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Idya et l'indigence des urgences

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IDYA
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SOCIÉTÉ - Un scanner à Tinghir aurait-il pu sauver Idya? Assurément non! Puisqu'elle en a eu un à Errachidia et que le transfert au CHU de Fès n'a pas été réalisé, selon son père, pour une aggravation de l'état de la petite mais pour une consultation en ophtalmologie pédiatrique. Ce qui aurait pu sauver Idya, c'est la prise en charge correcte d'un traumatisme crânien avec perte de connaissance initiale à l'hôpital provincial d'Errachidia qui, en principe, est doté d'un neurochirurgien et d'une réanimation avec un système de garde.

Idya, trois ans, décédée au CHU de Fès quelques heures après son arrivée sur place mais trois jours après sa chute sur la tête, n'est que le symptôme de la prise en charge défectueuse du système des urgences au Maroc. Ce système est boiteux dans les grandes villes, alors il devient dangereux dans les villages enclavés ou difficiles d'accès, et pourtant, les solutions ne sont pas si difficiles pour permettre une prise en charge adéquate et équilibrée pour tous les Marocains quelles que soient leurs localités ou leurs conditions de vie.

Les solutions ne sont pas le matériel mais les humains, leurs qualités et leurs conditions de travail. Les gens vont se focaliser sur le scanner qui n'existe pas à Tinghir ou l'absence de prise en charge dans l'hôpital provincial d'Errachidia, mais le problème est dans la gestion rigoureuse de l'existant et l'orientation fiable et confiante des familles.

Devant une chute sur le crâne, le patient doit être rigoureusement surveillé et si on effectue le transfert, on le fait nous-mêmes, on ne demande pas aux parents de se débrouiller! Comme d'habitude, une fois que les symptômes s'aggravent, on décide d'octroyer enfin une ambulance. L'arrivée fut tardive et funeste pour la petite.

Ce qui plombe notre système de santé, c'est ce laisser-aller ambiant et la gestion des affaires courantes sans perspectives réalisables. Le bon personnel, médecins et infirmiers perdent ainsi leurs moyens et ensuite la confiance dans leurs missions. Les mauvais profitent de l'anarchie pour ne pas travailler ou s'adonner à la corruption.

Bien entendu, celui qui paie le prix fort est le Marocain qui a recours à ces services. Jusqu'à présent, ceux et celles qui ont des mutuelles ou les moyens ne s'attardaient pas sur le problème sanitaire de la population pauvre ou enclavée. Mais ceci est en train de changer: beaucoup de Marocains ne supportent plus cet apartheid sanitaire, où un système de santé en matière d'urgence n'est pas efficace pour tout le monde, surtout s'ils s'aventurent dans les montagnes et les contrées lointaines de ce beau pays. Le transport par hélicoptère coûte pas moins de 30.000 dirhams. Par conséquent, il ne peut se faire pour tout le monde, CQFD.

Finalement, la mise à niveau du système d'urgence générale et maternelle ne peut se faire par déclaration d'intentions mais par la mobilisation des capacités existantes afin de redonner confiance à la population dans le système. Il ne se fera pas non plus par des caravanes médicales qui mobilisent de gros moyens pour un résultat médiocre et sans lendemain. Quand on respecte nos semblables, on leur souhaite ce qu'on a, on fait en sorte que les urgences et les soins soient de qualité quelles que soient leurs conditions.

Ce n'est que de cette façon que la santé devient levier de développement et contribue efficacement à la paix sociale.

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