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Comment dynamiser les échanges commerciaux entre le Maroc et l'Afrique subsaharienne

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Le continent africain connaît actuellement une véritable dynamique de croissance (5,6 de croissance sur la période de 2000-2008, 5,4 pour 2012-2013) en raison de ses potentialités naturelles et humaines. Ces potentialités attirent à la fois les anciennes et les nouvelles puissances.

En effet, les Américains et les Européens tentent de conserver leur position acquise ou d'y reprendre pied, tandis que les Chinois, les Indiens, les Brésiliens et les Coréens voient ce continent comme un "nouvel eldorado". De même, nous assistons à l'irruption des puissances africaines, jouant un rôle important dans les échanges commerciaux intra-africains et l'exploitation des complémentarités à même de permettre une meilleure intégration continentale.

Dans cette perspective, le Maroc, qui entretient avec les pays de l'Afrique Subsaharienne (ASS) des liens séculaires reposant sur des fondements culturels politiques, table de plus en plus sur le renforcement des relations commerciales et financières. C'est dans cette perspective qu'il a signé et ratifié plusieurs accords portant sur le commerce et l'investissement. Cet article tente d'analyser la dynamique sectorielle et géographique des échanges commerciaux entre le Maroc et l'Afrique subsaharienne.

Durant les dix dernières années, nous avons assisté à une évolution des échanges commerciaux entre le Maroc et les pays de l'Afrique subsaharienne. En effet, le volume des échanges est passé de 8 milliards Dhs en 1998 à 36 milliards Dhs en 2011, soit une augmentation de l'ordre de 300%. Ce qui représente une évolution annuelle équivalente à 13%. Quant à la répartition sectorielle des échanges commerciaux entre le Maroc et l'ASS qui peut se lire au travers l'analyse de la structure des exportations et des importations marocaines, elle fait ressortir les éléments suivants.

Pour les exportations marocaines vers l'ASS, elles sont dominées principalement par les produits chimiques (26%), les produits agroalimentaires (23%), l'énergie (20%) et les produits métallurgiques et mécaniques (14,5%). Une grande part de ces produits est destinée à l'Afrique de l'Ouest (57%) et l'Afrique Centrale (28%). Le reste est partagé entre l'Afrique Australe (10%) et l'Afrique de l'Est (5%). Force est de constater que les principaux clients du Maroc sont le Sénégal, la Guinée Equatoriale, le Ghana, le Congo et la Côte d'Ivoire.

S'agissant des importations marocaines en provenance de l'ASS, les produits énergétiques occupent la première place soit 49%, les produits d'origine animale et végétale la seconde place (25%). Quant aux produits agroalimentaires, ils viennent en troisième position avec 18% dans le total des importations marocaines. Les principaux fournisseurs du Maroc sont l'Afrique du Sud, la Guinée Equatoriale, le Gabon, la Cote d'Ivoire et la Guinée.

Tout compte fait, la structure des échanges commerciaux entre le Maroc et l'ASS reste peu diversifiée. Ce qui soulève des problèmes liés à la compétitivité et à l'offre exportable des entreprises marocaines en Afrique. Néanmoins, les politiques sectorielles de diversification (l'automobile, l'offshoring, l'électronique, l'agroalimentaire, l'aéronautique) amorcées par le Maroc pendant les dix dernières années peuvent contribuer à l'enrichissement de l'offre exportable du Maroc.

La tendance à la diversification de l'offre exportable marocaine par le biais de positionnement du pays dans de nouvelles niches de production à forte valeur ajoutée constitue un potentiel considérable susceptible de booster les exportations marocaines en Afrique. Ceci pourrait être renforcé par le biais de la signature et la ratification des accords de libre échange avec les pays de l'Afrique subsaharienne.

Dans cette perspective, il convient de souligner qu'en 2002, le Maroc a signé avec les huit membres de l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) un accord préférentiel de commerce et d'investissement, prévoyant l'abolition partielle des droits de douane.

De plus, les deux parties s'engagent à encourager les opérateurs économiques à faire des investissements réciproques. Du côté marocain, certains souhaitent parvenir à un libre échange total, tandis que certains pays de l'UEMOA craignent des conséquences graves pour le développement économique de l'Union en raison de la forte perte de protection de leurs industries, et des opportunités restreintes d'exportation. D'où l'importance pour le Maroc d'entamer une nouvelle ronde de négociation avec les pays de l'UEMOA pour la ratification de l'accord en mettant en avant les gains réciproques que les uns et les autres pourraient en tirer.

En plus des obstacles liés à la compétitivité et à la promotion des exportations marocaines en ASS, les échanges entre les deux parties se heurtent à d'autres contraintes. En effet, la faiblesse du commerce entre le Maroc et les pays de l'Afrique subsaharienne s'explique essentiellement par la défaillance des infrastructures, l'insuffisance des mécanismes financiers de couverture des risques, le manque d'études de marché sur les potentialités commerciales dont recèle la région et enfin la faible présence du secteur privé.

Ceci étant, nous pouvons constater l'existence d'un fort potentiel de développement des échanges commerciaux entre le Maroc et les pays de l'Afrique Subsahariens - et ce dans un futur proche. Ce potentiel pourrait être atteint par le biais de la diversification de la production au profit des produits non traditionnels et en particulier des produits manufacturés véhiculant un transfert technologique.

L'adaptation de l'offre exportable du Maroc aux réalités africaines nécessite de repenser le Business modèle marocain. En la matière, le Maroc a beaucoup à apprendre des Business modèles chinois et indiens qui sont basés sur l'innovation frugale. Ceci est d'autant plus important que le taux de pauvreté reste des plus élevés en Afrique. D'où l'importance de développer des produits qui tiennent compte de la pauvreté monétaire qui sévit dans le continent et qui permettent au Maroc de se positionner sur un secteur qui profite largement aux pays émergents (le ciblage des populations ayant un revenu faible par l'adaptation des produits).

La forte présence du Maroc sur le continent lui permet de mieux connaître les attentes de la population africaine et par conséquent mieux y répondre. En outre, la montée en Afrique de la classe moyenne permet au Maroc de par ses atouts de devenir un pays attractif pour les touristes africains.

S'agissant de la compétitivité des exportations marocaines en Afrique, des efforts devraient être déployés pour soutenir les entreprises marocaines et les encourager à exporter davantage vers le continent. En la matière, la politique marocaine de promotion des exportations reposant essentiellement sur l'organisation des caravanes d'exportations en direction de l'Afrique est une stratégie qui est amenée à porter ses fruits de par le rôle qu'elle joue dans la création des opportunités d'affaires et l'identification de nouveaux marchés pour les entrepreneurs marocains.

Toutefois, le poids important qu'occupent les PME dans le tissu économique marocain devrait être pris en compte dans la stratégie nationale de promotion des exportations marocaines en Afrique. A cet égard, les opportunités commerciales qu'offre l'Afrique aux entreprises étrangères restent peu connues des PME marocaines. D'où l'importance de la mise en place d'une stratégie nationale visant à renforcer la contribution des PME aux exportations marocaines en Afrique.

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