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L'arabe dialectal à l'honneur

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Il est toujours plaisant de voir se concrétiser des projets qui ont pour but la promotion d'une langue étrangère ou la mise en valeur d'une langue considérée comme secondaire. La langue arabe est sujette à moult discussions à propos de sa dualité entre arabe littéraire et arabe dialectal, leur structure linguistique et leur place culturelle étant différente. Ainsi, il est admis que l'arabe dialectal, l'arabe parlé, ne peut pas s'écrire. Or, il y a une reconnaissance de plus en plus affirmée sur la place à donner à cette langue. Des publications récentes en littérature jeunesse montrent que les ouvrages en arabe tunisien, marocain ou algérien ont aussi leur place sur les rayons de nos bibliothèques. Exemples.

Le petit Nicolas, Hamid et Ziyad

Le petit Nicolas est né sous la plume de René Goscinny et le coup de crayon de Sempé en 1959. On plonge alors dans son univers, sa ville, sa cour de récréation, ses copains de toujours. Ce petit bonhomme nous devient indispensable avec ses aventures et ses interrogations sur le monde adulte. Malgré son demi-siècle, il ne vieillit pas et il est même de nouveau d'actualité avec sa traduction en arabe dialectal (trois histoires en arabe tunisien, trois en marocain, trois en algérien, sous la direction de Dominique Caubet, professeur à l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales de Paris) et retranscrites en écriture latine.

En effet, la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) a établi une liste de 75 langues de l'Hexagone dont l'arabe dialectal fait partie. Le but est de valoriser ce patrimoine linguistique et de faire découvrir aux arabophones à travers leur langue maternelle des classiques de la littérature. Ainsi, le petit Nicolas habite Hammamet, il a comme copains de classe Hamid et Ziyad, et il nous emmène dans ses aventures ensoleillées. Après une édition en corse et en yiddish, le petit Nicolas se transpose dans cette ville tunisienne et démontre ainsi que certaines histoires sont intemporelles et communes à toutes les cultures.

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La langue tunisienne, patrimoine de la Tunisie

Avec la double volonté de promouvoir l'arabe dialectal et la littérature pour enfants, le collectif Kélemti (association Kélemti, Maison d'éditions Arabesques et Scolibris) basé à Tunis est à l'origine de la publication de deux ouvrages dans la collection "Petites histoires tunisiennes", qui rassemble des livres-CD de contes connus de tous les Tunisiens pour les enfants de 3 à 6 ans.

Le lecteur découvre alors avec délice Ommi Sissi, croquée sous le pinceau de Hend Ben Ammar comme une femme d'autorité qui met au pas un chat roux bien trop gourmand. Le second ouvrage raconte la Mâzaa Mâazouzia, une chèvre qui ne s'en laisse pas conter et qui saura défendre ses chevreaux, sabots et cornes en avant!

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Les deux fondatrices de l'association Kélemti, Hager Ben Ammar et Valérie Vacchiani, veulent ainsi valoriser l'arabe tunisien et le français, en revisitant des contes traditionnels afin de promouvoir, en Tunisie comme en France, la langue tunisienne en tant que patrimoine spécifique de la Tunisie, en tant que reflet de son identité.

Tous ces ouvrages nous régalent et peuvent être lus par toutes les générations. Ils sont nés d'une volonté de connaitre la culture de l'autre à travers sa langue, sa littérature, et donc de s'en rapprocher à travers la traduction de textes propres à chacun des pays. Des mots au service de la différence, de la tolérance et de la découverte d'autres cultures.

Actualités du collectif Kélemti

  • Présentation des deux livres à la Foire du livre de Tunis sur le Stand Arabesques Céliris et sur celui de l'IFT
  • Participation au festival Paroles indigo à Arles du 1 au 3 novembre 2013
  • Lectures et dédicace à la Médiathèque Charles de Gaulle à Tunis, le 23 novembre 2013 à 15h
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