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L'urgence Rohingyas

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ROHINGYA
Mohammad Ponir Hossain / Reuters
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INTERNATIONAL - La situation de la minorité rohingya dans la province de l'Arakan en Birmanie est catastrophique: la haine et les persécutions par l'armée régulière s'abat sur une population démunie. Démunie même de sa citoyenneté depuis 1984 et qui ne peut plus fuir les exactions parce que la frontière du Bangladesh voisin est fermée.

Les témoignages et les images qui circulent sur les réseaux sociaux ces derniers jours sont insupportables. Images et vidéos prises par des agents de l'armée qui commettent ces forfaits indignes et barbares. À la férocité, on y ajoute de la bêtise.

On y voit des militaires qui frappent et malmènent des personnes âgées, des femmes et des enfants, des hommes alignés ou assis accroupis se font bastonner et torturer. On voit même des images atroces de découpages de membres avant l'égorgement et la décapitation. Aux violences commises par les militaires s'ajoutent celles d'une population voire de moines bouddhistes qui s'en donnent à cœur joie. Un déferlement de haine incompréhensible et qui requiert une intervention, un devoir d'ingérence pour stopper ces massacres d'Etat.

Cette férocité dépasse celle de Daech mais elle ne fait pas la une des journaux et ne suscite qu'une faible mobilisation de la part des chancelleries des pays occidentaux. On ne compte que quelques pays qui ont fait savoir mollement leur désaccord: l'Iran, l'Indonésie, la Malaisie et la Turquie, et des manifestations à Grozni, Jakarta ou encore Dacca. Les autres capitales attendent des massacres de plus grande ampleur pour daigner les pointer du doigt. Pourtant, tous les ingrédients sont réunis pour cela, comme jadis au Rwanda.

Aung San Suu Kyi, conseillère spéciale de l'Etat et prix Nobel de la Paix encensée en Occident, ne se prononce pas, nous dit-on pour ne pas menacer la fragile démocratie birmane. Ses services distillent des images de soldats birmans poignardés par des agents de l'armée de libération des Rohingyas, comme pour justifier les exactions, les punitions collectives et les villages brûlés.

Ashin Wirathu, prêtre bouddhiste, prêche ouvertement la haine contre les musulmans rohingyas, inculquant à ses disciples que le viol des femmes et le massacre des hommes sont des façons de protéger leur religion. Les commerçants musulmans se font boycotter et les mariages inter-religieux sont interdits.

Enfin, les Rohingyas souffrent de la propagande mondiale contre la religion musulmane, instrumentalisée par des terroristes. Les effets néfastes sur les musulmans dans le monde sont palpables. Alors quand ils sont en minorité comme en Centrafrique ou en Birmanie, ils n'échappent pas à la haine populaire nourrie par les faiseurs d'opinion.

Et si des journalistes comparent ce qui se passe actuellement en Birmanie contre les Rohingyas à la haine populaire qui s'est emparée des Hutus pour exterminer les Tutsis au Rwanda, c'est que la situation est plus qu'urgente. Bien évidemment, personne n'a parlé des musulmans hutus qui ont protégé les Tutsis de la vague de la haine meurtrière, mais c'était donner une bonne image de l'Islam.

Ainsi, nous avons décidé de créer le Collectif Urgence Rohingya afin d'essayer de porter secours à ces damnés de la terre, faire connaître le danger qu'ils encourent et demander des interventions en leur faveur, au nom des valeurs universelles qui nous unissent à nos semblables sur cette terre, et de la nécessité de protéger les faibles et de lutter contre l'injustice.

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