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Quand les ados quittent la maison, c'est pas toujours facile...

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Blend Images - Terry Vine via Getty Images
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tete a tetes

"Ce n'est pas un décès. Ce n'est pas une tragédie. Mais ce n'est pas rien non plus. Ce petit garçon que nous avons vu grandir est parti. Aujourd'hui c'est une journée difficile. Très difficile."
C'est la fin de quelque chose. Je n'entendrai plus chaque jour me dire : "Tu peux venir me chercher, maman?" ; "Qu'est-ce qu'on mange?" ; "Qu'en penses-tu"?....
La maison vivante, remplie de jeunes sans arrêt qui viennent, sortent, vont faire la fête, le téléphone qui sonne, les portes qui claquent.

Toujours savoir où ils sont, à l'école, à leurs activités sportives, chez des amis.
Toujours regarder ma montre et attendre que la porte s'ouvre, un signe, un sourire, un rire, ou même des sautes d'humeur.
Toujours connaître leurs amis, savoir ce qu'ils mangent au petit déjeuner, comment ils s'habillent le matin, ce qu'ils pensent...
Toujours faire le taxi.

"Comment s'est passée ta journée?" Cette petite phrase anodine à laquelle ils n'ont jamais aimé répondre. Et toutes ces images qui remontent à mon esprit, les repas chahutés, les soirées sur le canapé à regarder un film, les confidences...

Un chapitre se termine et un autre commence, une porte se ferme et une autre s'ouvre.

Lorsque, j'ai lu ce témoignage d'une maman dont le fils venait de partir à l'université à l'étranger, j'ai senti une grande nostalgie accompagnée d'une certaine amertume, comme si ces 18 années étaient passées trop vite.

En même temps, j'étais en train de vivre la même situation, je pouvais m'identifier dans certains de ces propos. Je la comprenais tellement bien! Moi aussi, je laisse s'envoler ma fille de tout juste 18 ans, et un océan nous sépare.

Comment vais-je gérer ce départ qui est le deuxième puisque ma fille aînée est déjà partie il y a trois ans. Heureusement, il y en a encore une de 16 ans à la maison. La maison est calme, sa chambre est toujours bien rangée. Je n'ai plus droit de la même façon à ses petites histoires quotidiennes, à ses sourires, à sa bonne humeur ni à son humour. Je ne l'entends plus gratter un air de musique sur sa guitare. Évidemment elle me manque ! Et en même temps je suis heureuse pour elle.

"C'est ce que l'on appelle le syndrome du nid vide. Des études ont démontré qu'environ 35 % des parents, en majorité des mères, en souffrent."

Alors oui, c'est certain, le départ de nos ados de la maison fait un grand vide.
Que ce soit le premier, le deuxième ou peut-être encore plus lorsque le dernier quitte le nid.

Ce sont des passages de vie importants qui peuvent bouleverser des dynamiques familiales.
À la peur de quitter ses ados, de les laisser se débrouiller dans un monde inconnu et incertain, s'ajoute certainement parfois l'angoisse de se retrouver face à soi-même, face à tous ces questionnements que l'on a remis à plus tard depuis dix ans, face aussi à un conjoint avec qui l'on a peut-être plus grand-chose à partager.

C'est le moment de se poser toutes ces questions: "Qu'ai-je fait de ma vie jusque là? Ai-je privilégié ma vie de mère au détriment de ma vie d'épouse ou de femme? Ai-je une vie sociale suffisamment remplie, des envies? Des passions?" Toutes ces questions existentielles, qui peuvent être douloureuses si elles n'ont pas été anticipées quelques années auparavant.

Béatrice Copper- Royer, psychologue , psychothérapeute et auteur du livre Le jour où les enfants s'en vont (éditions Albin Michel) reconnaît que "le départ du dernier enfant est un renoncement qui s'apparente à l'une des plus grandes difficultés de notre vie d'adulte."

C'est ce que l'on appelle le syndrome du nid vide. Des études ont démontré qu'environ 35 % des parents, en majorité des mères, en souffrent. C'est une dépression qu'on peut apparenter à la dépression post-partum. Il se traduit par un sentiment d'abandon, de vide. Ces mères ont alors cette impression de ne plus servir à rien, de ne plus se reconnaître. Parfois, ce sont des symptômes physiques qui peuvent se manifester, des maladies, de la boulimie.

