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Le 8 mars, la femme et le bistouri...

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ZOUHAIR LAHNA
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SOCIÉTÉ - Le 8 mars, je me trouvais entouré de femmes humbles de la région de Meknès Tafilalet et du Moyen Atlas. Des femmes qui étaient en souffrance à cause de maladies génitales handicapantes, de fortes douleurs, des hémorragies ou des déchirures. Des femmes qui ont fait plusieurs allers-retours vers les dispensaires et les hôpitaux, sans que leurs problèmes ne soient réglés pour autant. Incapables de faire entendre leur voix et faire valoir leurs droits, elles souffrent avec un silence assourdissant.

Savez-vous que j'ai découvert des femmes avec des fibromes hémorragiques qui ont saigné jusqu'à 5 g d'hémoglobine (la moitié de sa masse sanguine) hospitalisées et transfusées pour être renvoyées chez elle sans suivi, ni solution. Alors, l'anémie récidive avec son cortège de fatigue et de manque de force pour travailler et s'occuper de leur famille... Bref sans possibilité de vivre décemment.

D'autres femmes souffraient de descente d'organes ou de déchirures du périnée, des séquelles d'accouchements mal gérés. Alors en ce 8 mars, au lieu de faire un discours d'autosatisfaction, il m'a été possible d'opérer un certain nombre d'entre elles. Une manière de convertir le malaise en action, comme ne cesse de le répéter mon ami et soutien Rachid. L'action permet également de mettre le doigt sur la plaie, comprendre les origines du mal, et enfin trouver des solutions.

L'hôpital provincial Pagnon mère-enfants de Meknès réalise environ 13 000 accouchements par an. Il est le seul endroit où peuvent accoucher, sans payer, les femmes de la ville de Meknès et de plusieurs villes et villages aux alentours. Le seul endroit qui fonctionne 24h/24, puisque pas mal d'hôpitaux de proximité comme à El Hajeb n'assurent pas les gardes médicales les soirs et les nuits, faute de nombre suffisant de médecins.

Alors cet hôpital, de 13 000 accouchements, fonctionne avec cinq gynécologues dont trois seulement qui assurent les gardes pour une rémunération forfaitaire inférieure à 300 dirhams la nuit. La pression de l'administration, de la population et de la justice en plus. Puisque à ce rythme de garde, avec une moyenne de 36 accouchements par jour et des césariennes qui peuvent aller jusqu'à 8 par 24 heures, toute femme ou homme médecin normalement constitué perd ses moyens, prélude aux complications.

Pris dans cette spirale dangereuse, palliant les urgences et encore, les médecins ne pouvaient plus assurer les interventions gynécologiques. Les perdantes sont, bien évidement, les femmes pauvres. Toutes celles qui ont des passe-droit ou arrivent à avoir le coût de l'intervention du privé réussissent malgré tout à se faire traiter. Les autres continuent à souffrir ou à saigner en serrant bien les jambes.

Être en ce 8 mars, entre ces femmes aux regards tristes, la peau endurcie par le soleil et le sourire innocent est le plus beau cadeau au monde. Vous ne pouvez pas imaginer le bonheur qui envahit l'esprit et qui fait oublier la douleur du dos, lorsque ces femmes sentent les lueurs du soulagement. Elles ont tellement souffert, que le bistouri ne leur fait plus peur du tout. Le bistouri qui coupe, retire le mal et répare les dégâts.

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