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Mode: Vous avez dit diversité?

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HALIMA EDEN MAXMARA 2017
Getty
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Photo: La mannequin Halima Eden, défilé MaxMara, février 2017

MODE - Si la mode cherche de plus en plus à afficher une certaine diversité sur les podiums, on est en droit de se demander si cela relève de l'engagement sincère ou du coup marketing bien calculé. Il est vrai que chaque fashion week témoigne d'efforts visant à donner davantage de visibilité à la diversité.

Ainsi, lors de la fashion week de New York, nous avons pu apercevoir la mannequin plus size Candice Huffin, défiler aux côtés de Gigi Hadid pour le créateur Prabal Gurung. Il faut reconnaître qu'avec ses 90 kilos, la belle n'en était pas à son premier coup d'essai, puisqu'elle avait déjà posé pour le calendrier Pirelli ou encore pour la campagne de la collection Mango Plus Size.

Pour afficher des rondeurs sur les affiches et magazines de mode, les professionnels de la fashion sphère osent parfois braquer leurs lumières sur un mannequin plus size, histoire de démontrer que la mode n'exclut personne au-delà d'une taille 34 ou 36. Mais ces quelques coups, encore trop rares, ne font pas le poids face aux légions de mannequins (very) slim sollicitées pour des défilés et autres campagnes publicitaires.

Au point que des pays comme l'Espagne ou la France ont dû faire passer des lois afin d'interdire le recours aux mannequins trop maigres. Le manque de diversité dans la mode n'est pas seulement pondéral, il est aussi racial. Mannequin d'origine libanaise, Dedeh Howard dénonçait récemment ce manque de diversité dans une campagne où elle revisitait en photos des campagnes publicitaires exclusivement incarnées par des mannequins blanches.

Pas insensibles à ces messages, certaines maisons de couture osent mettre de la couleur dans leurs campagnes. En janvier dernier, Gucci saute ainsi le pas en mettant en ligne 9 vidéos sur son compte Instagram, représentant uniquement des mannequins afro-américaines. D'autres en revanche se font tacler.

C'est le cas de la maison de couture Lanvin, accusée il y a quelques jours de racisme après son dernier défilé à la fashion week de Paris. Sur les 44 mannequins sollicitées par Lanvin, seules 4 n'avaient pas la peau blanche. Une demande explicite de la maison de couture française, comme le dénonce un directeur de casting.

Nouvel enjeu désormais, la diversité religieuse. Il aura fallu que Kanye West fasse appel en février dernier pour son défilé Yeezy au mannequin voilé Halima Aden, pour que le petit monde de la mode se mette en émoi. Ignorant le pied-de-nez au décret anti-musulmans de Donald Trump, les professionnels s'interrogent: jusqu'où peut-on aller? Kanye West fait-il une fois de plus dans la provocation? Carine Roitfeld, papesse française de la mode, a-t-elle tort de faire également appel à Halima Aden et ses cheveux camouflés? Et Paris et sa semaine de la mode oseront-elles faire défiler à leur tour leur premier mannequin voilé?

À chaque fois, il faut tout de même avouer que la diversité affichée est un joli coup marketing: les couvertures de mannequins plus size font la Une, les campagnes affichant des mannequins afro-américaines sont qualifiées de "touchantes", quand les défilés où s'affichent des femmes voilées font le buzz. Et si la mode préfère associer publicité à diversité, ce dernier rimerait plutôt au quotidien avec réalité. Une réalité qu'il serait grand temps de mieux prendre en compte.

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