Denise Brahimi
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Essayiste, critique littéraire, professeur de littérature comparée (Université Paris 7), spécialiste des récits de voyage au Maghreb, Denise Brahimi est l’auteure d’une dizaine d’ouvrages, souvent consacrés à des femmes comme Isabelle Eberhardt et Taos Amrouche.

Les articles de Denise Brahimi

Histoires de censure

(0) Commentaires | Publication 17 février 2018 | 19h02

Une polémique pour une fois passionnante a agité le monde de la littérature et de l'édition en ce début d'année 2018 : fallait-il rééditer les pamphlets de Louis-Ferdinand Céline, et notamment Bagatelles pour un massacre (paru en 1937, aux éditions Denoël), comme avait l'intention de le faire Gallimard, le plus grand...

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Que dit l'orientalisme ?

(0) Commentaires | Publication 10 février 2018 | 18h43

Le point de départ de ces réflexions se trouve dans un recueil de textes de Mohammed Dib : Laëzza, (publié à titre posthume en 2006), et l'on peut supposer que dans un chapitre intitulé "Autoportrait", il tient à livrer aux derniers moments de sa vie, ce qui lui tient le plus...

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Partir ou rester

(0) Commentaires | Publication 2 février 2018 | 19h26

Du célèbre film de Jean Renoir, La règle du jeu (1939), on a souvent retenu une formule : Ce qui est terrible sur cette terre, c'est que tout le monde a ses raisons.  Il est clair que la phrase exprime la philosophie de Renoir lui-même, qui la met dans la bouche...

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Juste ou injuste ?

(0) Commentaires | Publication 27 janvier 2018 | 20h46

Après un siècle, pas moins, on dirait que la société française se rend compte massivement de la monstruosité et de l'absurdité de la guerre dite couramment de 14-18, c'est-à-dire la première guerre mondiale. Le nombre de victimes des deux côtés, français ou allemands, a été considérable, effrayant, une véritable saignée...

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A propos du soufisme

(0) Commentaires | Publication 21 janvier 2018 | 18h34

A la fin de l'année 2017, on apprenait un horrible massacre qui s'est produit en Egypte et qui a fait un nombre considérable de victimes, dont de nombreux enfants. Daech avait encore frappé, faisant 305 morts et 128 blessés.

L'idée qu'on se fait de ce terrorisme en Occident est qu'il...

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Pasolini et la disparition des lucioles

(0) Commentaires | Publication 14 janvier 2018 | 22h35

"Au début des années 60, à cause de la pollution atmosphérique et surtout, à la campagne, à cause de la pollution de l'eau (fleuves d'azur et canaux limpides), les lucioles ont commencé à disparaître. Cela a été un phénomène foudroyant et fulgurant. Après quelques années, il n'y avait plus de...

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La mort, avant et après.

(0) Commentaires | Publication 7 janvier 2018 | 22h17

Il y a déjà plus d'un an, le 30 août 2016, que mourrait l'écrivain et psychanalyste d'origine algérienne, Nabile Farès. Grâce aux éditions Barzakh qui l'ont publié à titre posthume, on peut lire son dernier roman L'étrave ou Voyages à travers l'islam, mélange de récit et de réflexions qui semblent...

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La mémoire et l'oubli

(0) Commentaires | Publication 17 décembre 2017 | 02h13

En novembre 2017, on a pu voir sur certains écrans un documentaire d'un genre original et très personnel, Carré 35. Il est l'œuvre d'Eric Caravaca, connu surtout comme acteur, mais proche de certains écrivains comme son ami et collaborateur Arnaud Cathrine. Son documentaire se présente comme une enquête, au sein de sa famille et d'abord auprès de sa propre mère, à propos d'un fait singulier qu'il découvre tardivement.

Avant sa naissance (1956) et celle de son frère, ses parents ont eu une petite fille morte à l'âge de trois ans d'une maladie cardiaque au dire de sa mère. La bizarrerie vient du fait qu'on n'en a jamais parlé dans la famille et que toute espèce de traces, photos ou films, ont complètement disparu. Le réalisateur découvre peu à peu que cette petite fille était trisomique, ce que sa mère se refuse à admettre, et c'est sur ce déni ou cette occultation qu'il s'interroge principalement.

Cet événement s'est passé au moment où ses parents habitaient le Maroc, à Casablanca, (sans être pour autant des colons) mais n'allaient pas tarder à quitter le pays en train de devenir indépendant. Ces circonstances historiques suggèrent à Eric Carnavaca un rapprochement très intéressant, entre l'occultation d'un événement privé et familial et celle de la situation encore coloniale où ils vivaient à cette époque (impliquant une pratique quotidienne de l'aveuglement sur certains faits).

