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Réfugiée rohingya, j'ai vécu l'enfer pendant 3 jours

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REFUGIEE ROHINGYA
CARE
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INTERNATIONAL - Près de 500 000 réfugiés rohingyas ont besoin d'une aide d'urgence après avoir été témoins ou victimes de violences basées sur le genre ou sont exposés à des risques de violences, selon l'ONU.

Begum*, 30 ans, a récemment vécu les pires jours de sa vie. Ce sont également les derniers jours qu'elle a passés dans son pays natal. Violée pendant trois jours, Begum est l'une des 400.000 réfugiés rohingyas qui ont été victimes ou témoins de violences basées sur le genre au Myanmar. Voici son terrible témoignage, recueilli par les équipes de l'ONG CARE dans un camp de réfugiés au Bangladesh.

"Ils m'ont kidnappée en pleine nuit. Ils sont entrés dans notre maison pendant que nous dormions. Ils m'ont bandé les yeux et m'ont emmenée. J'ai crié à l'aide mais ils ont menacé de me tuer, alors je me suis arrêtée. Je ne sais pas ce qu'ils ont fait à mon mari. Je ne sais pas s'il est encore vivant.

Nous avons marché pendant près de deux heures. Je ne savais pas où ils m'entraînaient. J'entendais les voix d'autres femmes derrière et devant moi. Beaucoup pleuraient et criaient. Quand ils ont enlevé le bandeau de mes yeux, j'ai vu que nous étions 20 à 30. La moitié d'entre nous n'était encore que de très jeunes filles. Les hommes qui nous ont kidnappées aussi étaient environ 20 ou 30.

Ils nous ont déshabillées et ont commencé à se moquer de nous. Ils nous battaient à chaque fois que nous essayions de crier ou de résister. Puis ils nous ont violées. D'abord les jeunes filles puis les autres. Une par une, nous avons été traînées dans un coin par 10 ou 15 hommes. Certains nous maintenaient au sol pendant que les autres nous violaient. Certaines des filles ne sont jamais revenues. Ils les ont étranglées à mort.

"Quand je me suis réveillée, le bas de mon corps me faisait très mal. J'ai compris ce qu'il s'était passé."

Quand ils se sont approchés de moi, je suis tombée à genoux, les suppliant de m'épargner. Ils m'ont frappée jusqu'à ce que je tombe inconsciente. Quand je me suis réveillée, le bas de mon corps me faisait très mal. J'ai compris ce qu'il s'était passé. Ca n'a pas duré seulement un jour, ou deux, mais trois jours. Le deuxième jour, deux hommes sont venus me violer à nouveau. L'un se tenait sur mes mains pour m'empêcher de bouger pendant que l'autre me violait. J'ai cru que j'allais mourir. Mais quand je pensais à mes enfants, je savais que je devais survivre. Après trois jours, certaines d'entre nous ont remarqué que la plupart des hommes s'étaient endormis.

Toutes les dix, nous avons tenté notre chance et nous nous sommes mises à courir. Nous avons couru pour sauver nos vies. Au bout d'un moment, nous avons reconnu certaines routes. Nous sommes arrivées dans un village où j'avais de la famille. Ils se sont mis à pleurer quand ils ont vu mon visage tuméfié. Je leur ai demandé s'ils savaient où étaient mes enfants. Le lendemain, ils me les ont amenés, tous les quatre. J'étais si heureuse de voir qu'ils étaient vivants.

Mon aîné a insisté pour que je me rende à l'hôpital. Mais j'avais honte, je n'osais pas dire aux médecins ce qu'il s'était passé, alors j'ai seulement demandé des comprimés contre la douleur. A la sortie de l'hôpital, des hommes armés ont tiré sur mon cousin qui m'accompagnait. Ils l'ont tué devant mes yeux.

J'ai fait semblant de m'évanouir et ils m'ont épargnée. A partir de ce moment, j'ai compris que je devais partir. Je suis retournée au village pour prendre mes enfants. Avec neuf autres familles, nous avons marché vers les montagnes, ne sachant pas où la route nous mènerait. Sur le chemin, nous avons rencontré des centaines, puis des milliers d'autres familles qui se dirigeaient dans cette direction. Nous les avons suivies.

Nous avons marché pendant huit jours. Nous n'avions rien d'autre que les vêtements que nous portions. Certains villageois que nous croisions nous donnaient de la nourriture et de l'eau. Puis nous sommes arrivés au Bangladesh, dans ce camp. C'était il y a un mois et demi."

Je vis ici dans une tente avec une autre famille que je connaissais déjà. Je me sens bien plus en sécurité et je suis très reconnaissante pour l'aide que mes enfants et moi recevons. Mais nous avons besoin de nourriture. Je n'ai plus de riz et je ne sais pas comment je vais nourrir mes enfants ce soir ou les jours suivants. Tout ce que je souhaite, c'est qu'ils aient de quoi manger. Et je veux qu'ils puissent aller à l'école, afin que nous puissions reconstruire nos vies.

CARE a mis en place quatre centres d'accueil pour les femmes afin de soigner et d'aider psychologiquement les victimes de violences. CARE distribue de l'eau et de la nourriture aux réfugiés et va mettre en place trois cliniques mobiles. Pour en savoir plus et soutenir ces actions : www.carefrance.org

Ce témoignage a initialement été publié sur le HuffPost France.

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