Le départ de l'ado de la maison peut réactiver des blessures d'abandon chez un des parents, qui aura alors beaucoup de mal à vivre cette séparation, car il aura un sentiment inconscient de se sentir abandonné.

Il est important de pouvoir discuter de vos inquiétudes, de vos peurs, de votre sentiment de solitude, de votre tristesse. Aujourd'hui de nombreux forums existent, des groupes FB permettent de se sentir moins seuls et de constater que oui, d'autres parents vivent le même manque, le même vide, mais heureusement pour la majorité, après un certain temps d'adaptation, la plupart s'en accommodent et heureusement, il existe une multitude de moyens de communication tels Skype, WhatsApp, Facetime, Facebook... pour rester en lien.

Le challenge est alors de résister à la tentation d'envoyer dix petits messages par jour, au risque de devenir intrusifs. Vous vous rongez les ongles, car votre ado ne vous a pas appelé depuis 48h? Laissez-le grandir, se débrouiller seul. S'il ne vous appelle pas, c'est plutôt bon signe. Et peut-être pouvez-vous réfléchir ensemble à établir un certain rythme d'échanges qui conviendra à tous.

"La meilleure chose que l'on peut donner à ses enfants, se sont des racines et des ailes"

C'est dur pour les parents, mais pas toujours évident pour eux non plus de quitter le confort de la maison, les super potes de toujours. Quitter les parents, c'est plutôt un soulagement... À eux la liberté et la belle vie sans papa, maman qui sont derrière!

Ils se sentent envahis par des sentiments ambivalents. Comme si une part d'eux même se réjouissait de partir, d'aller vers de nouvelles découvertes, une nouvelle vie, et en même temps une autre part plus craintive en eux qui leur murmure: "T'es vraiment sûr que tu es prêt? Tu es bien conscient que tu verras plus tes amis? Tu penses que tu pourras t'en refaire d'autres facilement? Tu vas savoir te débrouiller seul? Tu penses pas que tu pars un peu trop loin? Tu sais que tu ne pourras pas rentrer tous les week-ends?"...

C'est important pour ces jeunes de pouvoir parler à leur famille, ou à des personnes avec qui ils se sentent en confiance, de leurs peurs qui sont tout à fait normales, et plutôt saines. En tant que parents, ou tout adulte proche, votre écoute, votre capacité d'accueillir leurs émotions, leurs questionnements pour pouvoir les sécuriser, leur permettra petit à petit de trouver leur marque et pouvoir bien prendre leur envol.

Leur départ est bien un changement de vie qui s'envisage tôt et se prépare pour toute la famille. Avec la distance et la maturité, la relation évolue. Vous verrez que vous établirez progressivement un échange d'adulte à adulte.

"La meilleure chose que l'on peut donner à ses enfants, se sont des racines et des ailes". Des racines pour mieux pouvoir s'ancrer dans les tempêtes d'un quotidien et des ailes pour leur permettre de créer leur propre vie.

En tant que parents, après ce temps d'ajustement, n'avons-nous pas finalement un sentiment de satisfaction et de travail bien accompli, d'avoir conduit notre ado aux portes de l'autonomie? Le vrai défi des parents ne se trouve-t-il pas là?

Tête à têtes est une nouvelle série de blogues lancée conjointement par le Huffington Post Québec et le Huffington Post Canada. Inspirée par le projet Maddie, cette série met l'accent sur les adolescents et la santé mentale. Elle a pour but de sensibiliser et de susciter des conversations en s'adressant directement aux adolescents qui traversent un moment difficile ainsi qu'à leurs familles, aux enseignants et aux dirigeants communautaires. Nous voulons nous assurer que les adolescents qui sont aux prises avec une maladie mentale reçoivent l'aide, le soutien et la compassion dont ils ont besoin. Si vous souhaitez contribuer à cette série, envoyez-nous un courriel à cette adresse : nouvelles@huffingtonpost.com.

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