Voici ce que le réalisateur dit à ce propos dans un entretien au sujet de son film, pour lequel il a exhumé aussi bien les films en super-8 de sa famille que les images d'archives, longtemps taboues, des crimes des soldats français au Maroc et en Algérie: "Les mécanismes d'oubli, de censure et d'autocensure sont les mêmes (...) Mes parents n'avaient pas le comportement de colons, mais ils s'étaient habitués à ne pas voir ces exactions pourtant bien visibles. Ces trous de mémoire qu'on a fabriqués, la société française les paye encore cher aujourd'hui".

Cette suggestion du réalisateur fait apparaître la pauvre petite Christine, née et morte au Maroc dans le début des années 50, comme le symbole non pas seulement de tout ce qu'on a voulu occulter sur certains comportements coloniaux mais de tout ce à quoi des gens comme ses parents, qui étaient loin d'être les pires, opposaient une sorte de déni qu'on pourrait dire spontané et sans doute inconscient.

Il est donc clair que ce documentaire touche au problème très débattu de la mémoire ou des mémoires, sur lequel ont beaucoup débattu les historiens, notamment ceux de la Guerre d'Algérie, pour laquelle l'expression "guerre des mémoires" a justement été forgée.

Il n'est évidemment pas question de retracer tous les affrontements qu'elle désigne et qui ont parfois été violents. Peut-on considérer qu'on s'en dégage progressivement ? Oui peut-être mais non sans difficulté et risque de rechute. Le mieux est de s'en remettre au grand historien spécialiste de cette question, Benjamin Stora, dont le jugement à cet égard est nuancé.

Il indique la date de 2004 (plus de quarante ans donc après la fin de la guerre) comme une étape importante mais certainement pas définitive:  "En 2004 sort un ouvrage sur la guerre d'Algérie qui porte pour sous-titre : La fin de l'amnésie. Une trentaine d'historiens français et algériens travaillent ensemble pour la rédaction de ce livre d'histoire. La sensation d'absence, que j'avais pointée en 1991 dans mon ouvrage La Gangrène et l'Oubli, semble alors dépassée. La sortie de la dénégation, du silence, s'amorce et, désormais, le travail de réconciliation peut commencer. Et pourtant..."

Il se trouve qu'on parle beaucoup en ce moment du philosophe Paul Ricœur disparu aujourd'hui mais que le Président français Emmanuel Macron revendique comme son Maître. Or tout ce qui concerne la mémoire a été une des grandes préoccupations de ce philosophe, qui a écrit à ce sujet un livre considéré comme fondamental : La Mémoire, l'histoire, l'oubli (2000). De manière bien intéressante, l'importance qu'il accorde à la mémoire (évidemment indispensable et essentielle) va de pair avec ses mauvais usages ou usages dangereux. Il vaut la peine de réfléchir aux trois catégories dans lesquelles il range ces derniers : la mémoire empêchée, la mémoire manipulée et la mémoire abusivement commandée.

La première attire l'attention sur les difficultés du travail de remémoration. La deuxième, liée à l'idéologie, est le fait d'un gouvernement ou d'un pouvoir qui exploite des documents passés pour se légitimer au présent. La troisième, encore plus répandue, est ce qui se passe quand l'histoire dans sa version officielle est récitée par des écoliers ou quand l'hymne national est chanté avant des compétitions sportives ou lors de commémorations officielles et de fêtes nationales.

Paul Ricœur est un philosophe austère et sans complaisance, le commun des mortels s'efforce de résoudre au moins mal ses propres problèmes et l'on a un exemple de ce genre de tentative dans le roman d'Alice Zéniter intitulé L'art de perdre (2017). Elle est écrivaine française (jeune mais reconnue pour son talent déjà affirmé) et petite-fille de harkis. L'histoire qu'elle raconte est celle de sa famille, de 1930 à aujourd'hui, en France certes par la force des choses mais jamais loin par la pensée d'une Algérie qui reste son origine quoi qu'il en soit.

Naïma représente la troisième génération (celle de l'auteure elle-même, âgée de trente-et-un ans).

Pour se dégager de ce qui pèse sur elle, Naïma entreprend de mener une "enquête au pays" qui sera sûrement utile à sa libération. Son récit s'attache aux trois personnages les plus représentatifs d'une déjà longue histoire : le patriarche, le fils, la petite-fille. C'est ainsi que son roman est amené à évoquer trois époques et trois pans d'histoire personnelle et collective.

