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Recycler nos déchets grâce à l'élevage de mouches, ça marche

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MOUCHES
MIKE HUTCHINGS / REUTERS
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ECOLOGIE - Et si nos déchets étaient une ressource inestimable et inépuisable ? Chaque année en France, plus de 18 millions de tonnes de déchets organiques sont produits. Des expérimentations comme celle-ci peuvent être une solution pour les utiliser positivement.

Il y a trois ans, Frank Bourgeois a commencé son aventure entrepreneuriale dans son garage. Très loin des idées de Steve Jobs, il a plutôt décidé de devenir un "éleveur de mouche" pour tenter d'industrialiser un concept naturel. "Je n'invente rien, raconte-t-il. Je m'inspire de la nature pour tenter de trouver l'industrie de demain, car on ne peut pas faire mieux qu'elle." Après deux années d'expérimentation, il a créé son entreprise, Green Soldier, pour développer un procédé vieux de 250 millions d'années.

A l'aide d'une mouche, la Black Soldier, il valorise les biodéchets. En effet, les larves de Hermetia Illucens se nourrissent de matériau organique en décomposition. L'entreprise récupère par exemple des fruits et légumes avariés avant de les mélanger dans un bio-réacteur avec les œufs des larves. Sans intervenir, de manière naturelle, les œufs se développent en consommant les déchets. "En moins de quinze jours, nous pouvons traiter une dizaine de tonnes de déchets sur moins de 15m2 avec une simple poignée d'oeufs".

Mais l'entreprise ne se contente pas de détruire ses déchets. Une fois les œufs éclos, elle récupère le "digestat" des larves afin de produire un compost qui est revendu. Une partie des larves est conservée pour lancer un nouveau cycle et l'autre est expédiée en laboratoire. De ces larves seront extraits trois composants : des protéines, qui entreront dans l'alimentation animale, de l'huile, qui servira de biocarburant, et de la chitine, prisée notamment dans le domaine du biomédical.

Frank Bourgeois tient à développer une filière durable. "Il faut savoir que c'est un insecte qui vit en concentration naturellement, donc l'élevage ne le dérange pas." Pour l'abattage des larves, il est d'ailleurs convaincu avoir une méthode "éthique" pour laquelle il devrait déposer un brevet. "Il faut que l'on s'appuie sur une filière propre pour nous développer. En France, nous avons du retard dans le domaine à cause notamment des multiples freins réglementaires mais le secteur est très développé dans d'autres pays comme en Afrique du Sud", précise-t-il. Pour réussir à grandir et par ailleurs déposer deux brevets, il a entamé une levée de fonds (55 000 euros) sur la plateforme collaborative Wedogood.

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