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La femme enceinte, la migration et le désert...

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REFUGIES SYRIENNE ENCEINTE MAROC ALGERIE
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MIGRATION - En ces premiers jours du ramadan, je me trouve dans la ville de Figuig, venu pour consulter et secourir la jeune syrienne Khaldia, enceinte de presque neuf mois. J'attends frustré et amer à deux ou trois kilomètres de son emplacement avec les autres migrants sans pouvoir y accéder, ni la faire venir jusqu'à moi. Les gardes frontières veillent.

Quand je suis sorti en milieu de journée pour changer mon lieu de résidence, il n'y avait presque personne dans la rue. La ville est déserte et tous les commerces sont fermés: on me dit que la chaleur empêche les gens de sortir de chez eux et ils ne commencent à se mouvoir qu'une fois les rayons du soleil s'éloignant deviennent plus cléments, en fin de journée.

Je ne pouvais pas m'empêcher de penser à Khaldia, les enfants, les malades et tous les autres Syriens qui doivent endurer cette chaleur de plomb sans véritables abris ni suffisamment d'eau pour leurs enfants, sans compter les adultes qui jeûnent.

Les quelques militants de droits humains que j'ai accompagnés hier dans une marche de solidarité sont repartis, moi je suis resté pour y voir plus clair. Le collectif de Figuig et tous les habitants de cette ville n'acceptent pas cette situation scabreuse, l'un d'eux m'a confié avec une voix qui exprime la colère et l'amertume: "Si jamais il arrive un malheur à cette femme ou à son nouveau-né, cela restera collé à l'histoire de notre ville. Les responsables changent, mais la ville reste!"

Et justement, si je suis venu à Figuig au lieu de rester avec ma famille en ce début de ramadan, c'est pour alerter encore une fois sur le cas de cette jeune femme de 20 ans, enceinte de son premier enfant. Les conditions dans lesquelles elle se trouve sont préoccupantes, une première grossesse nécessite huit à dix heures de travail et requiert l'assistance d'un personnel compétent, ce qui n'est pas le cas de Khaldia qui n'est accompagnée que par des femmes migrantes.

Les conditions de vie et la fatigue de cette jeune future maman me font également penser qu'elle aura besoin vraisemblablement d'une césarienne et ceci n'est possible qu'à la ville de Bouarfa à plus de 100 km de Figuig.

Si le Maroc lance des programmes de lutte contre la mortalité maternelle et néonatale depuis 20 ans et construit des maisons des mères pour accueillir les femmes enceintes qui habitent dans des zones enclavées, il ne peut pas et ne doit pas laisser une femme dans une vallée enclavée risquer sa vie et celle de son fœtus.

Ce qui m'enrage, c'est de devoir assister au déroulement des complications que j'apprends aux différentes sages-femmes d'éviter et de ne pas les attendre pour agir. En effet, si cet enfant aura du mal à venir par les voies naturelles, il aura alors une asphyxie qui conduira à sa mort et les contractions finiront par rompre l'utérus de la maman et par conséquent occasionner son décès?
Ceci n'est pas un scénario macabre mais la cause de mortalité de la plupart des femmes enceintes dans le monde qui n'ont pas accès aux soins maternels.

Mettre Khaldia dans une maternité et lui octroyer les bonnes conditions de mise au monde de son enfant n'est pas un luxe mais une nécessité voire un droit.

Quand j'apprends que le Maroc a signé tous les traités de protection des droits humains et je vois le mutisme assourdissant de toutes les ONG et officines de droits de la femme, je reste pantois, il faut dire que j'ai dépassé le seuil de m'émouvoir ou de dénoncer, conscient qu'il s'agit d'un côté comme de l'autre que d'une comédie, et qui plus est de mauvais goût.

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