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Retour du Maroc dans l'UA : Quand acte responsable rime avec enjeu stratégique

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MOHAMMED VI
MAP
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Le Maroc a officiellement soumis une requête le 23 septembre pour adhérer à l'Acte constitutif de l'Union Africaine (UA) et souhaite ainsi devenir membre de l'Organisation panafricaine qui a succédé à l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA), dont il était l'un des fondateurs. Une demande qui intervient trente-trois ans après que le Royaume aie quitté la défunte OUA en signe de protestation contre l'admission de l'organisation séparatiste Front Polisario. Les propos de feu Hassan II, prononcés à l'époque, résonnent encore : "Voilà, et je le déplore, l'heure de nous séparer. En attendant des jours plus sages, nous disons adieu et nous vous souhaitons bonne chance avec votre nouveau partenaire".

Pour les tenants de la thèse que le Maroc souhaite réintégrer l'Union Africaine uniquement pour défendre son intégrité territoriale, il serait judicieux qu'ils fassent le bilan des actions du Maroc qui concourent au développement et à la sécurité sur le continent et qu'ils fassent le compte des pays africains qui déclarent aujourd'hui leur soutien indéfectible au royaume. A ce titre, une majorité d'entre eux a très publiquement pris position en faveur de la position marocaine il y a quelques mois, appelant à ce que le Polisario soit exclu de l'Union Africaine.

La situation a en effet bien changé depuis le 12 novembre 1984. Aujourd'hui, outre le Maroc, une grande partie des pays africains ne reconnaissent ni l'existence ni la pertinence de cette entité qui émerge du néant et qui ne dispose que d'une capacité de nuisance et de désunion. Pour beaucoup, la mascarade a assez duré, car comment continuer à soutenir une poignée de mercenaires qui prend en otages des populations qui vivent dans des conditions des plus effroyables , alors même que des aides annuelles de plusieurs dizaines de millions d'euros leur sont octroyées ? Il s'agit là d'une réalité que refusent d'admettre ou de voir pays certains pays africains tels l'Algérie, l'Afrique du Sud ou encore l'Angola, enferrés dans une vision bipolaire du monde issue de la guerre froide.

En juillet dernier, 28 pays africains ont saisi l'occasion du 27ème sommet de l'UA à Kigali, la capitale du Rwanda, pour lancer un appel soutenant le retour du Maroc au sein de sa famille africaine. A travers cette motion, ces pays africains cherchaient à corriger une erreur en suspendant la participation du Polisario dans les organes et les travaux de l'UA. Il est à noter que parmi ces pays figure le Ghana dont l'adhésion à la pétition dénote l'évolution de la position de certains pays sur la question et démontre l'affranchissement d'une bonne partie des pays africains des pressions algériennes.

S'il est entendu que l'Union Africaine est un organisme dont les décisions comptent en Afrique et dans le monde, ceci n'a pas empêché le Maroc de construire depuis quelques années une politique de co-développement et de coopération Sud-Sud et de s'imposer comme un acteur incontournable sur le plan sécuritaire au niveau africain. En effet, le Royaume figure parmi les principaux contributeurs dans les opérations de maintien de la paix dans le continent et à travers son retour au sein de l'UA, le pays souhaite intensifier sa contribution et sa présence, en retrouvant sa place naturelle parmi la famille africaine multilatérale.

Avec une Union du Maghreb qui fait du surplace depuis des décennies du fait du disfonctionnement du couple marocco-algérien, l'Union Africaine constitue le seul cadre sur le continent qui permette de mettre en oeuvre des stratégies de développement ambitieuses qui restent impossible à exécuter sans intégration régionale. D'où les appels incessants du roi à trouver une "issue à la situation étrange (...) toutes les initiatives marocaines responsables se heurtent à une intransigeance et un refus systématique, qui vont à contre-courant de la logique de l'Histoire et de la légalité, et qui contreviennent aux droits de nos peuples en matière d'échange et d'interaction humaine et d'ouverture économique."
Certes le retour du Maroc à l'UA s'inscrit dans une orientation stratégique, mais il convient de garder à l'esprit, comme l'a souligné le Souverain dans son Message adressé à l'organisation panafricaine, que le Royaume ne revient pas à l'UA en tant que demandeur, mais en étant demandé : "Cela fait longtemps que nos amis nous demandent de revenir parmi eux, pour que le Maroc retrouve sa place naturelle au sein de sa famille institutionnelle. Ce moment est donc arrivé. Par cet acte historique et responsable de retour, le Maroc compte œuvrer au sein de l'UA en vue de transcender les divisions".

Une vision afro-optimiste d'un monarque pragmatique

A ce titre, l'inscription des événements dans le temps long de l'histoire est une clé d'analyse pour mieux comprendre l'orientation stratégique d'un Royaume millénaire et la vision afro-optimiste d'un monarque pragmatique. En effet, la fermeté sur les principes, le réalisme dans les approches, l'efficience des moyens d'actions et la tangibilité des résultats enregistrés constituent autant d'expressions emblématiques de la vision royale, une vision innovante qui a permis au Maroc de s'ériger en champion du Co-développement continental. Le moment est donc finalement venu de réparer une injustice.

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