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Tunisia 2020: Un court-métrage national où nous sommes les super stars

Publication: Mis à jour:
TUNISIA INVESTMENT
FETHI BELAID/AFP/Getty Images
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A l'occasion de la conférence Tunisia 2020 qui se déroulera les 29 et 30 novembre 2016, la ville de Tunis a été embellie. Pas de stress aux alentours...

Les voitures circulent aisément, les trottoirs sont dégagés, les chaises et tables des cafés ont repris leurs places licites, la rue s'est transformée en une oeuvre d'art, avec ce projet, par exemple, de la fresque géante sous le pont de l'Avenue de la République.

Ces peintures au moins vont rester vivaces assez longtemps, mais qu'en est-il du reste?

Aujourd'hui, je me suis rappelée ces jours à l'école, quand on recevait les inspecteurs pédagogiques et que l'institutrice nous demandait de "rester EXCEPTIONNELLEMENT sages et attentifs aujourd'hui!". Décidément, cette hypocrisie nous suit depuis l'enfance.

Parce que d'habitude, c'est le bordel, et on vit avec.

Et cette mentalité est ancrée dans notre culture avec ce précepte de "Jréba Safi" ("Djerbiens entre-eux"), car quand on est entre nous, on se permet de dépasser les règles, on ne se rend pas compte du manque de respect qu'on corrobore et de l'état de nos villes qu'on dégrade de jour en jour.

Ah les apparences! Personne ne les aime, mais tout le monde les cultive et s'adonne à elles. "Ya mzayen mel bara, ech 7alek mel dekhel?", comme dirait le proverbe ("Toi qui es beau à l'extérieur, qu'en est-il de l'intérieur?). Et notre intérieur à nous, tunisiens, c'est le bric-à-brac, et si nos invités étrangers venaient à s'aventurer en dehors de ce studio tout fait, ils se rendront compte de la super-production.

On sait ce qui est bien à faire, mais on fait son contraire. On se lève le matin et on grogne contre les autres conducteurs, on va prendre un café "au bord de la rue", "après tout, le changement ne tient pas qu'à moi," se dit-on, tout en se lamentant des gens qui stationnent là où il ne faut pas.

Pourquoi? Pourquoi cette nonchalance quand on est capable de dégager les routes pour deux jours. Pourquoi ne pas le faire les autres jours?
Pourquoi ces mesures exceptionnelles ne sont-elles pas institutionnalisées, mais surtout, pourquoi ne trouve-t-on pas d'autres solutions que les amendes?
Pourquoi aménager la ville pour les visiteurs et non pas pour les habitants, qui eux, y circulent pendant toute l'année.

Et si Tunisia 2020 devenait notre quotidien? On ne serait pas en 2016, on serait bien loin...

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