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Liban : La vraie frontière

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PATRICK BAZ via Getty Images
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À la fin des années soixante-dix, je travaillais sur un site industriel et j'avais comme ami et voisin un jeune ingénieur libanais qui avait fait ses études supérieures à Alger où il avait épousé une algérienne. Après avoir travaillé plusieurs années en Algérie, des raisons familiales l'obligèrent à rentrer définitivement au Liban, alors en pleine guerre civile.

La veille de son départ, il m'invita avec d'autres voisins à prendre un pot d'adieu chez lui. La discussion finit par tourner bien évidemment autour des problèmes que connaissait le Liban, avec des conflits fratricides, sporadiques ou chroniques, qui secouaient le pays. Tout le monde retenait que Beyrouth, la capitale du pays, était divisée en secteur chrétien et secteur musulman.

J'avais à cette époque la prétention de connaître un peu l'histoire mouvementée des pays du Levant. Cependant, certaines réalités dont la compréhension m'échappait, m'accaparaient toujours l'esprit. Il faut savoir que l'Etat libanais a été créé en 1920 par la France, puissance mandataire désignée par la Société des Nations (l'ancêtre de l'Onu), et ce, suite à la désagrégation de l'empire ottoman.

Cet État ainsi créé prend en 1926 le nom de République Libanaise et adopte une constitution. Après quelques troubles et manifestations menées par des dirigeants nationalistes, l'indépendance est proclamée en 1943. Un Pacte National répartit les pouvoirs entre les différentes communautés confessionnelles : Chrétiens maronites (Présidence), Musulmans sunnites (Premier ministère) et Chiites (Assemblée nationale).

Beaucoup diront que ce recensement effectué par les Français et qui donnait la majorité aux Chrétiens, est à la source de tous les maux qu'a connu le Liban. Personnellement, je n'ai jamais pu intégrer totalement le fait qu'un pays arabe, frontalier de la Syrie et situé par conséquent dans l'aire historique et naturelle de l'Islam , pusse être composé d'une population musulmane minoritaire.

Si telle était néanmoins la réalité, cet état de fait est bien sûr tout à l'honneur des musulmans de l'époque qui ont pu s'accommoder de cette situation, alors que la contrainte, particulièrement en matière religieuse, était de mise partout.

Revenons à notre ami libanais. Au détour de la discussion, je finis par lui poser la question qui me taraudait l'esprit depuis longtemps déjà : comment reconnaissez-vous à Beyrouth le secteur musulman ou secteur chrétien ? Y'a-t-il des panneaux de signalisation ?

La réponse fut à la fois évidente pour lui mais, néanmoins, on pouvait sentir qu'il ne s'y habituait toujours pas, malgré la pérennité du phénomène. Tel du moins je comprenais les choses. Mais elle fut sans équivoque : « Dès que tu quittes la route goudronnée, tu es en secteur musulman. »

La messe était dite et tout devenait clair pour moi. Plus jamais je n'ai pu lire un article sur le Liban sans penser à la réponse de mon ami libanais.

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