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Etranges destins pour d'étranges personnages

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Voici l'étrange destin de deux hommes dont le parcours recèle tant de similitudes qu'on croirait à une sorte de remake hollywoodien avec le mauvais goût en prime.

Mon premier a été employé par l'Université de Chicago et le fameux au Massachusetts Institute of Technology, soit deux institutions américaines de premier plan qui ont disposé d'un temps suffisant pour le connaître et maîtriser tous les ressorts de sa motivation et de ses intentions vis-à-vis de son pays d'origine.

Il a connu la cour et l'arrière-cour de la vie politique américaine puisqu'il a été l'ami de Paul Wolfowitz et de Richard Perle les conseillers politico-militaires qui ont convaincu les américains dans l'invasion de l'Irak.

Mon deuxième a fréquenté l'Université d'Etat de l'Ohio avant de se retrouver diplômé de la Texas A et M University et de travailler pour les plus grosses compagnies pétrolières américaines. Entre sa fréquentation assidue de l'état-major des multinationales de l'énergie et de la Banque Mondiale, il a réussi à convaincre plus d'un à Washington qu'il serait un jour celui qui mettrait de l'ordre dans le Sahara algérien.

Il est ministre du Pétrole et il a en poche une loi dont l'objectif avoué est de ruiner en dix ans la politique énergétique de son propre pays. Elle ressemble à s'y méprendre à celle qui a mené l'Argentine à la faillite.

Mon premier n'était pas très clair avant de briller de mille feux dans les soirées du Pentagone puisqu'il il avait fait l'objet d'une condamnation à 18 années de prison par un tribunal de Amman pour avoir été l'instigateur de la faillite frauduleuse de la Banque Petra, lui permettant ainsi de détourner 288 millions de dollars sur des comptes en Suisse.

Il est lui aussi Ministre du Pétrole par intérim mais sa mission essentielle est de guider ses parrains dans la meilleure façon de détruire son propre pays en leur vendant le scoop des fameuses armes de destruction massive que brandira au Conseil de Sécurité le piteux Colin Powel.

Mon deuxième n'est pas plus clair que le premier puisque le Procureur Général de son pays a fini par lancer contre lui un mandat d'arrêt international dans le cadre d'une affaire de corruption liée à la société pétrolière dont il était le grand manitou, un juge européen ayant été convaincu qu'une société de son pays lui avait versé 198 millions de dollars qui transiteront par un intermédiaire véreux, un de ces golden boys à profil panaméen dont les américains raffolent quand ils sont à court d'imagination vis-à-vis de tel ou tel pays.

Mon premier finit par être renvoyé lorsque ses parrains se rendent compte que ses solutions sont des impasses encore plus dramatiques puisque son pays, jadis prospère et craint, qui devait être lourdement déstabilisé sera tout simplement détruit, démembré et ravalé au rang des nations nuisibles.

Même s ses parrains ne voulaient plus le sponsoriser, ni même le recevoir dans leur ambassade, mon premier, tel le sphinx, a failli se remettre en course dans le jeu politique lors des élections de juin 2014, prouvant ainsi que les américains n'ont jamais de scrupule à cornaquer le plus vilain des canards, particulièrement lorsqu'il leur est redevable.

Mon deuxième aussi finit par s'attirer les foudres de plusieurs centres de décision, exaspérés par tant d'opérations douteuses menées presque à ciel ouvert comme s'il ne craignait aucune autorité , son grand ami le Président ayant , depuis longtemps, congédié la Cour des Comptes et consacré la corruption comme un élément naturel de l'activité économique ou commerciale.

Comme pour mon premier, mon deuxième est obligé de rétrécir au lavage et d'afficher un profil d'exilé incompris mais sans se départir de ses fréquentations litigieuses puisqu'il se retrouve dans un pataquès sordide, un de ses associés est retrouvé mort deux mois après la création de la sulfureuse CGKL Associates.

Malgré les poursuites judiciaires qui se précisent du côté de la justice italienne et afin de ne pas le perdre, ses parrains reprennent mon deuxième et le refont travailler pour une compagnie américaine qui a beaucoup d'intérêt dans son pays puisqu'elle y a travaillé au moment où il était justement le roi du pétrole.

Comme pour mon premier en juin 2014, les mêmes parrains ressortent mon deuxième du néant et l'imposent dans son pays comme alternative probable à la transition qui s'annonce.

Parce que l'échec de mon premier venait essentiellement du fait qu'il n'avait en réalité aucune base sociale ni aucun ancrage politique dans son pays, ils suggèrent à mon deuxième de faire rapidement le tour des chefferies religieuses du pays, histoire de redorer son blason malgré l'hostilité d'une opinion publique qui observe, médusée et étouffée, l'arrogance des puissants qui dérèglent l'ordonnancement de la communauté internationale par le truchement des félons ou la complicité des "salatin el foul wa zeit" comme le chantait si précocement Cheikh Imam.

Vous l'avez peut-être deviné, mon premier et mon deuxième sont autant les pantins de Washington que les soldats de Ryad ou Doha, maîtres d'œuvre de Daesh et postes avancés d'un libéralisme sauvage , belliqueux et inhumain.

Face à des stratégies aussi peu scrupuleuses quant à l'intérêt des sociétés auxquelles elles s'attaquent, seule une résistance populaire unie sera en mesure de contourner un Etat voyou et avachi qui est le support conducteur et consentant de cette dramatique régression.

Sans hésitation, l'irakien Ahmed Chalabi, mon premier et l'algérien Chakib Khelil mon deuxième, renvoient bien au scénario du pire, soit la destruction d'un pays par ses propres enfants.

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