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FIPA Tunisia, quel avenir!

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gustavofrazao via Getty Images
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C'était vraisemblablement un exploit, après environ six mois de la date de promulgation de la nouvelle loi sur l'Investissement (loi N° 71 - 6016 du 30 septembre 2016 et son entrée en vigueur en date du 1er avril 2017), que l'on a pu connaître le premier noyau de l'Instance Tunisienne de l'Investissement "TIA". C'est génial pour un outsider d'apprendre cette bonne nouvelle dans le but de mieux gouverner le portefeuille "investissements" de manière générale car la facilitation de l'investissement est essentielle aussi bien à la croissance qu'au développement. Elle est également indispensable à la réalisation des objectifs de développement étant donné que la Tunisie fait face à un déficit d'investissement chronique depuis des décennies.

La facilitation de l'investissement permet sans doute de surmonter les obstacles à l'investissement. Elle comprend principalement transparence réelle et davantage d'informations fournies aux investisseurs. Elle vise également une meilleure efficacité des procédures administratives et contribue à la responsabilisation et l'efficacité des fonctionnaires et à atténuer les différends relatifs aux investissements.

Un environnement des affaires prévisible, des réglementations efficaces et une stabilité de la situation politique et sociale sont des préalables majeurs pouvant entrainer des IDEs et donner la chance aux investisseurs de faire des projections à moyen et long termes.

Cependant, la promotion et la facilitation des investissements sont deux types d'activités distinctes, même si elles vont de pair. Là il faut faire très attention aux chevauchements éventuels des attributions des différentes structures concernées. La nature a horreur du vide -"Nature hates vacuums"- car la promotion vise à promouvoir une destination en tant que site d'accueil propice à l'investissement, à travers l'entretien de l'image de marque du site, la génération de "leads" et "prospects" ainsi que l'assistance et le suivi "After-care" aux anciens et nouveaux investissements tandis que la facilitation consiste à rendre plus confortable la réalisation des investissements, et la conduite quotidienne des affaires dans le pays récepteur.

Il est nécessaire de ne pas avoir de préjugés sur le rapport futur entre la promotion et la facilitation, car avec une répartition des tâches appropriée entre les deux métiers, le seul bénéficiaire sera "le site Tunisie".

Mais après que la nouvelle structure démarrera ses activités en bonne et due forme, quel serait le sort de la FIPA, l'Agence Tunisienne de Promotion de l'Investissement qui a fêté en février 2015 son 20ème anniversaire? Pour certains elle pourra tout à fait supporter deux, trois voire neuf mois de vacance du pouvoir comme à l'accoutumé. Pour d'autres, l'ambiance désagréable au sein de l'agence, ainsi que son affaiblissement suite aux départs à la retraite et les détachements de ses compétences, sans pouvoir les remplacer, rend la vie au travail infernale car ce qui se passe depuis plus d'une année avant même le départ des deux derniers ministres du développement, de la coopération et de l'investissement est extrêmement alarmant. Une chose est sûre, c'est que la situation sera plus subtile et plus complexe que l'on croit dans les semaines à venir.

Il est déplorable de constater le profond désenchantement qui règne quant à la gestion de la boîte de manière générale, l'image négative qui est en train d'être véhiculée à nos partenaires locaux et internationaux et la confusion systématique par rapport à la nouvelle structure encore en phase embryonnaire. Les raisons de la non-nomination effective à ce jour d'un nouveau Directeur Général semblent encore incompréhensibles. Là il faut l'avouer, il ne s'agit pas d'un cas isolé, bien au contraire c'est une pratique bien enracinée dans nos esprits depuis des décennies. Peu importe le délai que les candidats potentiels mettront à profit pour tenter de faire avancer leur dossier pour ce poste encore vacant, sauf si les hautes autorités sortent quelqu'un de leur chapeau en dernière minute. Jusqu'à quand? Aucune idée. S'agit-il d'une difficulté rencontrée afin d'identifier un successeur? Toute la confusion réside là.

Bref, il ne faut pas chercher midi à quatorze heures! Peut-on admettre que l'attitude ou la culture observée du côté des hauts responsables du pays est favorable aux IDEs? Sans hésiter, je dirai non. Le portefeuille des IDEs n'a jamais été une priorité réelle pour les autorités tunisiennes. Les obstacles aux IDEs en Tunisie sont réels et nombreux. Comment sont les flux des IDEs en Tunisie? Stagnants, voire faibles. Où se situent les obstacles? L'écosystème de manière générale pose problème; le cadre d'accueil et les déterminants économiques du pays sont en panne. Se limiter à la promulgation de lois et décrets n'est pas suffisant pour attirer des IDEs. Encore moins par des slogans obsolètes. Les problèmes structurels de la Tunisie en matière de promotion et d'attraction des IDEs doivent faire l'objet de mesures d'urgence appropriées. Il serait donc judicieux de se pencher sérieusement et rapidement sur cette question, afin d'éviter les nuisances qui pourraient toucher tout le dispositif de manière foudroyante.

L'idée d'une éventuelle fusion des différentes structures n'est pas écartée, elle est plutôt évoquée à maintes reprises sous certaines conditions bien évidemment, à savoir le timing d'une telle démarche qui ne pourra avoir lieu que dans le moyen terme et l'approche sélective à suivre pour l'absorption des différentes compétences. De ce fait, il faut s'attendre à des dégâts collatéraux inévitables. À ce sujet, il importe de signaler que certaines structures économiques qui font partie du "Tunisia Nation Branding" ont d'ores et déjà entamé les études nécessaires pour leur restructuration, à l'exception de celle chargée de l'IDE. Un autre élément qui complique davantage tout le paysage promotionnel.

Est-il possible de s'affranchir d'un environnement professionnel aussi toxique?

Aucune idée... Ce qui est clair c'est que la chasse aux compétences s'accélère dans ce pays de plus de 3000 ans de civilisation. Un ami commentait récemment la descente aux enfers de la société tunisienne en générale et son économie en particulier en disant qu'il suffirait que les quelques sages encore en vie de ce beau pays passent à un autre monde meilleur et que la situation globale serait plus agréable sur le plan de la médiocrité.

Qu'elle serait l'issue?

Je pense que travailler dans le secteur public est vraiment odieux. Chaque matin est une épreuve dont les étapes sont, à chaque fois, difficiles à franchir. On a l'impression qu'on est sur le fil chaque jour, prêt à abandonner et à tout arrêter au moindre inconvénient supplémentaire qui serait ajouté.

Dans cette situation, l'option plausible serait de jeter l'éponge et partir mais quelque chose nous empêche. Si l'on nous demande pourquoi partir, on ne sait parfois pas par où commencer: la hiérarchie, les collègues, le salaire, l'ambiance... Tout semble assez confus mais la plupart du temps on n'éprouve pas fortement ce besoin de partir. Dans tous les cas, il ne faut pas espérer passivement que le temps règle les problèmes. Soit il est quasiment impossible de changer les choses et dans ce cas il est préférable de claquer la porte et s'éclipser. Soit provoquer l'espoir de changer les comportements car une chose est claire si le travail rend la personne triste, la petite déprime peut vite déboucher sur un 'burn-out' suite aux sentiments d'impuissance et de désespoir.

Partir ou Rester... This is the Question!

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