Bertrand Delais

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Hashem Shaabani: Le mort de trop

Publication: 19/02/2014 17h23

C'est l'histoire d'un poème qui déferle sur tous les réseaux sociaux, qui agite les étudiants en lettres de Téhéran et qui est même repris par la minorité Bakthiari en pleine insurrection en Iran.

C'est surtout une histoire incroyable car on ne compte plus les organes de presse dans le Maghreb ou sur les réseaux qui ont donné écho à ce texte si terrible. En pleine terreur pendant la révolution française, il y avait eu le texte d'André Chénier. Dans l'hiver qui s'est abattu sur l'Iran en 1979, jamais un texte n'avait à ce point souligné la barbarie du régime des Mollahs, son arbitraire.

Durant sept jours, ils m'ont crié:
Tu a déclenché une guerre contre Allah !

Samedi, parce que tu es un Arabe !
Dimanche, et bien c'est parce que tu es de Ahvaz
Lundi, pour que tu te souviennes que tu es Iranien
Mardi, parce que tu te moques de la Révolution sacrée
Mercredi, n'as-tu pas élevé ta voix pour d'autres ?
Jeudi, tu es un poète et un barde
Vendredi: tu es un homme, n'est-ce pas suffisant pour mourir ?

Ce texte a une histoire, celle d'Hashem Shaabani. Ce poète a été pendu avec Hadi Rachedi le 26 Janvier dernier. Ils étaient tous les deux issus de la minorité arabe des Ahvazis (d'Ahvaz) qui vit dans la province du Khouzistan.

Hashem Shaabani avait été arrêté en 2011, puis reconnu coupable en 2013 par le tribunal de la révolution islamique, d'avoir notamment voulu mener une guerre contre dieu et le régime chiite. Il a été condamné à mort avec les 14 autres détenus, jugés en même temps que lui pour délits d'opinion. Le président iranien Rouhani, en visite à Ahvaz, capitale du Khouzistan, le mois dernier a ordonné leur exécution.

Si ce texte a tant d'écho, c'est qu'il contraste outrageusement avec l'image qu'entend donner le Président Rouhani à l'extérieur. On est très loin de la main tendue vers le démocrate Obama, on a simplement affaire à une main tendue vers un stylo pour signer un permis de tuer.

 
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