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Réfugiés syriens laissés dans le désert... L'injustice en plein ramadan

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Figuig Photographie
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RÉFUGIÉS - Khaldia, la femme syrienne de 20 ans et qui est dans son 9ème mois de grossesse, a décliné gentiment mon offre d'assistance de son accouchement au Maroc et a décidé avec son mari d'aller vers Melilla, l'enclave espagnole au nord du Maroc.

Sur le coup, j'ai été surpris et même interloqué. Comment une femme qui a été pendant 45 jours dans le désert et qui a dû marcher plus de 6 heures pour échapper à cette résidence obligatoire dans la zone tampon qui sépare les deux frontières marocaine et algérienne, souhaite continuer son périple vers l'enclave espagnole?

Les événements qui vont suivre lui donneront raison et dissiperont toutes mes interrogations. Dès que les autorités marocaines ont su que certains groupes ont pu se faufiler dans le territoire marocain, elles ont mis le paquet comme si on cherchait des bandits de grand chemin. La ville de Figuig a été quadrillée jusqu'à ce que les moqadems et une certaine lâcheté permettent de faire une trouvaille de taille: dix personnes, un malade cardiaque, deux adultes, trois femmes et quatre mineurs dont deux petites filles Belquis et Hala.

Ces malheureux Syriens ont été ramenés à l'arrière d'un pickup de l'armée pour se faire déposer là où ils étaient au départ, non sans être passés par le poste de police pour avoir des renseignements sur les habitants qui ont pu les aider et leur fournir de la nourriture. Il est vrai qu'on est dans un drôle de temps où on peut punir à coups de textes de loi des êtres humains qui refusent l'ignominie et font leur possible pour aider des réfugiés sans toit ni nourriture, tandis que les bandits notoires ne sont jamais inquiétés. Et on ose parler de fitna!

Les accompagnateurs de Khaldia qui ont pu arriver malgré les barrages à Oujda, se font pourchasser à leur tour. Abou Fathi, le mari de Khaldia, m'a appelé une fois à Melilla et m'a dit qu'il a été pourchassé avec sa femme jusque dans une chambre d'hôtel à Nador. Plus tard, trois autres Syriens, un jeune homme et deux mineures, Asmaa, 13 ans, et Ayat, 3 ans, ont été arrêtés à Nador et reconduits pendant la nuit à 500 kilomètres environ au sud vers leur point de départ, le désert de Figuig. Je n'arrive plus à expliquer ce comportement et je me demande qui est derrière cette mise à mal de la réputation du Maroc et des Marocains.

Khaldia, une fois arrivée à Melilla, a été hébergée dans un logement, elle a été prise en charge médicalement et pourra accoucher dans des conditions optimales. C'est vrai qu'il y a de quoi leur donner raison, et ressentir de la honte et de l'incompréhension ...

Les dix Syriens ont rejoint leur quinze autres compagnons d'infortune, les plus faibles qui ont également raté leur entrée au Maroc pour subir un ping-pong diplomatique digne d'un roman de Kafka. L'Algérie officielle déclare dans un élan "d'humanité" vouloir les héberger, elle demande un passage par le poste frontière régulier de Béni Ounif pour confondre le Maroc officiel et lui coller l'étiquette de l'expulsion de ces Syriens, mettant ainsi à mal toute la politique marocaine vis-à-vis de la guerre en Syrie et le soutien qu'il a mis en place depuis le début, notamment en ouvrant un hôpital militaire au camp des réfugiés syriens de Zaâtari en Jordanie.

Ainsi, les réfugiés syriens paient un prix diplomatique qui les dépasse, puisque chaque pays reste campé sur ses positions. Ce qui m'importe est l'état de ces rescapés de la guerre et victimes de la destruction de leur pays. Ils sont en train de subir une injustice beaucoup plus importante que celle qu'ils ont fuie. Tous les fils se sont coupés, il ne leur reste que celui du Tout-Puissant, parce que les humains dit musulmans, attendent le ramadan pour faire le jeûne la journée, prier la nuit et lire le Coran. Est-ce suffisant? J'en doute!

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