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Hommage à El Guellil

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Samedi 4 juin 2016. J'allume mon Smartphone et me connecte sur Facebook pour avoir des nouvelles du monde. Avec mon pouce, j'égrène le fil d'actualité comme un chapelet. Belle trouvaille de Jean D'Ormesson qui a écrit que les Smartphones ont remplacé en quelque sorte le chapelet. Et, en quelque sorte, il avait raison.

Tiens, les photos de Mohammed Ali ont remplacées celles du Zouave du pont de l'Alma à Paris. Fini donc la crue de la Seine ? Le Zouave, trompé jusqu'à la taille, a-t-il enfin réussi à sécher son emblématique seroual ? Non. Rien de tout ça. C'est juste que le grand Mohamed Ali, la légende mondiale de la boxe, nous ait quitté. Triste nouvelle !

Je continue d'égrener mon fil d'actualité. Presque tous mes contacts n'avaient que ça "au bout du clic".

Les articles de presse partagés se suivaient et se ressemblaient tous. Seules les photos et les titres différaient. Je continue ma "descente" jusqu'à ce que je tombe sur un article du Huffington Post Algérie. On parle aussi de mort, mais d'un autre mort. Un nom, ou plutôt un pseudo saute aux yeux et fait arrêter nette le mouvement frénétique de mon pouce : El Guellil!

Le chroniqueur du Quotidien d'Oran nous a donc quitté lui aussi. Je découvre alors un nom en même temps qu'un visage : Mohamed Fodil Baba Ahmed. Car du chroniqueur, auteur de la "Tranche de vie" du Quotidien, je ne connaissais que la signature : El Guellil, le pauvre. J'ai été pourtant longtemps tenté de le "démasquer", connaître qui se cachait derrière. Combien de fois ai-je voulu demander à des amis journalistes de m'aider à mettre un nom sur ce pseudo et combien de fois me suis-je ravisé ? Par simple égoïsme.

J'adorais ses chroniques. Quand j'étais étudiant en Algérie, je les lisais avec gourmandise. J'en découpais même parfois quelques-unes que je collectionnais. Elles me permettaient de voyager l'espace de quelques minutes de lecture. Et ne pas connaître l'auteur, permettait à ce voyage de s'accomplir sans qu'aucun intrus ne vienne se mettre entre ce petit bout de texte et moi.

C'est comme la magie de la radio. On aime une émission, on se laisse transporter par la voix du présentateur à qui l'on colle un visage - pas forcément très net - dans notre esprit. Mais combien de fois est-on déçu de voir que le vrai visage de "la voix" ne colle pas à celui qu'on lui a attribué nous-mêmes.

En tous les cas, on n'écoute plus de la même façon son émission préférée. Et c'était exactement la même chose avec El Guellil. Je voulais garder "mon image à moi" de lui, d'El Guellil, pour pouvoir continuer à voyager avec ses chroniques.

Voyager.

Oh, ça il savait le faire avec sa façon à lui de croquer le quotidien des petites gens. Il avait choisi de nous arracher, l'espace d'une toute petite chronique, à l'actualité pour nous raconter les petits soucis de monsieur tout le monde et les travers de notre société avec beaucoup de perspicacité et d'humour à l'image d'un Brassens.

Je ne pouvais donc ne pas te faire mes adieux, mais surtout te dire MERCI. Merci pour tes mots, tes petites histoires. Tu laisseras orphelines toutes ces petites gens dont tu nous racontais le quotidien et orphelins, nous tes lecteurs qui aimons te lire.

Pars en paix !

el guellil