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Syrie: Talal et le choix de la dignité

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SYRIA HOSPITAL
Bassam Khabieh / Reuters
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SYRIE - Talal est un jeune infirmier, militaire de carrière qui a entendu parler dans sa caserne plantée au milieu de nulle part que des terroristes tuent les civils syriens et qu'il fallait défendre le pays contre les intrus et les vendus, que ces terroristes ont été manipulés et poussés à faire du grabuge et remonter la jeunesse, surtout sunnite, contre un régime socialiste et nationaliste. Le national socialisme, ça nous rappelle quelque chose: bien sûr Hitler et une page sombre de l'histoire de l'Europe et du monde.

Talal, comme tous les militaires, ont été empêchés de prier bien sûr, la prière n'est pas pour eux. Alors avec quelques amis, ils se cachaient dans une pièce tout en laissant quelqu'un faire le guet, pour prier. Il me disait qu'il s'adressait à Dieu lors de ses prières et l'implorait de le guider et l'éclairer. Bien évidemment, élevé dans l'amour de la patrie, il était prêt à donner sa vie pour elle, pourvu que ce combat soit vérité.

Infirmier, il était loin des armes, mais observait que sur les collines qui gardaient leur caserne et ne sont affectés que des soldats alaouites (de la caste chiite du président Bachar al-Assad), les soldats s'amusaient à tirer sur les voitures qui passaient sur la route avoisinante. Une fois les pneus crevés, la voiture est ramenée et ses occupants emportés vers l'inconnu. Au bout d'un moment, il y avait plus d'une centaine de voitures dans l'enceinte de la caserne. Talal commençait à se poser des questions. Il remarquait que des voitures utilitaires sortaient d'un bâtiment des services secrets adjacent à la caserne et revenaient dans la soirée. Un jour, en s'approchant d'un sniper qu'il connaissait et voyait qu'il tirait de temps à autre, il a compris qu'il y avait une fosse commune et que le sniper empêchait juste les chiens de manger les cadavres.

Après ce jour, la décision de Talal fut prise: le régime est coupable du meurtre de sa population et il lui était impossible de rester à ses côtés. Entre-temps, l'armée a retiré toutes les cartes des militaires à cause des défections médiatisées et qui donnaient envie à d'autres de partir.

Il aura fallu six mois pour que Talal puisse fuir avec quelques amis pendant une nuit de moindre vigilance risquant ainsi sa vie. La fuite a réussi et il s'est retrouvé à Alep. Après quelques jours, il est venu à l'hôpital Bab Alhawa pour y être engagé comme infirmier. Il y a passé une année à travailler nuit et jour et à dormir où il pouvait, dans le couloir, dans un lit de malade, il n'en avait cure: il s'est senti utile et luttait contre le régime assassin de sa population à sa manière.

Sa mère est devenue handicapée et devait être transférée en Turquie pour subir une greffe des genoux. Il a passé une année avec elle et consommé ainsi tout le salaire de l'année précédente. Une fois sa mère remise sur pieds, elle souhaitait revenir à son village dans la campagne de Hama aux mains des rebelles mais bombardée en permanence. Il y a des personnes qui ne peuvent quitter leurs terres même si le danger est de tous les côtés.

Talal, lui, est revenu à Bab Alhawa. L'expérience d'enseignant aidant, il est devenu instructeur dans le centre de formation, pour transmettre son expérience et former des jeunes et moins aux soins de médecine d'urgence. Maintenant, il est marié et a eu un enfant, sa vie a basculé comme des millions de Syriens, mais il se considère chanceux d'avoir pu choisir le bon côté au bon moment et de pouvoir devenir utile.

Avoir des responsabilités au sein d'une des plus grosses ONG médicales syriennes est une consécration pour lui.

On ne peut côtoyer de personnes de ce genre, des héros ordinaires, que si l'on traverse la frontière physique de la Syrie et celle de la peur. Il y a tant de Talal que seule la vie permet l'éclosion de leurs talents.

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