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Les poissons de la mort... Notre responsabilité

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MOROCCO FIKRI
ASSOCIATED PRESS
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SOCIÉTÉ - Le Maroc est secoué par le sort malheureux d'un jeune vendeur de poisson à la sauvette décédé de façon atroce et filmé dans une benne d'ordures. Le jeune homme essayait de récupérer ses "précieux" poissons mis dans la benne sur ordre de la police.

Il paraît que ce genre de poisson est interdit à la pêche et que Mouhcine, le revendeur, ne le transportait pas dans de bonnes conditions. Certainement, il n'a pas l'autorisation de vendre sur la voie publique.

Soit! Mais s'il y avait une justice sociale et un système judiciaire équitable, les Marocains n'éprouveraient pas cet affreux ressentiment qui s'accumule depuis plusieurs générations. S'il n'y avait pas une corruption endémique qui épargne les puissants et s'applique sur les plus faibles, il n'auraient pas ce sentiment de "hogra" ou de perte de dignité qui les accompagne depuis leur tendre enfance.

J'accuse la classe politique qui n'a pas su faire ce qu'il fallait depuis cinq ans afin d'apporter des solutions et de donner aux Marocains, surtout les plus humbles, des possibilités de vie digne et des raisons d'espérer. On ne prend pas les responsabilités devant Dieu, le peuple et l'histoire pour appliquer les directives de la Banque Mondiale d'une part et pour s'accommoder avec les perversités d'un système malsain.

Et si la majorité des Marocains ne croient pas dans le politique et ne votent même pas, c'est parce qu'ils ne rêvent plus et n'espèrent plus. Ils vivotent et cumulent les ressentiments. C'est vrai qu'il nous faut une classe politique courageuse et visionnaire mais elle est inexistante. Et pour cause, toutes les compétences ont été soit écartées par les médiocres ou n'ont pas du tout envie de faire partie des médiocres.

Cette médiocrité enfante la mauvaise gestion et la colère des pauvres. Ni facilités d'accès à l'emploi, ni santé publique de qualité, un sacrifice de l'éducation et les voies grandes ouvertes à la corruption en tout genre.

Alors, la mort atroce du jeune poissonnier n'est qu'un symptôme d'un ras-le-bol endémique et généralisé et ce n'est pas les petites mesures et les déclarations d'intention qui doivent être mises en marche. Comme l'entourage du roi l'a compris, ce souffle du peuple est dangereux, il est encore policé, soyons intelligents et remettons à plat ce système destructeur des dignités. Il y va de la survie du Maroc.

D'autres nations l'ont compris parce qu'ils écoutent les battements de la rue. Ne soyons pas sourds et ne faisons pas semblant comme d'habitude, sinon on risque de perdre carrément l'ouïe...

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