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Jamais je n'aurais cru que mon fils aîné serait autant perturbé par la naissance de sa soeur

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BABY BROTHER
Getty Images/iStockphoto
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Peu de temps après la naissance de ma fille Hana, je vous rédigeais un article pour vous raconter l'arrivée du deuxième et le début de notre nouvelle vie à 4. Même si je vous faisais quand même part de certaines difficultés, c'était globalement positif.

Là, dans ce qui va suivre, on va pas se mentir, je ne vais pas vous parler de paillettes et de licornes roses. J'ai presque 3 mois de recul dans les pattes pour vous raconter vraiment comment cela se passe en vrai.

Hors de question pour moi de vous édulcorer les choses, vous commencez à suffisamment me connaître pour savoir que je fais dans le trash. Certes, light mais trash quand même!

Alors voilà, aux fameuses questions "ça va? tu t'en sors avec les deux? le grand s'est adapté?" je réponds toujours un truc du genre "ouais ça va! compliqué parfois mais dans l'ensemble ça va!"

Voici la vérité, la stricte vérité, l'HORRIBLE vérité.

"Alors ça va?" me dit-on.

Franchement? Bof. répondis-je.

Tu vois, on m'avait prévenue. On m'avait dit que ça allait être compliqué. Mais jamais JAMAIS je n'aurais pu prévoir la catastrophe que ça allait être avec Adam.

Déjà, même avant la naissance d'Hana, il ne comprenait pas bien ce qu'il se passait. On lui disait qu'il y avait un petit bébé dans le ventre de maman, qu'il allait avoir une petite sœur... aucune réaction, il répétait "bébé dedans?" sans vraiment capter le doss tu vois? Je me disais qu'il comprendrait quand elle serait là, bien réelle devant lui. Et bien j'ai été servie!

Quand "bébéana" est née, et attention, c'est "bébéana" ni "bébé" ni "Hana", c'est "bébéana" tout attaché. Bref, quand elle est née, au départ il a été intrigué. Il voyait ce bébé arriver dans sa vie, un intrus dans son territoire, un intrus dans les bras de maman. Au début, pas vraiment de réactions excessives, comme s'il se disait "garde ton calme mon pote, elle va bien dégager à un moment celle là!" donc il l'observait, il lui tournait autour, lui faisait un bisou quand je lui en faisais un, lui caressait la joue quand je le faisais...

À ce stade je me suis dit "EASY PEASY BABY!" mon fiston est formidable!

Et puis, petit à petit il s'est rendu compte qu'elle était plutôt longuette à décoller la gamine. Il a commencé à perdre patience, à être brusque et parfois même violent dans ses colères.

Une insolence, tu n'imagines pas. Des caprices à se rouler par terre en hurlant à la moindre contrariété. Une colère noire dès qu'il me voyait sourire à sa sœur. "JE VEUX MAMAN!" voilà ce qu'il hurle à tout bout de champ. "MECHANT MAMAN!" dès que je mets un peu trop de temps à poser sa sœur pour le prendre lui dans mes bras.

Dès que ma fille est dans mes bras, pour un biberon ou pour un câlin, Adam lâche tout ce qu'il a dans la main et vient en courant se percuter à moi. SE PERCUTER, je pèse mes mots. Genre voiture bélier. Le stress immense à chaque fois, qu'il blesse sa sœur, qu'il se blesse lui!

Quand je vais dans une pièce avec Hana dans les bras, il est là, accroché à mes jambes, comme un koala à son arbre. Le nombre de fois où je frôle de m'étaler par terre avec la petite dans mes bras, parce qu'il se trouve sur mon chemin...

Quand j'essaie de la bercer pour l'endormir, il est forcément à côté, avec ses jouets, avec un livre, où même sans rien, il est juste là. Et forcément il fait du bruit, il chante, il me parle, et forcément la petite se réveille, alors que j'ai passé quasiment 1h à l'endormir...

Quand je lui donne le biberon, il grimpe sur mes genoux, qui je le rappelle, sont déjà pris par sa sœur... donc il essaie de grimper sur sa sœur pour venir tenir le biberon à ma place, et dans des gestes brusques il lui enfonce la tétine dans la gorge, comme s'il voulait l'étouffer...

Je me dis qu'il ne se rend pas compte de sa "force", qu'il ne veut pas sciemment lui faire du mal, mais c'est parfois tellement violent!

Lorsque je donne le bain à la petite, c'est la même histoire, il plaque tout et vient se faufiler ENTRE elle et moi.

