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Macron à Alger: En marche vers un "traité de paix" entre la France et l'Algérie ?

Publication: Mis à jour:
MACRON ALGIERS
Soazig De La Moissonniere/IP3 via Getty Images
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"Les relations entre la France et l'Algérie peuvent être bonnes ou mauvaises, en aucun cas elles ne peuvent être banales", disait Boumediene, et la récente visite du candidat Macron à Alger ne fut pas banale. Les déclarations "explosives" de l'enfant d'Amiens, certaines à l'accent gaullien, ont suscité de vives critiques, mais cette tournée électorale ouvre-t-elle une guerre mémorielle ou inaugure-t-elle les dessous des cartes d'un partenariat stratégique "révolutionnaire" entre la France et l'Algérie ?

La Transsaharienne, projet pharaonique soutenu par Alger, pourrait dynamiser les échanges entre la France, l'Afrique subsaharienne et le Maghreb où le Maroc, fidèle ami de Paris, a fait son retour dans l'Union africaine. La pénétration commerciale chinoise en Europe, le Brexit et l'Hinterland à l'Est de Berlin, oblige Paris à approfondir la défense de ses intérêts nationaux.

Alger, la Mecque des révolutionnaires

Le documentaire "Alger, la Mecque des révolutionnaires" projeté, le 31 janvier 2017, au Musée national de l'histoire de l'immigration, avec la présence de Benjamin Stora, aurait-il inspiré l'auteur de "Révolution" pour tenir un "discours de vérité et de complexité" aux autorités algériennes ? L'Algérie connut un âge d'or de sa diplomatie au sortir de la colonisation française, dû au soutien indéfectible aux mouvements de libération des pays africains.

Fortement concurrencée par l'excellente diplomatie économique de Mohamed VI en Afrique de l'ouest, Alger demeure un acteur incontournable de l'Union africaine. En mars 2013, l'Algérie annula les dettes, pour un montant avoisinant le milliard de dollars, à quatorze pays membres de l'Union africaine. Celle-ci est un véritable levier d'influence sur le plan diplomatique et politique, et Alger constitue une étape indispensable pour les candidats à l'élection présidentielle française.

La vive polémique, à l'encontre d'Emmanuel Macron, concernant la reconnaissance des crimes coloniaux commis par la France en Algérie, contraste avec la très chaleureuse embrassade de Ramtane Lamamra, le "Monsieur Afrique" et ministre des Affaires étrangères. Cet accueil triomphal présage-t-il un futur partenariat stratégique, sans cesse reporté, entre les deux grands voisins de la Méditerranée ?

Les excuses que la "France de Macron" présenterait à l'Algérie pour les crimes commis sous la colonisation, comme les autorités algériennes reconnaîtraient les souffrances des pieds-noirs et des harkis (et leurs descendants), qui ont dû quitter brutalement leurs terres natales, demeurent des exercices diplomatiques en construction. Les mémoires sont encore chaudes, mais l'apaisement mémorielle indispensable pour un traité d'amitié franco-algérien. Le candidat Macron, s'il devenait président de la République, sera-t-il l'ambassadeur des "Français d'Algérie" pour leurs faciliter, par exemple, la délivrance de visas ou de cartes de séjour pour ceux et celles qui voudraient retourner dans la terre de leurs ancêtres ?

Les deux millions de binationaux et tous ceux qui ont une attache historique avec l'Algérie, ainsi que les Français d'origine subsaharienne se reconnaissant dans les propos d'Emmanuel Macron, pourraient constituer un électorat certain, dans l'un des scrutins le plus incertain de la Vème République, plutôt favorable à l'enfant d'Amiens.

L'Algérie sera prochainement rythmée par les échéances législatives et locales, au moment où Abdelaziz Bouteflika fête ses 80 ans. Quelle que soit l'issue des élections, de part et d'autre de la Méditerranée, la mise en mouvement des acteurs français en matière de coopération avec l'Algérie est un enjeu central afin que la France retrouve sa place de premier partenaire commercial de l'Algérie.

La Transsaharienne, le poumon économique de l'Afrique de l'ouest

Les autorités coloniales françaises envisageaient de créer une route commerciale en reliant l'Algérie au Niger, et c'est aujourd'hui l'Algérie indépendante qui porte le projet pharaonique de la route transsaharienne qui a pour objectif de relier Alger au port de Lagos au Nigeria.

Lors du 27e sommet Afrique-France à Bamako, le premier ministre algérien, Abdelmalek Sellal, annonça l'achèvement du tronçon algérien de la transsaharienne et son prolongement jusqu'à la République du Niger. Cette route, qui sera doublée d'une dorsale à fibre optique reliée au réseau international, "une route de la soie numérique", développera les échanges économiques entre les pays du Maghreb, du Sahel et l'Union européenne dont le couple franco-algérien serait la figure de proue.

Entre 2000 et 2014, l'Algérie a favorisé les infrastructures de transport pour près de 35 milliards de dollars, elle devra continuer à investir pour échapper à la "malédiction"de l'économie de rente, et préparer l'après-pétrole pour les 40 millions d'algériens.

Les relations économiques entre Paris et Alger sont déjà, au-delà du pétrole et du gaz, très importantes. La France a perdu sa position de premier partenaire commercial au profit de la Chine, mais l'intensification de la coopération et l'émergence de partenariats de co-production sont possibles et nombreux, car le "made by France" jouit d'une solide réputation en Algérie.

Dans le domaine des énergies renouvelables, l'Algérie possède des conditions exceptionnelles pour produire de l'électricité solaire, et selon la Fondation Desertec, "en six heures, les déserts reçoivent plus d'énergie du soleil que ce que consomme l'ensemble du genre humain en une année". Schneider Electric assure, par exemple, un transfert de technologie vers l'Algérie, ce qui permet aux entreprises de produire localement pour répondre aux besoins du pays et d'exporter vers les pays africains.

L'Algérie est un acteur incontournable pour la stabilité régionale et la sécurité des approvisionnements énergétiques du fait de sa position géographique centrale et son savoir-faire dans la lutte contre le terrorisme. Emmanuel Macron, qui souhaite s'appuyer sur l'Algérie, pourra transformer la Déclaration de Coopération et d'Amitié, signée en décembre 2012 à Alger, en un véritable « traité de paix », qui donnera aux relations franco-algériennes un rôle aussi structurant que l'axe Paris-Berlin et transformer l'Algérie en une locomotive du continent africain.

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