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Le "ton" des cerises: Quand nous désertons la poésie au profit du trash

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READING BOOK
GUILLERMO LEGARIA/AFP/Getty Images
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Il manque beaucoup de poésie à cette époque.

L'écriture est devenue pornographique, elle déballe tout ce qu'il y a de plus intime dans une éjaculation précoce, aucune jouissance, ni pour l'écrivain, encore moins pour le lecteur.

La violence, le sang, le cul, le sexe, le trash sont désormais les lubrifiants de textes, de plateaux où les caméras s'immiscent dans l'entre-jambe d'une réalité sèche, froide, frigide.

Les sentiments doux et beaux d'antan ne prendront plus le temps de chauffer les plumes et de les mouiller avant qu'elles ne pénètrent les pages blanches où elles finiront par casser en écorchant le/les sens.

Il manque beaucoup de poésie à nos vies.

Nous ne prenons plus le temps, de poser le texte sous nos yeux, de passer les pages doucement des bouts des doigts, de rêver ce qui est écrit, de dénuder les sens des apanages de la stylistique, de pénétrer le monde à travers les mots: nous sommes foutus.

Nous sommes foutrement foutus par l'actualité, par le live streaming, le live vidéo Facebook, le live tweet, le messenger; tout doit être dit sans maturation, là et maintenant.

Nous sommes horrifiés d'attendre une minute après avoir vu "LE VU", l'imagination est dans le coma et la poésie souffre de multiples traumatismes.

Nous sommes la machine et le quotidien nous débranchera, ainsi notre fin sera tragique mais hélas nous n'avons plus des Racine pour le consigner.

Cette réflexion je l'ai eue en mangeant des cerises, et en lisant cette citation de Juliette Drouet dans une lettre adressée à Victor Hugo écrite le 12 août 1838 "Aussi dieu sait quel appétit j'avais de vous. Je vous aurais avalé comme une cerise, si vous n'aviez pas eu de queue".

Mais qu'en est-il donc advenu de ces écrits? Ils sont éternels et comme le vin, ils se bonifient avec le temps à condition de savoir les préserver, sans quoi nous perdrons l'humanité.

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