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Le centre de cancérologie d'Al Hoceima existe-t-il?

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CENTRE ONCOLOGIE AL HOCEIMA
Zouhair Lahna/Facebook
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SANTÉ - Il existe bel et bien un centre d'oncologie ou de cancérologie dans la ville d'Al Hoceima. Fonctionne-t-il comme le souhaitent les habitants de la région? Ça, c'est une autre affaire.

Pendant mon séjour à Al Hoceima pour réaliser une formation aux sages-femmes de la région et opérer quelques patientes à l'hôpital Mohamed V, je suis passé visiter le centre d'oncologie dont on parle tant. Le bâtiment est beau et spacieux, récent et propre. Plus beau qu'une clinique, ce qui est étonnant parce qu'on a lu qu'il n'existe même pas! J'ai été accueilli par des hôtesses charmantes et par deux jeunes médecins oncologues qui m'ont expliqué le fonctionnement du centre et m'ont fait visiter la salle de traitement.

On m'a expliqué que les traitements sont disponibles et octroyés gracieusement aux patients bénéficiant du RAMED (la prise en charge pour les nécessiteux). L'autre médecin radiothérapeute, une des six affectées au centre (ce qui est beaucoup puisque la demande est en deçà de la présence médicale), m'explique comment se déroulent les séances de radiothérapie.

Quand je pose la question qui fâche aux unes et aux autres afin de savoir pourquoi ce centre paraît ne pas donner satisfaction malgré sa beauté, la réponse est la dépendance, pour le diagnostic ou le traitement du patient cancéreux, à certaines choses qui ne sont pas dans le centre, comme une Imagerie par Résonance Magnétique (IRM) ou encore d'une scintigraphie qui dépend de la médecine moléculaire, nécessaire parfois dans les bilans d'extension des tumeurs.

L'absence d'un médecin anatomopathologue avec un laboratoire pour les examens des biopsies et autres pièces opératoires est également inquiétante. Par le passé, un médecin spécialiste dans ce domaine à été affecté et a du obtenir une mutation vers la ville d'Oujda parce qu'il était de fait en chômage technique, faute de laboratoire équipé, à l'instar d'un chirurgien cancérologue affecté lui aussi au centre sans la présence de bloc opératoire.

Selon les informations que j'ai pu recueillir, il y a des salles au sous-sol qui ont été conçues à cet effet mais jamais équipées, comme les chambres pour les malades mais qui n'ont jamais fonctionné faute de personnel paramédical. C'est pour cela que le centre fonctionne comme un hôpital de jour seulement. On ne peut pas hospitaliser les malades, mêmes très fatigués du fait de la maladie ou de l'intensité du traitement!

Heureusement qu'une association de soutien des cancéreux existe. Non seulement elle loge les malades qui viennent des villages lointains avec une capacité litière de 24 lits, mais elle s'évertue aussi à compléter les médicaments très onéreux contre le cancer, qui sont souvent en rupture de stock à cause d'un ministère de la Santé, et sa direction du médicalement, où la mauvaise gestion est une seconde nature. Et ceci n'est plus un scoop pour les acteurs de la santé qui travaillent souvent en jonglant avec des ruptures de stock et/ou une absence totale de prévision qui se répercutent fatalement sur les patients.

Cette association, présidée par une infirmière à la retraite qui a perdu sa fille justement d'un cancer, fait de son mieux pour adoucir la peine des malades et leurs familles et elle y réussit certainement parce qu'elle possède ce que n'arrivent pas à avoir beaucoup d'acteurs de santé: de l'empathie ou l'art de se mettre à la place du patient pour le servir et lui venir en aide.

Parce que, quand on demande un examen ou un traitement dans une autre ville à un villageois pauvre qui ne parle pas l'arabe et pour lequel déjà venir à Al Hoceima, qui est une petite ville enclavée, est une aventure en soi, c'est tout le village qui est atteint. Il est tenté d'abandonner pour plusieurs raisons et la première est ce courage et l'argent nécessaire pour le transport, le logement et la nourriture, sans parler de l'errance dans les villes d'Oujda, Fès ou encore Rabat et la nature de l'accueil qui leur sera réservé.

Le bon accueil et la sympathie envers les malades ne sont pas les points forts du personnel des structures hospitalières; comme la hogra elle se transmet de génération en génération comme un cancer génétiquement transmissible.

Last but not least: le fameux scanner thérapeutique 3D qui va finalement être acheté par la région et qui va salarier le physicien qui l'actionnera (le ministère de la Santé est de plus en plus en dehors du coup). Ce scanner permet dans certains cancers de déterminer avec précision la zone malade afin de l'irradier avec de grandes doses tout en épargnant les tissus sains aux alentours. Ceci est nécessaire pour les cancers fréquents dans la région, notamment ceux du cavum, le larynx et le poumon pour les hommes qui ont fumé pendant de longues années. Quant aux femmes, le cancer du sein qui vient en première position est traité sur place.

Les dysfonctionnements sont la règle dans le secteur de la santé publique au Maroc, les utilisateurs et un grand nombre d'acteurs l'attesteront!

Les lumières sont actuellement braquées sur Al Hoceima et notamment ce fameux centre d'oncologie. Les responsables arriveront-ils à résoudre les problèmes des patients: du transport jusqu'aux examens complémentaires, aux traitements et suivis? J'en doute bien évidemment, parce qu'il leur manque la valeur sûre dans l'humanité qui est l'empathie, que possède Mme Jarmouni, la présidente de l'association qui aide les cancéreux et qui connaît bien leurs difficultés.

Elle m'a dit en finissant notre conversation:

- Je ne sais pas pourquoi on multiplie les centres souvent incomplets (Oujda, Fès, Meknès, Al Hoceima et bientôt un autre à Nador) et on fatigue les malades. On aurait pu en mettre un seul dans la région en le dotant de tout ce dont peut avoir besoin un patient, ensuite on assure son transport de son domicile et son hospitalisation afin de lui éviter la galère. Ainsi, il sera traité sérieusement et complètement.

- Ils ne le feront pas parce qu'ils n'ont pas ou ne souhaitent pas avoir votre raisonnement, qui est tellement simple et efficace, on avance vers une politique de santé de dislocation des resources et d'inefficacité au lieu de celle du regroupement des services et des compétences, de l'économie et de l'efficacité.

J'avoue que les raisons m'échappent, lui ai-je répondu avec une sentiment d'impuissance et d'amertume!

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