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Symptômes post-Trumpatiques

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DONALD TRUMP
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INTERNATIONAL - Au lendemain de l'élection de l'inqualifiable énergumène, j'ai reçu un message de ma professeure de cinéma américain annonçant à la classe que, étant encore sous le choc, elle ne pourrait pas donner le cours normalement. Elle nous a cependant invités à la rejoindre à l'université pour discuter de l'évènement.

J'entre silencieusement dans la salle, face à une cinquantaine de jeunes, pour la plupart américains, à l'air terriblement abattu. Yeux bouffis, airs hébétés, sanglots incontrôlables: le désarroi ambiant est contagieux.

Suis-je en train d'assister à une effusion d'émoi mélodramatique de white kids privilégiés à la larme facile? À une réaction excessive de la part d'étudiants pouvant se permettre de consacrer leurs études à disserter sur Bette Davies et Cassavetes, et qui sont a priori préservés des conséquences du choix (somme toute démocratique) de leurs compatriotes? Non, un tel jugement serait injustement réducteur: la blessure est profonde, l'incompréhension immense.

Dans le groupe, les témoignages se succèdent. Un étudiant issu d'une famille républicaine chrétienne ultraconservatrice exprime son sentiment d'impuissance face au vote de sa famille. Une autre craint pour le sort de son meilleur ami mexicain, dont la famille vit sans papiers dans le seul district républicain du New Jersey.

Témoin de ces funérailles insolites, où l'on fait le deuil de l'élan d'espoir qu'avait insufflé la présidence d'Obama dans un pays où les tensions raciales et les clivages sociaux font rage, je compatis avec la frustration de ces étudiants.

Le populisme n'est bien sûr pas l'apanage des Américains. Il est partout et peut s'immiscer insidieusement dans les brèches de toutes les sociétés. Ici, "grab'em by the pussy" devient un mot d'esprit, là, les femmes sont comparées à des lustres, et ailleurs, on apparente sans réserve la colonisation à un "partage de cultures".

A ceux qui comme moi résident dans un pays comme le Canada et se réjouissent d'être épargnés de ces dérives, je voudrais rappeler que rien n'est jamais acquis, fait qu'on oublie souvent et dont la négligence peut facilement profiter aux foules aigries, comme on a pu le voir cette semaine.
Où que vous soyez, si vous en avez la possibilité dans votre pays, et aussi peu reluisants soient les candidats aux élections locales comme nationales, il faut absolument aller voter pour éviter ce genre de scénarios.

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