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L'islamisme et la laïcité: Conflit éternel?

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Depuis des décennies, le problème de la relation entre l'islam politique et la laïcité s'est imposé et est devenu l'un des thèmes majeurs que l'on doit traiter à cause de l'ampleur des mouvements islamistes et l'importance des thèses de leurs leaders.

Il faut préciser, de prime abord, que l'idée de la laïcité est tout simplement la distinction et la séparation entre l'espace privé consacré à la religion et l'espace public partagé avec les autres concitoyens.

En effet, l'idée d'une société laïque signifie qu'il y a une garantie pour les minorités et une protection de leurs droits et de ce fait, tous les citoyens seraient égaux devant la loi. On ne peut évoquer l'idée d'instaurer un État de droit sans la laïcité, ce sont deux concepts clés et nécessaires.

Les éléments des discours religieux des mouvements islamistes sont toujours les mêmes que ce soit les frères musulmans dans les différents pays ou les mouvements djihadistes qui déclarent la guerre à tous leurs adversaires (à l'instar de Daesh ). On peut confirmer qu'il y a une diversité dans les mouvements islamistes, mais leurs désaccords sont toujours sur le plan méthodologique mais jamais sur la finalité de leurs démarches.

Pour certains, la solution est avant tout le dialogue et le débat avant de recourir à la force. Mais pour d'autres, surtout les mouvements du salafisme djihadiste, il est hors de question de négocier avec les "mécréants", leur stratégie consiste à tuer et à massacrer tous les opposants afin d'instaurer un État islamique légiféré par la loi divine.

En témoigne, ces deux cas:

- L'exemple de la Tunisie : Il est vrai qu'en Tunisie, le mouvement islamiste Ennahda s'est déclaré comme un fervent parti de la séparation entre la religion et la politique, néanmoins la réaction de beaucoup de députés au sein de l'assemblée nationale peut donner une idée sur les réelles motivations de ce parti. (Habib Ellouz et Sadok Chourou sont les deux pionniers de la véritable idéologie de Ennahda).

En étudiant le discours d'Ennahda depuis la révolution, on peut facilement constater que ce parti a le même but que les mouvements salafistes et que les discours modérés et les slogans ne sont que des moyens pour hypnotiser un peuple dont la majorité reste sensible face aux discours religieux.

En outre, il n'y a pas une grande différence entre les mouvements salafistes et les frères musulmans, ce n'est qu'une question de stratégie mais ils ont les mêmes buts: témoin la fameuse conversation entre Abdelafattah Mourou, vice-président d'Ennahda et Wajdi Ghoneim un cheikh extrémiste qui s'oppose publiquement à la laïcité.

Ils considèrent tous deux les laïcs comme des "mécréants".

- L'exemple de l'Égypte : C'est le pays des frères musulmans. En effet, cette organisation a été fondée en 1928 par Hassan Al Banna. Les islamistes étaient depuis leur fondation de farouches opposants de la laïcité en considérant que le modèle de la société égyptienne n'est pas conforme avec les fondements de l'Islam. C'est pour cela d'ailleurs qu'ils ont déclaré la guerre aux intellectuels et aux artistes.

Avec des leaders comme Al Banna et Sayyed Qotb, les frères musulmans seront les ennemis de la laïcité. D'après leurs thèses, le peuple doit être gouverné par le Coran et la Sunna du prophète de l'islam, et ceci, bien sûr, est devenu un problème pour tous les présidents de l'Égypte: Jamal Abdel Nasser, Anouar El-Sadate et Hosni Moubarak.

L'organisation des frères musulmans est une organisation qui a beaucoup de sympathisants. Elle détient, justement, le pouvoir au sein des classes populaires de la société égyptienne. D'ailleurs, les Cheikhs ont une notoriété remarquable et peuvent manipuler des individus incultes pour agresser et assassiner leurs ennemis.

En témoigne ce qui s'est passé après un débat entre Mohammed Al-Gzali et Faraj Fouda.

Ce dernier a été assassiné car il était un défenseur de la laïcité et des droits de l'Homme. Idem pour Naguib Mahfouz, prix Nobel de littérature, qui a été victime d'une tentative d'assassinat. D'après le témoignage du juge d'instruction, l'agresseur n'était qu'un jeune électricien de 21 ans qui n'a même pas lu les œuvres de Mahfouz.

L'islam politique (frères musulmans ou salafistes) n'est pas compatible avec la laïcité. Cela devient saillant après une analyse des discours religieux dans des pays différents.

Peu importe la place/le pays on est toujours face aux mêmes projets et objectifs: détruire le modèle des pays laïcs et instaurer un État islamique.

Les caractéristiques des mouvements de l'Islam politique

1/ La nostalgie et la confusion entre l'historique et le sacré : ceci est l'un des éléments majeurs qu'on peut trouver chez tous les islamistes (des frères musulman jusqu'aux mouvements salafistes). Le rêve d'instaurer un État islamique gouverné par la Chariaâ (la loi divine) ce qui leur permet de refuser la démocratie et la laïcité car ils les considèrent comme une innovation humaine ( بدعة ) contre la parole de dieu. C'est une lecture qui néglige, bien évidemment, la rationalité.

Ils défendent aussi l'innovation faite par les Cheikhs-savants ( العلماء ) d'où la confusion entre le texte sacré les interprétations ( تفاسير ) qui sont considérées comme des vérités indiscutables.

2/ L'absence de la rationalité et le recours à l'histoire des ancêtres ( السلف الصالح ) : l'idéologie islamiste se base essentiellement sur le refus de toute interprétation moderne du texte sacré.

Pour eux, les versets du Coran ne devraient être lus et interprétés que par les Cheikhs/juristes et selon une lecture bien précise avec des règles instaurées depuis des centaines d'années. En somme, c'est le fait d'appliquer des règles archaïques et archaïsantes sur notre présent.

On pourrait comprendre, en ce sens, que la guerre contre les "mécréants" est justifiée puisque le monde a été divisé en Dar al-Islam ( دار الإسلام ) - c'est à dire les territoires occupés par l'Islam, et qui est le domaine de la soumission à Dieu - et Dar al-Harb (دار الحرب أو دارالكفر).

Sayyid Qutb a appliqué ce principe et il l'a également développé pour arriver à une conclusion effrayante: La société égyptienne est une société de Jâhilîya ( جاهِليّة ) ce qui signifie que les Égyptiens sont des "mécréants" comme à la période préislamique. Cela a été considéré comme une déclaration de guerre contre la laïcité et la société moderne.

Le projet des mouvements de l'islam politique (frères musulmans, mouvements salafistes... ) est en contradiction avec la laïcité car il néglige les droits de l'Homme et la démocratie.

Ce sont des mouvements qui refusent les acquis de la modernité et qui ne rêvent que d'un État islamique gouverné par un Califat.

En conclusion, ils pensent que le retour en arrière est la vraie solution alors que l'avenir est pour les recherches et la création et n'a pas de place pour les illusions des islamistes.

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