Enceinte, j'avais prévu de l'inclure dans ces petits moments. Il se serait mis à côté de moi, il aurait savonné le petit ventre de sa sœur, il lui aurait rincé les cheveux, toutes ces petites choses mignonnes qu'on voit dans les récits de familles parfaites! Mais non, lui il tient à être entre elle et moi, me reléguant au second plan. Il met ses mains dans l'eau jusqu'au épaules, trempant ses manches systématiquement, en tapant fort sur la surface de l'eau pour éclabousser bébé (et maman du coup).

Alors on garde son calme, "Adam s'il te plait chéri il faut faire doucement, c'est encore un petit bébé, laisse la place à maman, mets-toi sur le côté..." Mais j'ai en face de moi une sacrée tête de mule qui te hurle un "NON MAMAN! MECHANT MAMAN!" dans les oreilles, et qui fait sursauter sa sœur par la même occasion. Déjà que la pauvre est sous le choc des éclaboussures, il n'en faut pas plus pour qu'elle se mette à hurler, et Adam qui hurle avec elle...

Là je t'avoue que je perds mon calme, je le gronde, je crie, je m'énerve, un carnage.

Un échec.

Je me suis toujours demandé si j'allais arriver à les aimer tous les deux de la même façon. Mon fils c'était ma merveille, je l'aimais à en crever et je me disais que je n'avais peut-être pas assez d'amour pour le distribuer à deux enfants en même temps.

Et là, horrible sentiment: j'en suis à me demander si je n'aime pas ma fille plus que mon fils.

Elle est si douce, si sage, si parfaite. Et elle se fait toute petite face à son grand frère imposant, qui crie et qui s'énerve sans cesse.

Je me suis même mise à lui en vouloir à mon fils. Lui en vouloir de me voler ces moments qui sont censés être tendres ; donner le bain tranquillement, donner le biberon dans le calme, gazouiller avec bébé et profiter de ses premiers sourires...

Pour lui, j'ai pu me consacrer pleinement à tout ça, mais il me volait la possibilité de le faire pour elle.

Je ne m'adressais à lui qu'en criant, qu'en le grondant. Je m'en voulais tellement, mais il usait tellement ma patience. Alors le soir je venais le voir et lui expliquait calmement les choses. Je lui posais des questions sur ce qu'il ressentait, sur pourquoi il réagissait ainsi, sur comment il vivait l'arrivée de sa sœur... Alors bien sûr il a deux ans et demi donc on est pas sur du dialogue très poussé. Disons que je parle et qu'il écoute.

Parfois il me dit des choses qui me font brutalement me rappeler qu'il n'a que 2 ans et demi justement, et qu'il doit partager sa maman, ce qui n'est pas évident.

Il me dit "t'es fâché maman?... pardon..." avec ses grands yeux d'enfant...

Ou encore "je peux bisou à bébéana?" alors qu'au début il imposait ses bisous. Enfin je dis bisous mais au départ c'était surtout des coups de boule, soyons honnêtes.

Il me dit "maman! bébéana elle pleure! viens vite! donne tétine bébéana!" au moindre cri de sa sœur. Et quand je tarde un peu, je le vois chercher la tétine et lui mettre dans la bouche doucement, en la tenant bien, pour ne pas qu'elle tombe... "ca va aller bébéana"...

Ou alors "c'est trop mignooooonne" quand elle fait des petits bruits de bébés, et il l'imite, pour la faire sourire...

Il me dit "Maman donne des pâtes à bébéana! elle est touseul!" quand on déjeune et qu'Hana est dans son transat, pas si loin que ça...

Je l'aime d'un amour surnaturel cet enfant.

Aussi surnaturel que sa capacité à me rendre chèvre.

Mais c'est difficile de trouver l'équilibre. Ou plutôt de lui faire trouver un équilibre, pour qu'il ne se sente pas exclu.

On essaie de ne pas trop en faire devant lui, on le privilégie, se disant qu'Hana est encore toute bébé et qu'elle ne se rappellera pas qu'on a fait passer son frère avant elle. Alors on la laisse pleurer plus longtemps que ce qu'on aurait voulu, parce qu'Adam a besoin de notre attention.

C'est difficile tu sais.

Le soir quand je rentre dans leur chambre et que je les vois endormis et paisibles, je les imagine dans quelques années. Quand ils seront complices dans leurs bêtises, et qu'ils se ligueront contre moi, ensemble. Quand Adam prendra soin d'elle, et qu'Hana le regardera comme son héros.

J'ai hâte, vraiment. Mais je suis épuisée.

Complètement claquée.

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