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Si la Casbah m'était contée!

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CASBAH ALGIERS
Andia via Getty Images
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Si la Casbah a, depuis toujours, forcée l'admiration des visiteurs d'où qu'ils viennent, elle connut ses heures de gloire... et de tristesse durant la guerre de libération nationale. Ce que l'on a appelé la bataille d'Alger est en réalité la bataille de la Casbah. Vous me direz avec raison qu'Alger et la Casbah ne font qu'un : la Casbah est un bijou qu'El-Bahdja porte fièrement à son front.

Les héroïnes et les héros de cette bataille trônent au Panthéon des martyrs de la révolution. Ceux qui ont survécu n'ont en pas moins démérités : ils sont martyrs vivants pour témoigner. Chaque maison était une forteresse de la résistance populaire.

La Casbah était constituée d'une population majoritairement pauvre ou très pauvre. D'après les dires d'un de mes amis qui habitait la Casbah en ce temps-là, la norme était d'une famille par chambre. Une maison de douze chambres est une maison pour douze familles.

La solidarité est le meilleur rempart contre la pauvreté. C'est le socle sur lequel s'organise la maison, véritable microcosme social. La communauté fait bloc face aux vicissitudes de la vie et de l'époque. C'est une question de survie. La solidarité des habitants de la Casbah est légendaire. Une solidarité éprouvée maintes fois dans l'horrible nuit coloniale.

Ce que rapporte les hommes en fin de journée est partagé en autant de parts qu'il y a de familles. Nul n'est oublié et les parts sont égales.

La diversité ethnique de la population est attestée historiquement. Cette diversité s'est amplifiée pendant la guerre de libération et après l'indépendance. Avec l'enchevêtrement des maisons et le dédale des ruelles, la Casbah a été un refuge idéal pour plusieurs chefs de la révolution et les militants de toutes les régions du pays.

Les moments les plus douloureux de cette période sont les jours d'exécution des condamnés à mort et la guillotine de Serkadji ne chômait malheureusement pas. Les Casbadji apprenaient ces exécutions par les youyous des femmes, au petit matin, et qui étaient repris par toute la citadelle. Youyous stridents et funestes qui déchiraient les cœurs. Youyous du courage dans l'infortune. Youyous de la douleur partagée. Youyous du seul djihad et du vrai martyre.

Mais au milieu de la douleur, la vie s'organise et s'épanouit, surtout pour les enfants, malgré les drames. Ne pouvant aller au cinéma faute d'argent, les enfants font preuve d'ingéniosité : ils se cotisent pour permettre à l'un d'entre eux d'aller voir un film, à charge pour lui de le raconter fidèlement aux cotisants. On imagine aisément l'heureux élu, entouré d'un public tout ouï et forçant ses talents de conteur pour donner le meilleur de lui-même.

La Casbah a subi violemment les outrages du colonisateur qui n'a eu aucun respect pour ce patrimoine. Des édifices de grande valeur architecturale ont été purement et simplement réduit en poussière. Des historiens rapportent que plus de quatre cents mosquées ont été détruites par l'armée d'occupation après 1830.

Des travaux de restauration d'Alger sont visibles actuellement à travers les principales artères de la capitale. Quelle est la part de la Casbah dans ce programme ? Peut-on restaurer l'écrin avant le bijou ? La Casbah est un patrimoine culturel et historique exceptionnel. Elle doit être la première destination touristique d'Alger. Je suis sûr qu'on serait effrayé par le nombre d'algérois actuels qui n'y ont jamais mis les pieds.

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