Dalia Al Achi

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Droit d'asile: Une chance pour la Tunisie et pour les réfugiés

Publication: 09/07/2013 15h57

La vague de révoltes dans les pays arabes aura eu cet effet "collatéral" positif: ouvrir le débat sur la question de l'asile dans les pays d'Afrique du Nord. Ces pays, après avoir mis à bas des régimes au nom du respect des droits de l'homme et de la liberté, sauront-ils poursuivre ce mouvement et s'engager à protéger ceux qui fuient la guerre ou les persécutions dans leur propre pays et qui demandent asile?

La Tunisie ouvre ses frontières

C'est le chemin que semble avoir pris la Tunisie. En 2011, la guerre en Libye pousse près d'un million de personnes à trouver refuge en Tunisie. Ce pays, alors en transition depuis le départ du président Ben Ali le 14 janvier 2011, ouvre ses frontières à des dizaines de milliers de personnes par jour. La société civile tunisienne fait spontanément preuve d'une grande solidarité envers ses voisins libyens et les milliers de travailleurs étrangers qui fuient les violences. Les familles du Sud ouvrent les portes de leurs maisons; des caravanes d'aide se dirigent vers la frontière pour venir en aide aux populations déplacées; des centaines de volontaires traversent le pays pour donner un coup de main aux quelques rares organisations humanitaires présentes sur place à ce moment là.

Lire aussi: Fermeture du camp de Choucha, situation compliquée pour les réfugiés

Ces témoignages de solidarité ne datent pas de 2011. Déjà en 1957, le pays a accueilli des milliers de réfugiés algériens qui fuyaient la guerre de décolonisation en Algérie. La crise de 2011 est cependant d'une autre envergure, par son ampleur et sa complexité. Les personnes déplacées sont d'origines diverses; certaines viennent de pays déstabilisés ou en proie aux violences, ce qui rend difficile les perspectives de retour. Parmi les milliers de personnes qui ont transité par les camps installés dans le sud de la Tunisie, le HCR a identifié environ 4000 réfugiés, c'est-à-dire personnes qui ne peuvent pas rentrer chez elles en raison de la guerre ou de craintes personnelles de persécution.

Réinstallation dans des pays tiers

Une fois la première phase des secours mise en place et les rapatriements volontaires organisés, il faut trouver des solutions pour soutenir la Tunisie, alors en pleine transition au lendemain de sa propre révolution. Ce sera la réinstallation dans des pays tiers. Ce mécanisme, souvent incompris par les réfugiés et les acteurs extérieurs au monde humanitaire, consiste à solliciter des pays tiers pour accueillir des personnes qui ne peuvent ni rentrer dans leur pays d'origine ni rester dans leur pays d'accueil en sécurité. La réinstallation est également utilisée comme outil de solidarité internationale quand un pays se trouve débordé par un afflux massif de populations, comme c'est le cas en Tunisie en 2011, afin de garantir à la fois la stabilité du pays hôte et la sécurité des réfugiés. C'est le Haut Commissaire des Nations Unies pour les Réfugiés, M. Antonio Guterres, qui a lancé une initiative exceptionnelle pour mobiliser la communauté internationale en faveur de la Tunisie. Le programme a été un succès dans la mesure où la majorité des réfugiés ont été acceptés par ces pays tiers.

L'initiative a pris fin en décembre 2011 alors que les arrivées depuis la Libye se faisaient rares et que la situation en Tunisie permettait d'envisager d'autres options. Certains réfugiés s'opposent à la fin de cette mesure exceptionnelle, dans l'espoir d'être réinstallés eux aussi. Cependant, la réinstallation repose sur la décision souveraine des Etats tiers d'accepter de recevoir les réfugiés concernés. Il peut donc y avoir des refus. C'est ce qui est arrivé à une centaine de réfugiés. Par ailleurs, la réinstallation n'est pas la seule solution durable qui garantisse la sécurité des réfugiés. La Tunisie est en train de se positionner aujourd'hui comme une terre d'accueil où les réfugiés peuvent trouver la sécurité. Des opportunités locales sont donc identifiées, en dehors du camp de transit de Choucha, lequel n'est pas propice à un accueil permanent des populations réfugiées. Avec ses partenaires, le HCR a entrepris de transférer les services vers les centres urbains avoisinants qui proposent des conditions de vie plus adéquates.

L'autre priorité du HCR pour soutenir et protéger les réfugiés est l'adoption d'un cadre formel garantissant leur statut juridique en Tunisie. Les discussions ont porté leurs fruits et les autorités tunisiennes sont sur le point d'établir des titres de séjour pour les réfugiés.

Des perspectives et des opportunités

Enfin reste la question des possibilités d'emploi en Tunisie pour les réfugiés. Les perspectives sont là encore plutôt positives: les autorités ont annoncé leur intention de délivrer des permis de travail tandis que des opportunités existent dans le sud. En effet, plusieurs employeurs en mal de main d'œuvre se sont fait connaître auprès des réfugiés.

Tout au long de ces mois dans le camp de transit, les autorités tunisiennes, le HCR et les partenaires locaux et internationaux se sont efforcés de redonner espoir et dignité aux réfugiés. Ces efforts veulent permettre à tout un chacun de reprendre le fil de son existence. Certes, le destin et les événements politiques régionaux ont passablement perturbé les ambitions, les rêves et les histoires personnelles. Cependant, il faut demeurer confiant que les efforts déployés pour soutenir ceux qui ont fui la guerre et parfois tout perdu seront maintenant relayés par les nouveaux acteurs issus de la foisonnante société civile tunisienne et que les réfugiés eux-mêmes sauront saisir l'occasion qui leur est proposée de prendre part à la construction de la nouvelle Tunisie. Une Tunisie diverse et attentive aux droits de tous.

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  • Camp de Choucha (2011)

  • Camp de Choucha (2011)

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