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De la Tunisie à l'Egypte: La grande confiscation, dernière partie

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Un pouvoir au service d'un agenda international sans projet national

L'affaire de l'extradition de Baghdadi Mahmoudi a été, à mon avis, le point culminant de ce que j'appellerais la décadence et la décomposition des institutions de l'état. J'ai écopé d'un an de prison avec sursis et de la privation de certains droits civiques et politiques pour avoir critiqué une grave transgression de la mini-constitution transitionnelle qui régit la Tunisie aujourd'hui (voir mon entrevue du 30 aout 2013 avec le Nouvel Observateur).

J'ai aussi qualifié cette extradition, qui s'était faite avec le concours de l'armée à l'insu du président de la République et Chef suprême de l'armée, de trahison d'état. L'extradition de cet ancien premier ministre de Kadhafi a été exécutée quelques jours avant les élections lybiennes, c'était une carte électorale offerte par les ikhwans tunisiens à leur prolongement "naturel" en Lybie. En ce sens, l'allégeance à l'organisation internationale de la confrérie prime sur l'allégeance nationale.

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L'expulsion de l'ambassadeur syrien en Tunisie et l'accueil de la première réunion des "amis du peuple Syrien" - un club de comploteurs qui planifie la destruction de la Syrie à l'image de l'Irak et de la Lybie - et la complicité évidente du gouvernement dans le convoi de djihadistes en Syrie via la Lybie et la Turquie sont autant de preuves que la Tunisie est gouvernée par un pouvoir au service d'un agenda international et qui n'a aucune considérations pour les intérêts nationaux.

En Egypte, le pays est confronté à d'innombrables défis touchant à sa sécurité nationale et vitale comme le barrage Ennahdha, que l'Ethiopie menace de construire avec la complicité de l'entité sioniste, le trafic d'armes et le terrorisme dans le Sinaï. L'ex-président islamiste Mohamed Morsi ne s'est pas gêné, fin juin 2013 et quelques jours avant son renversement, de décider unilatéralement d'expulser à son tour l'ambassadeur Syrien. Il avait auparavant ouvertement incité les Egyptiens au djihad contre le régime de Bachar et les chiites apostats. Quelques jours après, quatre Egyptiens de confessions chiites ont trouvé la mort par lynchage dans un village égyptien. C'était le prix à payer pour acheter la bienveillance du Qatar et le milliard de dollars prêté par Erdogan aux ikhwans Egyptiens avec des conditions fort avantageuses, alors même que l'Egypte peinait à obtenir un prêt de 4.5 milliards de dollars auprès du FMI.

Le début de la chute?

L'éviction du prince Qatari, orchestrée dans les coulisses des affaires étrangères américaines, le remplacement de son puissant ministre des affaires étrangères, le revers politique encaissé par Erdogan et son parti lors des récents affrontements de la place Taqsim à Istanbul, la série d'avancées de l'armée arabe syrienne après sa victoire clé à Al-Qusair et le renversement du pouvoir islamiste au Caire sont autant de coups durs pour le projet du nouvel ordre Moyen-Oriental dont les Frères musulmans se croyaient enfin être les maîtres, avec le soutien financier du Qatar et le soutien politique et armé des États-Unis et de l'OTAN.

Convaincu que les chars militaires et la force matérielle ne peut fonder une démocratie, j'avais personnellement annoncé, dès les premières heures du renversement de Mohamed Morsi, mon refus total de ce coup d'Etat qui avait obtenu le feu vert américain sous la pression saoudienne.

Après l'échec de l'opposition syrienne dominée par les Frères musulmans, les Américains s'inquiète de la résistance du régime d'Assad et veulent peut être miser sur les djihadistes du Front Al-Nosra pour gagner la guerre sur le terrain. Or les américains savent pertinemment qu'ils ne peuvent pas se passer de l'aide financière et pétrolière saoudienne et, surtout, de l'ascendant qu'ils ont sur les groupes salafistes djihadistes sur le terrain syrien.

C'est dans ce contexte que la chute des Frères musulmans est survenue en Egypte. Bien que je refuse le coup d'Etat opéré contre le président Mohamed Morsi, surtout quand on sait que les "foulouls" y ont joué un rôle central avec l'aide de forces financières internes et étrangères occultes, je note que la confrérie n'a pas fait l'effort de se remettre en question et continue sa diabolisation de l'autre en appelant au meurtre et à la violence.

En Tunisie, Ennahdha et ses alliés fantoches ne semblent pas avoir tiré les leçons de l'expérience égyptienne et continuent dans leur aveuglement et leur arrogance. L'absence d'une feuille de route claire pour les échéances démocratiques à venir, les tergiversations d'une Assemblée constituante en deçà des attentes populaires, la division de l'opposition, la milicisation de la vie politique et l'absence d'une armée politisée pouvant jouer le rôle d'arbitre en cas de crise politique majeure, font craindre les pires scénarios.