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"Femmes arabes exceptionnelles au cinéma": La productrice Dora Bouchoucha

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DORRA
Facebook/Lina Chaabane
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Un dicton anonyme faisant le tour des réseaux sociaux, ces derniers jours, déclare que "dans une société qui profite de votre manque de confiance en vous, s'aimer soi-même est un acte de rébellion".

Si c'est le cas, alors la productrice tunisienne Dora Bouchoucha est bien une rebelle, pionnière de l'assurance en soi, de l'élégance et de la beauté.

Au début du mois, j'ai été contacté par un journal mondial venu du Moyen-Orient et dédié à la mode afin d'écrire un guide concernant "les femmes dans le cinéma arabe". En fin de compte, j'ai décidé de me retirer, déçue de la vision limitée de mon éditeur et de son incapacité à comprendre que le véritable titre aurait dû être "Femmes arabes exceptionnelles au cinéma" depuis que plusieurs, comme Bouchoucha - mais aussi la cinéaste saoudienne Haifaa Al Mansour, la scénariste et réalisatrice Cherien Dabis et l'actrice palestinienne Hiam Abbass - se sont fait une réputation et sont respectées au sein du cinéma mondial et pas seulement dans la région du MENA. De plus, parler d'une femme comme Bouchoucha en moins de 200 mots comme on m'a demandé de faire devient un défi auquel je ne voulais pas faire face.

Toutes les grandes histoires, j'estime, devraient commencer depuis le début. Étant enfant, Bouchoucha fréquentait une école de garçons en Tunisie -alors que l'école se transformait en établissant mixte, il y avait très peu de filles- ce qui a dû changer son regard sur la beauté personnelle mais a aussi créé ce que j'observe comme une armure de force féminine, couplée avec un style personnel décalé. C'est cette belle et élégante présence qui fait d'elle une puissance à prendre en compte, aux festivals internationaux de films et sur les plateaux. Elle admet qu'elle n'aime pas qu'on la qualifie de "dure" et je suis d'accord, c'est une limitation, sapant une femme aux facettes multiples comme Bouchoucha. Cette année à la Berlinale, Bouchoucha faisait partie du jury international et son emblématique chevelure à l'ouverture ainsi qu'aux cérémonies de remise des prix représentait pour moi un symbole de résistance.

Bouchoucha détient des diplômes en littérature anglaise de la Sorbonne à Paris. En 1995, elle fonde Nomadis Images, société de production responsable de quelques-uns des meilleurs films tunisiens parus sur la scène cinématographique mondiale et des projets internationaux de production de films tournés en Tunisie. Bouchoucha semble être comme chez elle sur les plateaux, comme elle l'est, bien entendu, dans les festivals de cinéma du monde entier. Et pourtant, elle trouve toujours le temps d'encadrer de jeunes étudiants prometteurs dans un des ateliers où elle enseigne divers programmes prestigieux.

Cependant, je voulais faire la connaissance de Bouchoucha au-delà de son travail et des interviews déjà entreprises, comme celle-ci pour VS.com, qui l'affiche avec sa fille Kenza, un mannequin qui a hérité du style et de la beauté de sa mère. J'ai cherché à découvrir la personne au-delà de la productrice qui est responsable du triomphe de "Hedi" de Mohamed Ben Attia, de la production de la plupart des films attendrissants de Raja Amari, et qui est la coproductrice du prochain projet de Ben Sombogaart, "Rafaël".

Je voulais m'adresser à la femme visionnaire avec le gentil sourire derrière la productrice. J'ai donc posé une liste de questions différentes qui pourraient ouvrir une boîte infinie de possibilités. Pour moi, le résultat est magique!

Quand vous ne faites pas de films, que faites-vous?

Dora Bouchoucha: Quand je ne fais pas de films, j'aime prendre soin de ma maison et ma famille. Je passe aussi beaucoup de temps à lire. Je consacre beaucoup de temps à l'encadrement et à la formation de jeunes cinéastes et producteurs d'Afrique et du monde arabe et partage mon expérience avec eux. J'aime les aider à réaliser leurs films et les sortir sur le marché.

Qu'est-ce qui définit l'élégance d'après vous?

La classe, l'intelligence, la beauté, la connaissance, l'esprit et l'humour forment ensemble l'élégance, à mon avis.

Si vous pouviez dîner avec cinq personnes, vivantes ou mortes, qui seraient-elles?

Mon défunt père, Tilda Swinton, Nelson Mandela, Oscar Wilde et Doris Lessing.

Si vous n'étiez pas devenu cinéaste, qu'auriez-vous fait comme métier?

Je pense que j'aurais aimé être décoratrice d'intérieur ou écrivaine.

Quels sont les premiers films que vous avez regardés?

"Ali Baba et les 40 voleurs" et "les sept mercenaires" avec Yul Brynner.

Comment avez-vous regardé des films étant enfant, et comment les regardez-vous maintenant?

Quand j'étais enfant, j'étais plus intéressée par le côté narratif bien sûr, maintenant je regarde des films plus comme une professionnelle et suis émue par les qualités cinématographiques, mais j'essaie toujours de garder la fraîcheur d'un spectateur ordinaire.

Quelles sont vos inspirations cinématographiques?

Nuri Bilge Ceydan, Meryl Streep, Ken Loach, Hanif Kureishi, Stephen Frears, Dino Risi et François Truffaut.

Quels sont les défis et les avantages d'être une femme productrice?

Il est plus facile de faire adhérer les gens autour de vous en tant que femme parce que l'approche féminine est différente. Le défi est que nous ne disons jamais au sujet d'un homme qui fait ce travail qu'il est dur tandis que quand une femme fait ce travail, elle est toujours perçue comme une "dure" même quand elle ne l'est pas.

Comment vous décririez-vous à quelqu'un qui ne vous connaît pas?

C'est une question étrange, mais je dirais trois mots - simple, brusque, mais, je suppose, une bonne personne.

Ce blog a été initialement publié sur le Huffington Post U.S et a été traduit de l'anglais par Myriam Hemrit

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