont eu la chance de connaitre.

Malgré tous les problèmes évoqués dans le contexte de cette crise migratoire, les jeunes réfugiés arrivés sur le sol allemand sont une génération qui, si on lui en donne les moyens, va réussir et aidera l'Allemagne par tous les moyens possibles.

La Bayernkaserne est un parfait exemple qui montre que si on accepte et on présente à ces populations fuyant l'horreur et la misère des conditions de vie correctes et une vision pour l'avenir, leur intégration sera un succès.

En se baladant à travers ce centre d'accueil, on peut entendre des musiques arabes et africaines, voir des gens qui jouent aux cartes, rigoler et danser, prouvant ainsi qu'une telle cohabitation harmonieuse entre humains d'origines si diverses est possible.

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