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Saad Lamjarred, ou comment rater sa communication de crise

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SAAD LAMJARRED
Saad Lamjarred/Instagram
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Quand l'affaire Saad Lamjarred a éclaté un matin d'octobre à Paris, il faut avouer que nous étions nombreux à crier à la mauvaise blague. Nous avions tous, plus ou moins, entendu parlé d'une affaire sordide du même genre aux États-Unis, sans trop y croire.

Après quelques jours, l'affaire en France s'est confirmée, a pris de l'ampleur et nous avons eu le droit à tous les clichés de la star "piégée" et "maltraitée" par, au choix, l'Algérie/la mafia des spectacles/les ennemis du Royaume...

Bien plus offusquant, les commentaires sur les réseaux sociaux nous ont laissé encore plus dubitatifs. Ainsi, le présumé bourreau devenait de facto une présumée victime. Sur Facebook, Twitter et Instagram, Saad était tout à coup désigné comme victime de son succès, persécuté par une femme (une "garce", pouvait-on même lire dans les commentaires les moins haineux) qui avait accepté de monter avec lui dans une chambre. Une accusatrice qui était coupable, ou du moins responsable de son sort.

L'histoire s'est quelque peu calmée et 6 mois plus tard, Saad, notre "héros national" allait enfin sortir de sa prison de Fleury-Merogis. Un ouf de soulagement a soufflé sur les réseaux sociaux. Ses fans, qui rêvaient d'un retour de la star, ont applaudi des deux mains, tout comme les amis et les proches du chanteur.

Mais si les voix crient victoire pour saluer le retour de l'enfant prodige, une petite piqûre de rappel s'impose: Saad Lamjarred n'est pas encore innocenté, mais en "liberté surveillée" avec un joli bracelet électronique assorti d'une interdiction de quitter le territoire français. Il n'était pas accusé d'avoir volé un bâton de réglisse, mais mis en examen pour "viol aggravé" et "violences volontaires aggravées".

Les fans sont pris à parti dans ce débat. Ils sont fans et quelque part, on se dit que ça rend leur jugement partial. En revanche, il y a tout de même un énorme problème quant à la communication de crise gérée par le staff du chanteur. À sa sortie de prison, à défaut d'être discret, ce dernier aurait au moins pu nous gratifier de sa décence, et pourquoi pas de son intelligence.

Car depuis sa sortie de prison, Saad Lamjarred se balade gaiement dans les rues de Paris et nous abreuve de photos souriantes voire triomphantes, mais aussi d'une vidéo pour le moins étrange, le présentant comme un martyre absous de ses crimes. Or la justice doit encore poursuivre son travail, et bien entendu, nous ne nous substituerons pas à elle ni pour incriminer, ni pour blanchir.

En revanche, d'un point de vue de la communication et des messages envoyés suite à sa mise en liberté surveillée, on peut se demander si le chanteur et son entourage ne font pas une erreur. Plutôt que de consacrer du temps, de l'énergie et sans doute de l'argent à orchestrer le partage de photos et d'une vidéo qui fait paraître le chanteur froid et sans cœur, il aurait peut-être mieux valu dans une discrétion (plus ou moins totale), aller à la rencontre d'associations de femmes violées, ou de femmes battues, ou pourquoi pas encore s'exprimer pour indiquer que l'alcool et les stupéfiants ne sont pas un exemple à suivre pour la jeunesse (une source proche de l'enquête indique en effet que Saad Lamjarred aurait été sous l'emprise d'alcool et de cocaïne le soir des faits présumés).

Car quand on est une "star" on a des privilèges, mais on a aussi des devoirs: on ne joue pas la victime que les gens sont contents de retrouver, on fait au moins semblant de s'intéresser à la cause pour laquelle on a été accusé. On fait profil bas et on ne chante pas "Ana Machi Sahel", comme pour jouer la carte de la provocation. Et on n'encourage pas son manager à garantir que l'on remontera sous peu sur scène. Non, on reste décent. Ou du moins on fait semblant.

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