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De l'homme, de l'homme augmenté et du surhomme

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"Tout le problème est de s'élever, de se distinguer, sans se séparer des autres hommes".

Jean D'Ormesson (Académicien et Philosophe).

Lorsque Marie Antoinette comprit que le peuple, affamé, réclamait du pain, elle ordonna de lui donner des brioches. "S'ils n'ont pas de pain, qu'ils mangent de la brioche" : Cet apocryphe est un symbole, des plus puissants, de la déconnection des souverains de leurs peuples.

La "Reine déficit", (malgré cet élan de générosité !), fut guillotinée le 16 octobre 1793, à peine neuf mois après le Roi Louis XVI. Deux ans plus tard, en 1795, leur enfant, héritier du trône, meurt en prison à dix ans, dans la détresse et le dénuement, victime de maltraitance.

Qu'est ce qui nourrit tant de violence ? Qu'est-ce qui nous pousse à tant de cruauté ? Comment peut-on glisser vers cet inhumanisme détestable ?

Si le surhomme cherche la toute-puissance et que l'homme augmenté le pouvoir, l'homme, quant à lui, n'aspire qu'à la justice.

Le surhomme, prôné tout particulièrement par Frederick Nietzsche, est un être qui se surpasse, un être qui devient ce qu'il est en se transcendant, il n'est pas une nouvelle espèce génétiquement sélectionné, c'est un être qui, par le processus de sur-hominisation, est plus cultivé et plus civilisé, capable de domestication du monde et de surpassement de soi. Il est cet individu qui passe à un exposant supérieur dans la pratique de son propre pouvoir, de ses capacités de symbolisation.

Ainsi, une hiérarchisation entre les êtres est possible. Humain simple en quête de lien social réconfortant et domestiquant, sans volonté de puissance. Un être supérieur, maître de sa propre formulation identitaire, en rupture nécessaire avec les groupes et toute forme de lien social positif, sauf à considérer la possibilité de se libérer, de trahir. Contrairement à la représentation populaire du surhomme, cet être cultivé, droit, juste et invincible, cet idéal inatteignable et impossible, l'être supérieur s'arroge le droit de s'affranchir du bien et du mal et de se ranger, lorsqu'il est nécessaire du côté de l'interdit. Pour lui, se soumettre à des contraintes extérieures, mêmes contraires à une partie de lui-même, est un choix philosophique. Pour lui, l'outrage à la terre est toujours possible et l'outrage aux autres est tout à fait légitime.

L'homme augmenté, fantaisie d'un monde représenté par Elon Musk et Mark Zuckerberg, n'est, quant à lui, pas un surhomme, il est à un cran (ou peut-être quelques crans !) en dessous, il est, tout de même, à un cran au-dessus de l'homme, il est presque parfait. A force de vouloir pousser les limites de l'homme, on passe de la réparation à l'amélioration ; l'homme augmenté ressemble, de plus en plus, à un désir, à un fantasme qu'à un réel besoin.

L'homme augmenté est un homme dont toutes les performances doivent être accrues pour mieux fonctionner dans la société mondialisée, basée sur le profit, sur la rentabilité et sur le retour sur investissement. L'homme augmenté nous pousse vers une vision quantitative de l'humain où les capacités comptent plus que le sens, où la technologie est perçue comme éradicateur de tout hasard dans le processus du vivant, court-circuite l'individu et n'est plus en osmose avec la vie. L'homme ainsi augmenté peut rompre l'égalité, peut augmenter son domaine du possible indéfiniment et peut s'arroger toujours plus, encore et encore.

Ainsi, aussi bien le surhomme que l'homme augmenté est un désir de s'affranchir de l'humanisme de l'homme.

L'homme, avec quelques qualités mais aussi quelques défauts, qui peut des fois mais ne peut pas d'autres fois, qui réussit parfois mais échoue souvent. Un être qui ne peut évoluer qu'à la rencontre de l'autre. Un être collectif qui vise à libérer, sans jugement négatif, les tendances positives naturelles de l'être humain. Juste l'homme, conscient de lui-même et des autres, devant donner un sens à son monde en construisant son propre être et participant activement à la construction de l'autre.

L'homme vit pour lui et pour les autres, ses actes ont aussi un sens lié à un monde qu'il considère commun et dont la valeur se mesure en fonction de leurs répercussions sur ce monde commun.

Aucun être humain ne peut se garder du mal et de la violence s'il n'a que lui comme référence. Exister seulement pour soi, c'est forcément mesurer sa valeur, en fonction de ses avoirs et ses pouvoirs. Un horizon aussi restreint conduit indubitablement à la frustration et à l'acrimonie. L'homme devient alors accessible à la contestation puis à la révolte et seules la justice et la paix, l'empêcheront de commettre le mal.

La pacification des relations humaines, la promotion de la culture du partage et la transformation de la société en une société conviviale où la vie est considérée comme don et l'autre comme semblable, engendrent des êtres plus harmonieux et moins enclins à basculer dans l'inhumanité, parce qu'au lieu d'être enfermés dans leur égo, ils s'ouvrent aux autres, accueillent les autres, avec eux, ils peuvent devenir meilleurs et plus heureux.

Contrairement à la Reine déficit, le président Abraham Lincoln, l'homme, accessible à la douleur et impuissant, loin aussi bien du surhomme que de l'homme augmenté qu'on a vu, est apparu en totale symbiose avec le peuple américain lors de son célèbre discours de Gettysburg, prononcé le 19 novembre 1863, à la cérémonie de consécration du champ de bataille qui a fait 51 000 victimes parmi les soldats de l'Union et de la Confédération entre le 1er et le 3 juillet 1863.

En à peine trois minutes, dix phrases, 270 mots (dans sa version anglaise la plus probable) il marque l'histoire d'une empreinte indélébile en créant le concept de "gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple". Vous imaginez ! Juste trois minutes. Le photographe n'a même pas eu le temps d'immortaliser l'évènement, trois minutes c'est court, trop court mais pas pour Abraham Lincoln, pas pour l'homme.

Le surhomme peut avoir la toute-puissance, l'homme augmenté peut avoir le pouvoir, l'homme, quant à lui, aura toujours le monopole du cœur.

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