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Alger, ma nostalgie

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La première fois que je suis venu à Alger, j'étais un jeune adolescent. Juste après la guerre de libération. Nous vivions à ce moment-là dans une sorte d'état de grâce : celui de l'indépendance fraîchement acquise, après tant de sacrifices. L'été 62 était et sera toujours le plus beau des étés.

C'est peu de dire que j'étais tombé sous le charme : j'étais ébloui. Et essayer de décrire Alger, c'est comme vouloir décrire l'amour avec des mots : nécessaire mais pas suffisant.

Quarante cinq ans après, quand je me ballade à Alger avec ma fille, je ne peux m'empêcher de me remémorer les jours heureux. Les jours de l'insouciance. Et je ne peux m'empêcher de comparer l'idée qu'elle se fait d'Alger avec ce que ce seul nom évoque en moi.

Espérons qu'un jour nos deux idées se rejoindront.

A la fin des années 60 et au début des années 70, la fac centrale était le cœur battant d'Alger, le point de convergence inévitable. Si tu veux voir, si tu veux être vu, c'est là-bas qu'il faut être.

La Fac centrale, c'est aussi l'Otomatic et la Brasserie des Facultés. L'Otomatic est une sorte de cercle des étudiants, surtout pour les jours de dèche, où règne en maître Maurice, un véritable artiste faisant office de serveur.

La brass' est un lieu magique, avec son comptoir, sa salle qui se transforme en resto à midi et sa terrasse vitrée qui offre un panorama à 180 degrés sur la rue Didouche. Une loge de théâtre unique sur la scène algéroise : il suffit de s'installer et de regarder le monde passer. Le matin, les croissants maison sont fameux ainsi que les sandwiches au fromage.

Succombant à la mode, Alger a eu un certain temps son drugstore, très beau, bien agencé et très fréquenté.

Sur le même trottoir, un peu plus loin, il y a le souterrain, qui n'a plus rien à voir avec ce qu'il est devenu aujourd'hui. En plus de la Salle des Actes, où se déroulaient certains cours et de nombreuses conférences, je garde le souvenir des sandwiches aux merguez absolument délicieux. Longtemps, deux vieilles dames y ont tenu une échoppe spécialisée en stoppage.

Du souterrain on rejoint la Rue Charras. La Librairie Dominique très fréquentée par les étudiants était spécialisée dans Les Éditions de Moscou.

Pas très loin se trouvait le Coq Hardi aujourd'hui disparu, un café avec une très belle terrasse mais trop ringard pour les jeunes que nous étions.

Un autre lieu magique était la Cinémathèque de la rue Ben Mhidi. En réalité, c'était une formidable école de formation au cinéma mondial. On avait jusqu'à quatre films programmés par jour. Le rêve absolu pour cinéphile.

La salle El Moughar était spécialisée dans les cycles cinématographiques nationaux.

Juste à droite après la Cinémathèque, il y a la rue des Chevaliers de Malte où se trouvait une très belle librairie mais peu connue. C'est du moins l'impression que j'avais à l'époque.

Qui n'a pas connu Alger à cette époque, par une belle journée de printemps, n'a rien connu. Les trottoirs et les terrasses bondées, les jolies filles en liberté, les visages moins tendus qu'aujourd'hui, tout ce monde croisant le plus naturellement du monde tous les héros de toutes les révolutions en cours dans le monde, Alger étant alors La Mecque des révolutionnaires. Et on n'était pas peu fière de cet état de fait.

J'espère qu'un jour on écrira l'histoire des personnages plus ou moins célèbres, plus ou moins drôles, plus ou moins zinzins qui ont hanté ces lieux. Certains lieux ne sont plus dans l'air du temps mais ils n'ont en pas moins marqué Alger.

Entre-temps, que de changements, que de bouleversements, que de drames ont refaçonné l'idée même que l'on se faisait d'Alger. Le rouge sang a failli effacé la blancheur de la reine de la Méditerrané.

La fac centrale est désormais un lieu anonyme, sans histoire puisque l'histoire ne s'y fait plus. La vie existe assurément, mais comme qui dirait in vitro. Rien ne s'affiche. L'esprit des lieux qu'on a connu a disparu et a été remplacé par la banalité la plus plate, le quotidien le plus ordinaire, sans surprise, sans histoire.

J'ai quitté souvent Alger, mais pour y revenir toujours, inlassablement. Espérant sans trop y croire revivre un de ces moments disparu à jamais. Mais j'ai appartenu à une génération optimiste : nous rêvions en plein jour. Nos aînés ont gagné ce droit pour nous.

Les deux images d'Alger se rejoindront-elles un jour pour se superposer idéalement ? L'espoir dit oui, mais la réalité , têtue et peu convaincue , hoche seulement la tête.

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L'Algérie à une certaine ère
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