Ce faisant, il correspond pleinement à ce qu'on attend de ce genre littéraire, qui puise souvent sa matière dans un travail de mémoire, dont La Recherche du temps perdu de Proust reste le modèle inégalé. Entre histoire et fiction, le roman assume un mélange inévitable d'objectivité et de subjectivité.


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Se sentir coupable

(0) Commentaires | Publication 9 décembre 2017 | 20h58

Un film algérien récent, En attendant les hirondelles, a non seulement reçu des honneurs officiels, la sélection "Un certain regard" à Cannes en cette année 2017, mais encore bénéficie d'un accueil public très favorable : pour le dire vite, on y voit, à juste titre, l'indice qu'un "nouveau" cinéma algérien est...

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Coups de foudre pour le Sud

(0) Commentaires | Publication 2 décembre 2017 | 18h45

Un grand architecte, qui était très lié à l'Algérie, vient de disparaître. Il s'agit d'André Ravéreau, mort en France où il était né en 1919--on ne peut qu'admirer la longévité de cet homme qu'on aurait pu croire fragile physiquement et menacé--non sans avoir passé de nombreuses années à Alger, où...

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Les Chrétiens à l'IMA, à Damas et en Kabylie

(0) Commentaires | Publication 25 novembre 2017 | 18h44

A l'IMA, Institut du Monde arabe de Paris, on peut voir en ce moment et pour quelques mois une exposition intitulée: "Chrétiens d'Orient, deux mille ans d'histoire". Et venant en complément, la revue de L'IMA, Qantara, propose dans son numéro d'octobre 2017 un gros dossier intitulé "L'avenir incertain des Chrétiens...

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Grandeur et décadence

(0) Commentaires | Publication 19 novembre 2017 | 17h20

En ce récent mois d'octobre 2017, on vient de rendre hommage à Che Guevara, pour le cinquantième anniversaire de sa mort (le 9 octobre 1967). A cette occasion Régis Debray qui fut son grand ami a rappelé un souvenir qui va bien au-delà de l'anecdote, puisqu'il prouve la grande intelligence...

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Les choix stupides

(0) Commentaires | Publication 11 novembre 2017 | 22h17

Il y a des choix stupides, au sens où il y a des paris stupides, la conséquence de cette stupidité étant qu'il faut absolument refuser les uns et les autres. On peut lire un bon exemple de choix stupide, concernant à la fois l'Algérie et la politique, qui se trouve...

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Mépris, déception, rejet

(0) Commentaires | Publication 29 octobre 2017 | 00h41

S'il y a bien une accusation qu'on ne peut pas porter contre les écrivains algériens contemporains, ce serait la complaisance à l'égard de leur Etat ou gouvernement. La grande majorité d'entre eux est d'une sévérité implacable quand il s'agit d'évoquer la manière dont les choses se passent dans leur société....

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Histoires de perroquets

(0) Commentaires | Publication 21 octobre 2017 | 19h05

Dans l'actualité littéraire de l'année 2017, nous lecteurs sommes gratifiés de deux perroquets au moins, coïncidence sans doute qui de toute façon nous renvoie à deux autres perroquets antérieurs-- rendus célèbres par de grands écrivains !

Voilà qui demande explication : Dans Zabor ou Les Psaumes, Kamel Daoud passe en revue un...

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Hitchcock, Les Oiseaux et l'insurrection algérienne de 1954

(0) Commentaires | Publication 14 octobre 2017 | 17h10

C'est la rentrée littéraire de l'automne 2017, pour parler comme les éditeurs et les médias qui mettent en forme cet événement. Et comme il est d'usage depuis maintenant un bon nombre d'années, un livre au moins parmi ceux qui sont dignes d'intérêt revient sur l'histoire de l'Algérie à l'époque coloniale,...

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Familles, je vous ...aime

(0) Commentaires | Publication 7 octobre 2017 | 19h54

Voilà plusieurs générations qu'on ne lit plus André Gide et que la célèbre provocation incluse dans "Les Nourritures terrestres" (1997) n'intéresse plus grand monde. Cependant elle était assortie d'un commentaire qui la rend moins choquante et en explicite le sens: "Familles, je vous hais ! Foyers clos; portes refermées; possessions...

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La beauté de la baie d'Alger

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Dans L'Opium et le bâton, Mammeri consacre une soixantaine de pages (il est vrai que le livre est gros !) à ce qu'on pourrait appeler un préambule algérois, qui a pour cadre la capitale alors que toute la suite se passe en Kabylie, dans le village qu'il appelle Tala et dans...

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Al Andalous, mythe et réalité

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Les oiseaux de Kabylie et "L'invention du désert" de Tahar Djaout

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