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Quand la vie associative prend tout son sens

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Il y a parfois des projets associatifs dont la dimension humain nous rassure et nous réconcilie avec cette insondable capacité des Algériennes et des Algériens à aller au-delà du possible, au-delà de l'imaginable dès lors qu'il s'agit de sauver la vie d'enfants malheureux doublement frappés par la précarité sociale et l'imminence de la maladie. Ici, plus spécifiquement le cancer.

A l'initiative de l'association Nessma, une soirée d'information et de sensibilisation a été organisée, sans faste et sans tapage, loin des lumières de la ville mais avec ces tonnes d'humilité, de simplicité et de dévouement bénévole.

Des valeurs qui trahissent malgré tout un amour et une affection incommensurables de la part de toutes celles et de tous ceux qui, en Algérie et en France, ont tout donné, tout tenté pour offrir à cette vingtaine d'enfants malades quelques jours de bonheur et de ravissement, quelques jours de sérénité et de joie innocente au milieu d'autres enfants de France, eux aussi happés par d'autres accidents de la vie.

Comment ne pas s'incliner de gratitude devant tous ces médecins, bouleversés par le diagnostic terrifiant qui concerne ces enfants, mais tout autant attendris par leur candeur, leur sourire désarmant, au point de se mobiliser et de mobiliser d'autres équipes médicales pour sauver un de ces enfants d'une amputation qui était prévue à Oran dès le retour du groupe en Algérie ?

Pendant cette soirée nimbée d'émotion et de dignité, on a vu défiler des images saisissantes de ces enfants malades à la plage ou roulant dans l'herbe verte d'un vallon, entourés d'animateurs bénévoles qui les ont protégés, soulagés et choyés, brusquement transformés en parents aimants et heureux de l'être.

Nous avons vu également des images de ces chirurgiens algériens et français dans le modeste petit hôpital de Misserghin (Oran), harassés de fatigue mais comblés de bonheur d'avoir réussi à appareiller l'enfant, dont le destin aurait basculé vers un drame encore plus injuste si, comme prévu, il avait été amputé.

Que dire de ces éducateurs et animateurs français et franco-algériens qui ont mis leurs structures, leur logistique et puis finalement leurs cœurs dans cette aventure humaine toute simple, qui a permis de faire voler en éclats tous les préjugés et les tabous sur les impasses ou les incompréhensions, de démontrer par les faits que les sociétés civiles motivent les citoyens au-delà de leurs oripeaux et que les associations savent se muer en tribunes d'expression efficace des catégories sociales déclassées ou délaissées ?

Le bonheur des participants à la soirée a encore décuplé lorsque le chirurgien nous a confié qu'il appelait chaque semaine la maman de l'enfant opéré et que surtout il s'apprêtait à repartir opérer un autre enfant dans un délai très court malgré son planning surchargé.

En plus de ces merveilleuses vacances que l'association Nessma veut continuer à offrir à ces enfants algériens atteints d'un cancer, il y a aussi le projet de construire à Oran une maison d'accueil pour les parents de ces enfants.

Voilà encore une preuve que les associations algériennes sont un espace indispensable de mobilisation sociale et d'engagement citoyen tout aussi légitimes et tout aussi utiles que les projets publics. Tout cela à condition, évidemment, que l'intelligence prime sur la perversion et que les acteurs associatifs soient reconnus comme des partenaires et non comme des adversaires, car l'Etat algérien a réinscrit en 2012 une série de barrages législatifs et réglementaires destinés à rendre difficiles les contacts puis la mise en réseau des associations nationales avec des partenaires associatifs étrangers.

Ces derniers sont souvent plus expérimentés et mieux formés dans la maîtrise des techniques de la médiatisation et du financement, plus aguerris dans la recherche des financements auprès des agences des Nations unies dont l'Algérie est pourtant un contributeur , mieux outillés pour transformer l'espace associatif en bassin d'emploi potentiel.

Le statut des associations est au cœur des problèmes de bonne gouvernance d'un Etat et plus particulièrement dans une société qui a vécu et qui vit encore des mutations fondamentales.

L'amélioration de la gestion des collectivités locales passe inévitablement par une valorisation réelle des capacités d'intervention, de proposition et de cogestion des associations locales et nationales.

Au lieu de sur-déterminer la place du politique dans la vie et l'organisation des associations, l'Algérie a tout intérêt à rompre réellement avec les comportements autocratiques de certains responsables locaux dont le seul intérêt est d'assurer leur promotion politique par la corruption ou l'étouffement des élites associatives même, comme pour l'exemple de l'association Nessma, porteuses d'espoir et d'engagement social.

Nous avons été comblés d'émotion et de plaisir, rassurés par tant d'humilité et d'expertise que même les musiciens, venus égayer la rencontre, ont pris l'engagement de se mobiliser dans cet élan si simple et si attachant.

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