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Électeurs, qui vous a servi le Meilleur Cocktail de communication et d'influence politique au cours des dernières années?

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Électeurs, qui vous a servi le meilleur cocktail de communication et d'influence politique au cours des dernières années?

D'Obama à Trudeau à Macron en passant par Trump, ils ont tous utilisé la même recette mais avec des dosages différents. Un peu de discours managérial, saupoudré de sermons évangéliques et accommodés à la sauce influenceur-marketing, ce cocktail servi aux électeurs-consommateurs pourrait aussi se définir par "plus seul, je t'aime et te protège" ou encore par plus volontariste: "allez mieux, je le veux, je le peux".

Admettons tout d'abord, que nous, électeurs, sommes devenus des consommateurs de politique, et que nous sommes donc pleinement responsables de cette évolution. Pour nous servir et nous satisfaire, les politiques se sont donc mis à utiliser depuis quelques années les mêmes techniques de communication que celles utilisées pour les produits de grande consommation.

Les communicants des politiques ont en effet constaté que depuis quelques années, beaucoup d'électeurs sont en fait devenus beaucoup moins conformistes, moins idéologues. Les électeurs les plus jeunes sont en fait maintenant dans un désir grandissant de modernité qui se résume souvent à de la consommation compulsive et à un appétit de bonheur permanent. Pour les moins jeunes, que l'on considérait il y a encore peu comme seniors, on note aussi un désir grandissant de jeunisme qui se résume encore à de la consommation de produits pour ressembler aux plus jeunes.

Nous sommes en fait entré, en moins de dix ans, dans une période de post-idéologie ou de post histoire.
Bientôt, nous ne serons plus que des consommateurs aspirant essentiellement au progrès matériel. En fait, nous attendons de moins en moins un monde meilleur au paradis, nous souhaitons juste un monde meilleur sur terre.
D'où l'utilité des sermons évangélistes, pour beaucoup d'électeurs, la consommation est devenue une religion, et pour les politiques c'est la clef de la croissance.

En résumé, nous attendons de nos dirigeants qu'ils soient des hommes positifs, des hommes du "pour" et non plus des hommes du "contre". Nous attendons aussi de nos dirigeants qu'ils nous donnent les clefs du "bonheurisme" permanent sans contrainte.

Le président Trump qui est plus souvent "contre" que "pour" échappe un peu à cette démonstration, mais il s'adresse lui, à la partie de ses concitoyens grands utilisateurs ou addicts aux "pain killers", un autre outil permettant d'atteindre le "bonheurisme".

Tout cela confirme, et c'est nouveau, que beaucoup d'entre nous admirons le fait que nos politiques n'aient plus d'entêtement d'idéologique, mais nous ne remarquons même pas qu'ils sont en fait un peu des caméléons usant de plus en plus souvent de solennité mystique, remplaçant l'idéologie, cela se traduit par des "je vous aime", et par des "je verse une larme".

Si nous citons encore Trump, nous remarquerons son manque d'idéologie par le fait qu'il est plutôt à droite sur les sujets sociaux dont l'immigration, et plutôt à gauche sur certains sujets économiques dont les barrières douanières.

En fait, pour beaucoup d'entre nous aujourd'hui, le problème ne consiste plus à choisir entre le noir et le blanc, mais entre le gris et le gris, car ce qui nous importe le plus c'est que nos hommes politiques nous laissent choisir notre vie et exercer pleinement notre liberté tout en nous fichant la paix.

C'est assez nouveau, car il y a encore peu, nous attendions du politique qu'il propose de grands récits, qu'il nous montre l'ennemi, qu'il fasse du story telling. Aujourd'hui , grâce, ou à cause, de l'élégant intellectuel Obama nous sommes en fait tout simplement entrés dans l'ère du selfie, de la passe de basket, du Tweet ,ou du post sur Instagram, en résumé dans l'ère dite d'influence, ou de fabrique de l'opinion.

Si vous souhaitez approfondir le sujet sur ces techniques d'influence, je vous conseille les ouvrages ci-après

Références : The idea of a "two-step flow of communication" The People's Choice (Paul Lazarsfeld, Bernard Berelson, and Hazel Gaudet 1940
"Personal Influence" (Lazarsfeld, Elihu Katz 1955)
"The Effects of Mass Communication" (Joseph Klapper 1960)
* https://en.wikipedia.org/wiki/Two-step_flow_of_communication
* https://en.wikipedia.org/wiki/Nudge_(book)

Si vous lisez ces ouvrages, vous noterez que les auteurs ou chercheurs en Influence personnelle ont, depuis plus de soixante-dix ans, tenté d'analyser les effets relatifs des médias et surtout des relations interpersonnelles dans la formation de l'opinion - ils ont aussi mesuré les processus d'influence qui pèsent sur les décisions des individus en matière de consommation et de choix politique.

Au fil du temps, ils ont enfin constaté que depuis que ces études existent, les campagnes officielles médias ont de moins en moins d'effets sur la formation du jugement. L'électeur, le consommateur, le "end-user" suit en fait de plus en plus les canaux de relations dits interpersonnelles. C'est là qu'on en arrive au marketing d'influence utilisant d'une manière de plus en plus intensive les réseaux sociaux ou réseaux de sociabilité. Félicitons Barack Obama qui a été le premier maître de l'influence politique en étant le premier à utiliser intensément Facebook.

Conclusion

Il semblerait aujourd'hui que la métaphore du "flux de communication en deux temps" soit les leaders d'opinion puis la "masse" soit en voie d'extinction à cause de l'importance prise par les réseaux sociaux ou réseaux de sociabilité.

Il nous appartient donc maintenant, chers consommateurs politiques de nous méfier de cette évolution du marketing d'influence politique. Car, n'ayez aucun doute, avec la globalisation, la plupart des pays démocratiques passeront par ces étapes, et les électeurs ne seront plus que des consommateurs sans aucune idéologie.

La question que l'on doit donc se poser aujourd'hui est, est-ce que ces techniques de manipulation de plus en plus perfectionnées sonneront le glas des débats libres et publics ?

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