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Faut-il laisser les enfants assister au sacrifice ?

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MOUTON
Daikha Dridi
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Le spectacle de tous les moutons en ville avait empli de joie le coeur de ma fille, 3 ans. Elle n'en revenait pas de ne pas être obligée d'aller "à la ferme" ou "au zoo" pour pouvoir se régaler du spectacle de tant de moutons à la fois. Leur présence plutôt inhabituelle dans nos ruelles, sur nos grands boulevards, dans les balcons et jusque dans les cages d'escaliers d'éminents intellectuels algériens ( Voir la vidéo ci-dessous de Abed Charef, commentant "Tu rentres tranquillement chez toi et puis surprise") avait fait croire à ma petite qu'elle s'était réveillée au paradis.

Ma fille aime les chats, les moutons, les cochons d'Inde, les chèvres, les chiens et les chiots, les poneys, les licornes, bref tous animaux à existence réelle ou fantastique. Il se trouve qu'elle aime aussi le poulet grillé, rôti ou frit et qu'elle ne dirait jamais non à un burger.

Et lorsque je lui ai expliqué le lien entre la viande qu'elle mange et les moutons qui se baladent en ville, sa réaction a d'abord été l'incrédulité totale. Lorsque je lui ai dit que les gens allaient sacrifier tous ces moutons pour ensuite les manger, elle m'a répondu d'un air agacé, comme on explique une évidence à un imbecile: "Les gens mangent la NOURRITURE pas les MOUTONS". Ma tentative de lui expliquer ensuite que le mouton peut passer du stade d'animal vivant à celui de nourriture l'a fortement ennuyée et elle a décidé de mettre fin unilatéralement à notre dialogue.

Le matin de lAïd, une promenade post-d'biha dans les ruelles d'Alger-Centre a donné un air de concret au contenu (jusque-là fantasque) de notre conversation sur les moutons, le sacrifice, l'Aïd.

Du sang coulait un peu partout au fil des rigoles qui longent les trottoirs pendant que ceux qui venaient de finir l'operation rituelle s'attelaient à nettoyer à grande eau. Dans certaines cages d'escaliers, des carcasses de mouton, bien nettoyées, séchées étaient deja suspendues en attendant que vienne le moment de les découper, partager et griller.

Mes enfants se sont montrés curieux mais non apeurés, l'atmosphère générale étant au festoiement calme et serein et, dans la tête de ma fille, j'ai pu sentir que l'idée, auparavant absurde du mouton transformé en viande, commençait à faire son chemin. Même si je me suis abstenue d'en reparler.

Faut-il laisser les enfants assister au sacrifice rituel le jour de l'Aïd ?

Souvent la question ne se pose pas: les enfants sont là lorsque vient le moment d'égorger le mouton. Ils assistent, ils voient, personne ne leur demande leur avis. Enfant, j'ai été la à chaque fois que le mouton était égorgé et je ne pense pas en avoir été traumatisée. Je sais en revanche que la fillette que j'ai été n'a jamais aimé El Aïd el Kebir à cause de la masse de travail monumentale et brutale que subissent les femmes et les fillettes, une fois le mouton égorgé.

Meme si beaucoup d'entre nous font semblant de ne pas entendre cette question, parce qu'elle serait l'indice de notre "étrangeté", de notre "différence" par rapport au reste de la communauté, je sais maintenant que c'est une question qui hante chaque père et chaque mère lorsque arrive ce moment dans la vie de leur enfant. Y compris mon père et ma mère se sont peut-être posé cette question. A voix basse, dans le secret de leur coeur. Et si comme moi, vous n'avez pas de réponse toute faite, pré-établie, fiez vous à vos enfants, demandez leur directement si oui ou non ils veulent voir le sacrifice. Souvent, ils sont les premiers à savoir s'ils sont prêts, ou non.

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