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La Tunisie doit passer à l'économie bleue

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UNDERWATER SEA
Alessandro Rota via Getty Images
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J'ai passé toutes les vacances de mon enfance à Ezzahra, la ville de ma famille maternelle. C'est jusqu'à l'âge de dix ans, qu'on s'est baigné à la banlieue sud. La ville était vivante et florissante. Les cafés, les restos, étaient remplis de vacanciers. De Rades à Soliman, les corniches, les hôtels, les casinos étaient quasi remplis. Les maisons étaient louées à la semaine. Cette ville vibrait au rythme d'un système économique qui a été bénéfique et rentable à toute la banlieue sud.

Hélas, ce temps est révolu, depuis que les usines se sont installées à Rades. On a assisté sous le règne de Ben Ali à un véritable désastre écologique. En effet, ces usines jettent des tonnes de déchets dans les égouts chaque jour.

Il faut savoir, par exemple, que les usines des batteries, peuvent produire jusqu'à 9 tonnes de déchets, et jettent tous les excès de pâtes qui sont composés d'acide sulfurique et oxyde de plomb.

Ces produits toxiques sont considérés comme cancérigènes et pourtant, ils se trouvent directement dans nos eaux.

Rajoutons à cela, le dysfonctionnement des stations de traitement des eaux, sachant que les filtres sont très rarement changés. Ces sociétés étaient considérées comme pétrolières (vu le danger des produits) mais ont connu un changement, pour une convention sectorielle électrique.

Le danger s'amplifie. La poussière de plomb utilisée par ses usines est aussi cancérigène pourtant les ouvriers qui y travaillent n'ont aucune protection. Pire, ils n'ont même pas de congés quand leurs corps se remplit de plomb et les lâche...

Une question se pose, que jettent ces sociétés dans le port Rades? La réponse est pourtant claire... Il faut se mettre en tête que, la plupart des filtres d'eau de l'ONAS sont hors-service. Ajoutons à cela, l'utilisation excessive des eaux dans les sociétés minières et pétrolières qui peut atteindre des dizaines millions de M3 par an, c'est ce qui entraîne une sécheresse énorme.

La richesse maritime à Kerkenah est menacée à cause des raffineries. Gafsa peut vivre des jours sans eaux en plein été, à cause d'une nappe phréatique, qui ne supporte plus l'utilisation industrielle excessive. Le groupe chimique à Gabès a complètement détruit l'écosystème.

Pour comprendre la gravité de ce fléau, il faut observer le taux de maladies liées à la pollution chez les plus jeunes dans ces régions.

Concrètement, que risque une société qui jette les déchets toxiques dans les eaux ou les égouts? Une simple amende qui ne dépasse pas dans les pires cas 70.000 milles dinars. Une somme insignifiante pour des usines qui gagnent des dizaines de millions de dinars par an .

On a encore des sociétés comme Duracel qui importent des millions de piles chaque année. Usées, elles finissent dans les déchets causant une vraie catastrophe écologique. Cette même société, est contrainte de payé 6 % de taxe pollution. Elle a voulu à mainte reprises créer une plateforme de traitement de ces déchets mais les gouvernements successifs n'ont jamais soutenu cette initiative.

La purification de l'eau par l'électrocoagulation est une technique nouvelle qui s'est propagée aux USA. Elle permet à ses usines de récupérer 90 % des eaux utilisées, mais aussi d'extraire la radioactivité et la vendre.

Cette technique qui coute le 1/10 de la désalinisation, peut trouver la solution à cette catastrophe naturelle, et pourra avoir un impact énorme sur toutes ces régions. Sauf que, les sociétés en question n'en veulent pas car une amende de 70.000 dinars revient moins chère.

Face à ce désastre écologique et humain, il est plus qu'urgent que les usines polluantes se soumettent à une punition plus sévère quitte à les menacer de fermer, s'ils commettent encore ces crimes écologiques.

Mais ni les menaces, ni les punitions ne suffissent. Il faut chercher, une solution radicale et révolutionnaire. C'est ce que propose "L'économie bleue". C'est un concept qui prend de plus en plus d'importance dans le monde entier et plus particulièrement dans les pays africains qui ont compris que leur richesse maritime vaut de l'or.

Au cœur de la mondialisation, 90 % des échanges commerciaux entre les États s'effectuent par voie maritime et 95 % des communications mondiales s'opèrent par des réseaux sous-marins.

L'économie bleue regroupe toutes les activités économiques menées dans les fleuves, les lacs, les berges, les rivages, les cours d'eau, les nappes souterraines, les eaux douces, les fonds marins, les mers, et finalement les océans. Mais l'économie bleue, comme le souligne Günter Pauli, renvoie aussi à un modèle de production des écosystèmes et de la résilience.

Elle est ainsi axée sur l'entrepreneuriat social, favorisant un développement soucieux de l'environnement par la restriction des pertes et des émissions de carbone, les productions à faible coût favorisant emploi et croissance durables. L'économie bleue se concrétise principalement avec l'aquaculture, la mariculture, les activités portuaires, l'écotourisme côtier, l'énergie bleue, les bioproduits marins ou encore la biotechnologie.

Face à cette lueur d'espoir qu'apporte l'économie bleue et tenant compte de nos richesses naturelles en Tunisie, on comprend qu'on a pas à chercher l'argent, car notre argent on le détient. Oui, on le détient! Il suffit de comprendre la valeur de notre emplacement, notre capital culturel et écologique. Il suffit d'avoir le courage de mener cette guerre, car elle est plus qu'une priorité. Elle est le cœur de notre combat.

Il est plus que temps, que nous, citoyens prenions les choses en main. Notre avenir, et nos victoires ne reposent plus sur les épaules de nos gouverneurs. On édifiera ce bouclier humain pour mener cette mobilisation citoyenne. Résistons contre ces usines polluantes qui nous empoissonnent. N'attendons plus le Messie, car, on est notre Messie, si on le veut.

À la fin, cette rage qu'on exprime, et cette rancune qu'on ressent parfois, n'est que preuve de notre amour ultime et infatigable envers ce pays, qui est la Tunisie.

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