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Maghreb: En 2016, quel pays choisir pour un investisseur créateur d'emplois?

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Aujourd'hui, dans cette partie du monde, qu'est-ce qui va déterminer pour un investisseur le choix de l'implantation, d'une structure, industrielle, commerciale ou touristique?

Tout d'abord, Il ne faut surtout pas oublier que la fin de l'année 2015, a été très volatile/chaotique économiquement, financièrement et instable politiquement. Cela bien sûr, n'incite pas particulièrement à investir dans les pays émergents.

Les investisseurs ont toujours et d'abord une vision R.O.I (Return On Investment). Plus il y a de risque , et plus le retour sur investissement devra être court. On peut parler de 3-4 ans maximum.

Les investisseurs font aussi de plus en plus référence par obligation à l'éthique ou au politiquement correct. Enfin ceux-ci ne vont pas investir dans un pays stérile économiquement parlant, le tout étant de définir ce qui est "stérile".

Lorsque qu'on parle d'investissements, on parle de franchise, de délocalisation partielle d'une activité commerciale ou industrielle ou de nouvelle implantation pour satisfaire un marché local et régional. Les investissements dépendent également de la qualité des infrastructures, du coût des matières premières locales, de la qualité et de la stabilité du coût des ressources humaines, des transports et enfin des débouchés locaux ou régionaux.

Enfin, on le sait tous, ne rêvons pas, les investisseurs fuient les risques de chocs sociaux, économiques et/ou politiques.

1-L'Algérie:

40 millions d'habitants, un PIB nominal de 214 milliards de dollars, un PIB PPA (Parité de Pouvoir d'Achat) de 551 milliards de dollars, soit un PIB PPA par habitant de 14.259 $ et un taux de chômage officiel de 10.6%. Enfin l'Algérie a une dette publique de 9 % du PIB.

La capitale Alger est certainement la ville la plus peuplée d'Afrique (à comparer à Lagos) et le pays est aussi le plus grand en superficie d'Afrique & du monde Arabe.

Comme on le sait tous, le sud de l'Algérie possède les gisements d'hydrocarbures parmi les plus importants du monde.

Enfin, l'Algérie est une république.

2-Le Maroc:

34 millions d'habitants, un PIB nominal de 109 milliards de dollars, un PIB PPA (Parité de Pouvoir d'Achat) de 252 milliards de dollars, soit un PIB PPA par habitant de 3.300 $ et un taux de chômage officiel de 9.1%. Enfin le Maroc a une dette publique de 64 % du PIB.

Le Maroc est un pays avec une agriculture organisée, un secteur touristique très performant, et des zones franches qui attirent de nombreuses entreprises industrielles, et récemment financières.

Enfin Le Maroc est un royaume, dont le régime politique est une monarchie constitutionnelle

3-La Tunisie:

11 millions d'habitants, un PIB nominal de 49 milliards de dollars, un PIB PPA (Parité de Pouvoir d'Achat) de 125 milliards de dollars, soit un PIB PPA par habitant de 11.400 $ et un taux de chômage officiel de 10.6%. Enfin la Tunisie a une dette publique de 59 % du PIB.

Enfin après avoir été une monarchie constitutionnelle, la Tunisie est une république depuis 1957.

Maintenant mettons-nous à la place d'un investisseur!

1- Celui-ci veut "out-sourcer" ou délocaliser une partie de sa production:

  • Si ses produits sont commercialisables (bien de consommation) sur place, il choisira éventuellement le pays avec la plus forte population.
  • Si ses produits sont des sous-ensembles (biens d'équipements), il choisira éventuellement le pays avec la main d'œuvre la plus qualifiée, la moins contestataire, et avec les coûts de transport les plus faibles. La stabilité politique sera un élément clef !

2-Celui-ci veut pénétrer le marché local (biens de consommation)

  • Chaque pays présente des avantages et des inconvénients, la décision dépendra de la stabilité des coûts salariaux, et enfin de la fiscalité.

3- Celui-ci veut pénétrer le marché local (biens d'équipements, voiture, électroménager).

  • La décision dépendra de la stabilité politique et enfin de la fiscalité et des incitations/aides, car le R.O.I (Return On Investment) sera plus long.

4- Celui-ci veut investir dans le tourisme

  • Tourisme de masse: il est quasiment impossible d'assurer la sécurité d'un tourisme de masse.
  • Tourisme des élites et tourisme médical: vu que cela concerne un faible nombre de personnes, il est plus facile d'assurer la sécurité, la performance du service fera la différence.

Conclusion

Pour le seul Maghreb, nous avons trois pays avec des positionnements culturels, économiques, totalement différents, chacun avec ses qualités et ses points faibles, le plus important est que chaque pays prenne conscience de cela, et se dise tout simplement:

  • Pouvons-nous attirer des implantations industrielles pour des produits destinés à l'exportation?
  • Pouvons-nous attirer des implantations industrielles pour des produits destinés au marché local et régional?
  • Pouvons-nous faire revenir ou augmenter le nombre de touristes dans les 2-3 années qui viennent?
  • Pouvons-nous augmenter le nombre de VIP et de touristes "médicaux" dans les 2-3 années qui viennent?

Ne soyons pas utopistes. J'ai participé dans le passé à des "road-shows" en Afrique d'investisseurs asiatiques. Seul l'organisateur en tirait profit.

Ne vous laissez pas berner par certaines agences de communication, le tourisme ne revient jamais rapidement, et encore moins le tourisme "d'élite". En géo-économie tout prend énormément de temps!

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